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Lyon : rapport accablant sur l´état des cellules
A la demande de détenus, un expert a constaté le délabrement de la prison de Lyon.
a devient une habitude. Hier, un géomètre-expert s´est présenté à la maison d´arrêt Saint-Paul, à Lyon, pour constater les conditions de détention de trois prisonniers qui ont déposé des requêtes devant le tribunal administratif. Il y a un mois, l´expert avait déjà visité les prisons lyonnaises, à la demande de trois autres détenus. Libération s´est procuré son rapport.
A quatre dans 8,80 m2. Le géomètre a d´abord visité la maison d´arrêt des femmes de Montluc, datant de 1921. Il a constaté que la détenue qui avait déposé une requête se trouvait, avec deux autres femmes, dans une cellule de 8,80 m2, dont un WC isolé par un muret à mi-hauteur. D´ordinaire, elles sont quatre. L´expert a annexé à son rapport une circulaire de 1988 précisant que, jusqu´à 11 m2, on ne doit mettre qu´une personne. Des photos, jointes aussi au rapport, montrent le linge séchant partout dans la cellule. «Ce jour, il fait beau et chaud, note l´expert. Qu´en est-il quand il fait froid ?»
L´installation électrique, obsolète, interdit les plaques de cuisson électriques. Les détenues cuisinent avec des pastilles d´alcool solide. «Nous notons, écrit le géomètre, que, sur le mode d´emploi de ces pastilles, il est dit qu´elles ne doivent pas être utilisées en atmosphère confinée.»
Dans la cellule, les deux fenestrons sont dépourvus de joints. Quand il pleut fort, l´eau entre dans la pièce. Comme on ne le lui avait pas demandé, l´expert ne s´attarde pas sur l´état de la plomberie. Mais il rapporte les propos des détenues. Tout est payant, même le papier toilette. Les couvertures sont changées deux fois par an. Il fait froid l´hiver dans les ateliers.
Sur les photos, quelques lieux semblent plus présentables, comme la salle de sport. D´autres sont sinistres, comme cette cellule sans meubles, qui sert théoriquement pour de courts passages, mais où des détenues dorment parfois, dans 3,40 m2 sans aération.
L´expert est ensuite allé chez les hommes, à Saint-Paul (qui date de 1880) et Saint-Joseph (1830), reliées par un tunnel où l´on croise des rats gras. Ces prisons ressemblent à Montluc. En pire. Dans la cellule du détenu de Saint-Joseph, ce qui reste du plafond était couvert de traces d´humidité. Le reste était déjà tombé. «La zone des parloirs est dans un très mauvais état d´entretien», a noté le géomètre. Même constat dans les douches, où «l´insuffisance de la ventilation est évidente».
Les trois détenus, qui ont saisi en juillet le tribunal administratif, vont écrire à la pénitentiaire pour demander dans quels délais elle compte se mettre en conformité. Faute d´une réponse satisfaisante, ils pourront saisir un juge et demander une injonction.
Réparations. Les initiatives de ce type se multiplient en France. Ces derniers jours, plusieurs requêtes ont été déposées, à Strasbourg, Epinal, Metz et Nancy. Les premières avaient été lancées à Caen et Nantes, où des détenus sont passés à l´étape suivante, quinze mois après les expertises de l´été 2004. Le 27 octobre, à Nantes, trois d´entre eux ont réclamé des réparations à hauteur de la durée de leur incarcération. Les sommes demandées atteignent 180 000 euros. Si tous les prisonniers s´y mettent, et obtiennent satisfaction, l´administration aura meilleur compte à construire des prisons potables.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=335952