L'un des slogans qui résume Sartre, c'est "l'existence précède l'essence" et qui est défendu dans son ouvrage le plus technique l'Être et le Néant (1943). C'est un principe qui va à l'encontre de l'essentialisme selon lequel l'être d'une chose est déterminé par son essence, son idée. Pour Sartre, cela s'applique volontiers aux choses mais non à l'être humain car celui-ci n'a pas d'essence. Ce qui forme l'être d'un humain, c'est tout ce que son existence a de particulier. Il n'y a pas d'idée a priori enveloppant un humain particulier. Néanmoins, on ne peut écarter une idée de l'humanité ainsi que des conditions d'existence humaine a priori. C'est la thèse de Sartre la plus controversée car à partir de cela, il peut se permettre de tenir pas mal de positions sur le plan moral alors que pour des personnes du milieu philosophique, sa thèse s'appuie sur une pétition de principes.
Mais Sartre n'est pas seulement existentialiste athée. Il est avant tout phénoménologue et là où il est captivant, c'est dans sa capacité d'analyse des actes de conscience qui s'effectuent généralement spontanément à l'état implicite. Il suffit de lire l'Imaginaire (1940 - trois ans avant l'Être et le Néant) pour s'apercevoir de la puissance de sa lucidité.
On a beau le décrier pour ses idées politiques ou philosophiques, ou voire de le considérer comme une imposture, il n'en reste pas moins assurément un philosophe qui a fait avancer des réflexions au sujet de la conscience. On ne peut plus réfléchir à ce thème sans aborder l'idée de retournement sur soi, saisie, mauvaise foi... Pour nous, leur évocation a un usage courant. Mais Sartre a été le premier à décrire le continent conscience comme il le fait. Il a fallu penser tout cela.