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10/06/2003 - Les Français soutiennent les syndicats
Près de six Français sur dix sont satisfaits du travail des syndicats, qu´ils viennent du public ou du privé. Thibault et Blondel sont les plus connus, loin devant Chérèque, mais aussi les plus appréciés.
Le conflit social sur les retraites connaît plusieurs avatars et ne se résume certainement pas à un choc entre syndicats et pouvoir politique. Il demeure que l’image globale du syndicalisme et, compte tenu de la diversité des positions par rapport au projet défendu par François Fillon, l’image de chacun des principaux leaders syndicaux, constituent des informations décisives pour évaluer les ressources des protagonistes. En octobre 1995, l’amélioration de l’image des syndicats, mesurée juste avant l’annonce du tournant de la rigueur par Jacques Chirac, avait d’ailleurs été un élément annonciateur du mouvement social contre le plan Juppé.
Quitus pour le syndicalisme français
L´IMAGE DU SYNDICALISME
De manière générale, avez-vous le sentiment que les syndicats défendent bien ou ne défendent pas bien les intérêts des salariés ?
Ensemble Salariés du
Privé Public
Oui, ils les défendent bien 58 51 68
Non, ils ne les défendent pas bien 36 42 27
( NSP) 6 7 5
Total 100 100 100
En ces temps de blocage social et de polémiques sur le rôle des syndicats, force est de constater que, pour près de six Français sur dix ( 58% contre 36%), ils défendent bien les intérêts des salariés.
Face à l’idée que le syndicalisme serait en quelque sorte démodé, ce que reflèterait le très bas taux de syndicalisation, notamment chez les nouveaux salariés, il est notable de constater que plus on est jeune, et plus on considère que les syndicats défendent bien les salariés. Ainsi, les réponses en ce sens atteignent 69% chez les 18-24 ans, puis 68% chez les 25-34 ans et déclinent ensuite jusqu’à 49% parmi les 65 ans et plus.
L’image que l’on se fait de l’action des syndicats est à l’évidence très marquée aussi par ses préférences politiques. L’opposition est nette entre les sympathisants de gauche ( 66% de réponses positives, contre 30%) et ceux de droite ( 47% de réponses positives, 48% de réponses négatives). Plus précisément, on notera l’excellente image des syndicats parmi les sympathisants du PCF ( 80%) mais aussi ceux du Parti socialiste ( 68%) et, à l’inverse, un certain rejet parmi ceux de l’UMP ( 45%, contre 49% de réponses négatives).
Cependant, lorsque l’on s’intéresse plus particulièrement aux réponses des salariés ( 58% de réponses positives), une différence très marquée apparaît entre ceux du public ( 68%) et ceux du privé ( 51%). Même si l’on isole les seuls ouvriers et employés du privé, la part de ceux qui pensent que les syndicats défendent bien les intérêts du privé demeure relativement basse ( 56% contre 37%). A contrario, et même si ces pourcentages sont à prendre en tendance, compte tenu de la modicité des effectifs, la confiance dans les syndicats culmine chez les professeurs et cadres du public ( 70%).
Il y a donc, dans ce chiffre global, plutôt encourageant pour les syndicats, des éléments qui confirment la crise profonde du syndicalisme français dans le monde de l’entreprise, où il devrait être l’acteur essentiel de la lutte autour du partage de la valeur ajoutée, dans le cadre de la défense des intérêts des salariés.
Bernard Thibault plus consensuel, François Chérèque plus paradoxal
L´IMAGE DES LEADERS SYNDICAUX
Plus précisément, pour chacun des leaders syndicaux suivants, dites-moi s´il défend bien ou ne défend pas bien les intérêts des salariés ?
Défend bien Ne défend
pas bien ( NSP)
Bernard Thibault de la CGT
Salariés du privé
Salariés du public 56
50
63 25
36
18 19
14
19
Marc Bondel de FO
Salariés du privé
Salariés du public 56
54
63 28
33
21 16
13
16
François Chérèque de la CFDT
Salariés du privé
Salariés du public 43
47
36 33
33
43 24
20
21
Jacques Voisin de la CFTC
Salariés du privé
Salariés du public 35
39
30 27
29
33 38
32
37
Gérard Aschieri de la FSU
Salariés du privé
Salariés du public 32
28
40 25
33
22 43
39
38
Jean-Luc Gazettes de la CFE-CGC
Salariés du privé
Salariés du public 30
33
27 25
29
27 45
38
46
Annick Coupé du G10
Salariés du privé
Salariés du public 19
16
27 23
31
17 58
53
56
Les élections prud’homales du 11 décembre 2002 ont donné une claire hiérarchie des syndicats, avec un trio CGT-CFDT -FO nettement en tête, à des niveaux très différents ( respectivement 32%, 25% et 18% des suffrages). Les résultats de notre étude, qui porte sur la crédibilité des syndicats dans leur défense des intérêts des salariés, sont très différents, d’autant plus que la question a été posée pour chaque syndicat, sans qu’ils soient mis en concurrence.
Il demeure que Bernard Thibault fait jeu égal avec Marc Blondel auprès de l’ensemble des Français ( 56% dans chaque cas), mais arrive en deuxième position si l’on considère les seuls salariés ( respectivement 55% et 57%). Il est remarquable que le leader d’une organisation longtemps considérée comme le prolongement syndical du Parti communiste suscite si peu de rejet : 25% des Français pensent qu’il ne défend pas bien les intérêts des salariés, au lieu de 28% dans le cas de Marc Blondel et de 33% dans celui de François Chérèque, pourtant moins connu. Il ne l’est pas moins de constater que son image est d’autant meilleure que les interviewés sont jeunes ( 68% chez les 18-24 ans, 56% chez les 25-49 ans, moins au-delà). Ce n’est le cas ni pour Marc Blondel, ni pour François Chérèque. Enfin, si 68% des sympathisants de gauche considèrent qu’il défend bien les intérêts des salariés ( 71% parmi les sympathisants socialistes), c’est tout de même le cas de 40% des sympathisants de la droite parlementaire. Dans le cas de Marc Blondel, ces chiffres sont respectivement de 66% et 45%.
Ces deux leaders arrivent donc loin devant François Chérèque, qui ne recueille que 43% de réponses positives, et 42% parmi les seuls salariés. À l’inverse des leaders de la CGT et de la CFDT, mais conformément à ceux de la CFTC et de la CGC, il est davantage apprécié parmi les salariés du privé que chez ceux du public. Surtout, seuls 43% des sympathisants de gauche considèrent qu’il défend bien les intérêts des salariés ( contre 37%), ce qui contraste vivement avec la faveur dont il bénéficie parmi les sympathisants de la droite parlementaire ( 55% contre 26%). La réactivation, en 2003, de la fracture syndicale de 1995 laisse donc des traces profondes dans l’opinion publique, lui donnant d’une opposition non seulement syndicale, mais aussi partisane.
En ce qui concerne les autres leaders syndicaux, il faut avant tout noter la faiblesse de leur notoriété, qui se traduit par des taux de non-réponse allant de 38% ( pour Jacques Voisin) à 58% ( pour Annick Coupé). Ce dernier cas est très particulier, puisqu’à la relativement faible exposition médiatique de cette personnalité s’ajoute une méconnaissance du sigle de son organisation, le G10 étant nettement moins connu que SUD, par exemple. Il convient donc de ne pas surestimer le sens de ces proportions, sinon pour insister sur le fait qu’on leur reconnaît le plus souvent de bien défendre les intérêts des salariés, avec quelques exceptions compréhensibles ( par exemple, seuls 28% des salariés du privé, contre 40% du public, attribue cette qualité au leader de la FSU). Le bon score de Jacques Voisin de la CFTC confirme la vitalité de l’image de cette formation, déjà manifestée par certains progrès électoraux lors des dernières élections prud’homales.
Dans le cadre d’un syndicalisme confirmé par l’opinion dans son rôle de défenseur des intérêts des salariés, la crise actuelle renforce la dissociation entre deux branches toujours plus éloignées, et aux ressources très différentes. La qualité de l’image de Bernard Thibault et de Marc Blondel, et à l’inverse la fragilité de celle de François Chérèque, indique cependant un soutien prioritaire de l’opinion pour l’une de ces deux orientations.
Jérôme Sainte-Marie
BVA Opinion
Sondage réalisé par l’Institut BVA auprès d´un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
958 personnes ont été interrogées du 6 au 7 juin 2003 par téléphone.
Echantillonnage par la méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, après stratification par régions et catégories d’agglomération.
© Profession Politique
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