"Pendant la campagne, Chavez avait mis la barre très haut : il visait 10 millions de voix, un objectif plausible étant donné l’augmentation du corps électoral et la hausse continue de son score depuis son premier scrutin : 56 % en 1998, 59,5 % en 2000, 62,84 % en 2006.
Avec 7,4 millions de voix, Chavez fait pratiquement le même nombre de votes qu’en 2006 (7,3 millions), mais obtient le plus bas pourcentage de sa carrière.
En revanche, Capriles Radonski, avec 6,1 millions de voix (44,97 %), progresse de 2 millions de voix par rapport à son prédécesseur Manuel Rosales en 2006 (4,2 millions, soit 36,90 %).
L’érosion du « chavisme » avait été constatée lors de précédents scrutins, le référendum constitutionnel de 2007 et les élections régionales de 2008, remportés par l’opposition, qui avait aussi obtenu un nombre de voix supérieur à la majorité présidentielle aux législatives de 2010. Mais ces trois scrutins ne mettaient pas en jeu le mandat du chef de l’Etat.
Le résultat de la présidentielle de 2012 montre que l’usure du pouvoir touche Hugo Chavez lui-même et pas seulement son entourage, son gouvernement ou son parti.
L’opposition avance sensiblement et touche désormais des secteurs sociaux acquis au chavisme, bien au-delà de la classe moyenne.
La question tabou de la campagne électorale revient maintenant inévitablement : malade d’un cancer dont la nature est « secret défense », opéré deux fois, Hugo Chavez, 58 ans, ira-t-il jusqu’au bout de son nouveau mandat de six ans ? A en juger par sa campagne, ses forces sont diminuées : il a réduit considérablement le nombre de déplacements et de réunions publiques et multiplié les absences.
Le chavisme après Chavez
La « révolution bolivarienne », c’est le lieutenant-colonel Hugo Chavez tout seul, puisqu’il n’a jamais supporté quelqu’un qui lui fasse de l’ombre. Pendant ses passages à vide et ses séjours à Cuba pour se soigner, il n’a jamais voulu déléguer son pouvoir sur son vice-président Elias Jaua, considéré un taliban. Personne ne serait capable de désigner un successeur à Chavez, même si les noms de Diosdado Cabello, président de l’Assemblée nationale, de Nicolas Maduro, le ministre des relations extérieures, ou de Jaua, figurent parmi les plus cités.
Chavez a le choix de rester lui-même et d’organiser ainsi la prochaine défaite et disparition du chavisme, ou de recadrer sa politique vers le centre gauche et de normaliser ses relations avec une opposition qu’il ne peut plus faire mine d’ignorer et de disqualifier grossièrement."