" Il n´y a rien de pire que les périodes transitoires, celles qui naviguent dans un entre-deux " faute de mieux", qui se reposent sur les lauriers de l´ère précédente tout en préparant le chemin pour un nouvel âge d´or. Puisqu´on est en plein coeur de la rubrique sous-culture, on se permettra de paraphraser Mylène Farmer : les 128bits, c´est la " génération désenchantée". Une génération de consoles qui n´invente rien, capitalise petit-épargnant. Et lifte à tour de bras des gameplay vieille-peau qui ne demandaient qu´à tomber dans la nostalgie à court-terme mais qui rempilent faute d´idées. Des concepts usés jusqu´à la moëlle, dont l´état poussiéreux et délabré se pare maladroitement derrière des oripeaux flambants neufs bardés de " bump-mapping", " vertex-shading" et autres barbarismes d´informaticiens. Trois supports pour se bourrer le mou, et pas une seule console mythique. Une PS2 à bout de souffle, à la traîne, qui parvient à se hisser sur le haut du podium par l´entremise d´une popularité usurpée à son aînée. Une Xbox le cul entre deux chaises, à cheval entre deux philosophies antinomiques, mi-console, mi-PC, 100% " je ne ressemble plus à grand chose". Et Nintendo. Complètement schizos, les cerveaux de la firme de Kyoto essayent tant bien que mal de se mettre à l´adult-gaming made in PlayStation, avec plus ou moins de bonheur, entre un survival médiocre ( Eternal darkness) et un simili-FPS très prometteur ( Metroid prime). Tout en continuant d´assumer leur image nunuche jusqu´à l´hystérie ( Super Mario sunshine). Rien ne va plus, les fanboys s´entretuent ou font dans la propagande bénévole alors qu´il n´y a vraiment pas de quoi s´étriper ou s´exulter. Quelques fulgurances ( ICO) ne suffiront pas à sauver cette génération de la médiocrité.
Pourtant, bien avant ce Triumvirat de la Nullité, une petite console blanche a essayé de défricher de nouveaux terrains, de tenter de nouvelles expérience, le plus souvent avec succès. Problème : personne n´en a voulu. Cette console, c´était la Dreamcast. Quand on connaît un tant soit peu l´historique de son constructeur, on comprend mieux. Sega, c´est un peu la stratégie de l´échec à son paroxysme, le don de créer des consoles cultes... cultes parce que mortes injustement et prématurément. Exit la Saturn, exit -enfin presque- la Dreamcast, Sega est devenu éditeur multi-plates-formes, et, comme pour se fondre dans la morosité ambiante, ne sort plus grand chose d´intéressant. Quelques vieilles glorioles DC viennent parfois pointer le bout de leur nez, se font ravaler la façade plus ou moins profondément. Comme un rappel à l´ordre, histoire de faire timidement remarquer qu´avant BioHazard 12 ou GTA 25, il y avait Jet set radio, Shenmue, PSO, Skies of Arcadia, des petits chefs-d´oeuvres inégalés dont on attend encore la relève. La petite console blanche, elle, agonise doucement, vivote au Pays du Soleil Levant grâce à quelques jeux de drague et des brusques remontées d´adrénaline, brèves mais imparables. Quel est le meilleur jeu de ces derniers mois ? Pas GTA Vice city, même pas Mario sunshine -pour ne citer que le haut du panier. Non : c´est Ikaruga. Un shoot´em up sublime et orgasmique, fidèle à l´esprit séminal des grands classiques, mais bourré d´idées, dans la lignée de Radiant silvergun, autre injection léthale savoureuse -époque Saturn. Un parangon de grande classe nippone qui a fait le bonheur des possesseurs de Dreamcast japonaise. De l´arcade, simple, efficace et inventive, un joyau de gameplay, d´esthétisme et d´immersion. Un requiem de grande classe pour la Dreamcast, un phénix qui renaîtra de ces cendres sur GameCube d´ici début 2003. Un électrochoc salvateur qui prouve que contrairement aux apparences, " le cadavre bouge encore"... peut-être.
Vincent Montagnana "
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