J'ai pas voulu faire de référence en particulier, mais la question du cannibalisme dans le contexte de la survie est une question relativement épineuse qu'on peut résumer de cette façon là, c'est simple, c'est vrai, et c'est affreusement logique. Dans le fond, si la faim ne pousse pas un affamé à se sustenter, que ce soit de son animal de compagnie, seule présence vivante à des milliers de km à la ronde ou son meilleur ami, la question se pose le plus clairement du monde. Et là, pas question d'y réfléchir posément, de peser le pour du contre, plus le temps passe et plus tu t'affaiblis, viendra un moment où tu seras tellement faible que manger ne te sera plus d'aucun secours. Si t'as pas la force de prendre une décision, ou plutôt LA décision en l'occurrence, t'es perdant à 100%. En fait on peut dire que dans le cas de figure où c'est "manger ou être mangé", bien des notions humaines apparaissent comme futiles voire meurtrières.
C'est typiquement le choix qui pose problème parce qu'indubitablement, le syndrome du survivant, cette culpabilité horrible, se fera sentir. La véritable question c'est est-ce que tu pourrais vivre avec ce poids sur ta conscience, ou est-ce que tu préfèrerais donner ta vie pour être soulagé et que quelqu'un d'autre puisse survivre.
Ca évidemment, t'auras pas vraiment le temps d'y penser dans l'urgence. On mettra le passage à l'acte, la volonté de survivre aux dépends d'autres humains, sur le compte de la folie et de la faim. Je ne vois pas une seule personne qui assumerait pleinement un acte de cannibalisme comme celui-ci, des rugbymen crashés dans le froid, la neige, l'altitude, jusqu'aux naufragés. J'ai l'intime conviction qu'on assume toutefois mieux sa volonté de survivre grâce à la viande d'un congénère si on le tue, plutôt qu'en se repaissant sur son cadavre. Dans le fait de tuer, il y a l'évidente volonté, la volonté inébranlable de survivre. Je dirais que du moment où l'individu passe à l'acte jusqu'au moment où il est rassasié, tout est assumé, c'est la survie en elle-même qui prime. Après quand on y repense, à moins d'avoir un moral en acier et ne jamais perdre de vue l'objectif principal, à savoir rester en vie coute que coute, je crois que la plupart des gens ne pourraient pas repenser à la chose sans se sentir très très mal.
T'as vraiment fait une bêtise en gaspillant cette côte de veau, maintenant, plus personne n'aura assez de lucidité pour se demander s'il est socialement acceptable de bouffer un congénère sans son consentement, tout en sachant que l'acte en lui-même est motivé par une pulsion de colère certes compréhensive, mais relativement injuste ? Si ton chien mange ton plat, mange ton chien, y'a des gens qui pourraient adhérer, maintenant quand c'est un humain, je sais pas si on pourrait être d'accord aussi vite.
Sois sympa et prend donc un bain de sauce barbecue ce soir 