Arte/ Les jeux vidéo : une drogue dure
Jonathan Rapaport
[20 janvier 2005]
«Des époux et des pères responsables ont tout abandonné, même leur famille, à cause d´un jeu vidéo.» C´est par ce constat alarmant que débute le documentaire diffusé ce soir par Arte. Le journaliste estime que les jeux vidéo «donnent l´illusion de pouvoir incarner une autre personne en un seul clic». C´est notamment le cas de Fable, un des derniers produits sortis sur le marché. «Il projette le joueur dans le rôle d´un ado. Il faut agir sur son destin et en faire un héros incontestable», explique un des concepteurs. C´est bien là le principal danger des jeux virtuels : ne plus parvenir à distinguer la part du réel et du fictif. Une confusion qui a parfois de lourdes conséquences, comme le montre le documentaire qui nous emmène en Corée du Sud, où la majorité de la population est accro aux jeux vidéo. Les effets sont parfois très négatifs : de nombreux jeunes ont abandonné l´école et les divorces ainsi que les abandons de famille se sont développés de manière considérable. Des excès qui peuvent prendre d´autres formes : avec des tournois régulièrement retransmis en direct à la télévision, certains joueurs sont devenus professionnels. C´est le cas d´un adolescent canadien, Guillaume, venu s´installer à Séoul où il est le champion incontesté du jeu en réseau Starcraft. Il gagne 80 000 dollars par an et est une véritable star, avec plus de 300 000 fans dans tout le pays. Un succès pourtant fragile car, en Corée, il n´y a de la place que pour les vainqueurs. Le jour où Guillaume perd une partie de son jeu favori, il est abandonné par ses sponsors et sa notoriété disparaît.
Aux États-Unis, un jeu de rôle a beaucoup fait parler de lui pour le phénomène d´accoutumance qu´il provoque chez les joueurs : EverQuest. Brandon, un adolescent, avoue que le jeu est «son unique raison de vivre». Il a abandonné le lycée et passe 16 heures par jour devant sa machine. Il raconte qu´il s´est réfugié dans le monde virtuel afin de compenser le départ de ses amis pour l´université. Après de vaines tentatives pour s´arrêter, il a fini par replonger. Pour Shawn, un jeune dépressif, les conséquences ont été plus dramatiques : il s´est suicidé devant son ordinateur. «À cause de ce satané jeu», accuse sa mère, inconsolable.
Car pour ces accros, comme pour n´importe quelle drogue, le plus dur est de décrocher.
«LES ENFANTS DE LA MANETTE», Arte, 22 h 55
ce ke g envie de dire c EST BIN ! !!