a colère gronde en Russie, la corruption qui gangrène le pays commence à exaspérer la population. Les incendies de l'été dernier ont réveillé les consciences et la défense d'une «forêt martyre» entretient ce foyer de contestation autour d'une égérie, la jeune Evguenia Tchirikova.
De notre correspondante à Moscou. Vingt ans après la chute du communisme, une nouvelle «Perestroïka» est-elle à l'oeuvre en Russie ? Internet va-t-il permettre à ce pays d'échapper à ses vieux tropismes, liés à sa taille et à son climat. Certes, il est trop tôt pour l'affirmer, les protestations virtuelles ou réelles ne sont pas, au moins pour le moment, politiques, elles concernent des problèmes catégoriels, sociaux, des affaires de corruption ou des drames humains causés par l'indifférence ou la bêtise de l'administration.
Reste que la dénonciation systématique des carences administratives et la formation de mouvements basés sur la solidarité ne sont pas innocentes et reflètent un changement des mentalités.
L'opposition se rassemble
Une petite clairière au bord d'un étang situé à l'orée de la forêt martyre de Khimki, livrée aux tronçonneuses et aux bulldozers par la volonté de dirigeants qui n'hésitent pas à sacrifier l'écologie à des intérêts économiques pour le moins opaques : c'est dans ce cadre idyllique qui rappelle les tableaux de Levitan que s'est tenu, fin juin, pendant trois jours, le premier rassemblement de l'ensemble de l'opposition appelé «anti-Seliger», allusion au camp de la jeunesse pro-Kremlin qui se tient chaque année sur les bords du lac Seliger.
À l'appel de l'association pour la défense de la forêt, animée par Evguenia Tchirikova, environ 2.500 personnes se sont rendues au rassemblement. Hommes politiques, représentants de la société civile, bloggeurs, appartenant à toutes les mouvances de l'opposition, des nationalistes modérés aux trotskistes, ont répondu à l'invitation d'Evguenia Tchirikova qui est apparue comme l'élément fédérateur de cette société civile en gestation.
Les citoyens s'organisent
2010 aura été pour la Russie l'année du changement social. «La grogne latente a explosé avec les incendies de l'été dernier», a expliqué dans son blog Alexeï Venedictov, rédacteur en chef de la radio L'Écho de Moscou. Des organisations spontanées de citoyens se sont formées à l'aide d'internet pour parer à l'incurie des pouvoirs publics, incapables d'apporter une aide efficace aux sinistrés. Le succès de cette première expérience a boosté la société civile.
Les internautes se lâchent sur la Toile
Quelques mois plus tard, alors que le monde prenait conscience avec WikiLeaks de la puissance de la Toile, le 1er novembre 2010, un jeune avocat Alexeï Navalny lançait son site «Rospil» (pillage), appelant les internautes à lui fournir les informations en leur possession sur la corruption dans les grands monopoles d'État et les fonctionnaires qui utilisent sans vergogne les marchés publics pour s'enrichir.
«Il faut faire prendre conscience à l'ensemble de la population que la corruption n'est pas un mode de vie acceptable mais un fléau qui gangrène le pays», explique-t-il sur son blog, qui, en quelques mois, est devenu l'un des plus populaires de la «toile» russe.
http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/monde/russie-des-foyers-de-contestation-s-allument-31-07-2011-1386288.php