B´soir/b´jour à tous (c´est vrai, un peu de politesse de temps en temps)...
Vala, je vous rappelle un des sujets qu´ont eu les Terminale ES en philo (en France, je précise), cette année au bac, en dissertation :
"Peut-on en finir avec les préjugés?"
Eh bien je vais me permettre d´en dire ce que j´en pense en tant que Terminale S : je ne sais pas vraiment comment on peut appeler ça, à vrai dire. "Peut-on en finir avec les préjugés", ou alors, si on peut le formuler ainsi : "Les préjugés sont un mal, une pathologie dangereuse; aurait-on un jour une chance de s´en débarrasser?"
Je trouve que c´est ni plus ni moins désigner les préjugés de l´homme comme un tabou, quelque chose d´immoral. D´office! On ne suppose, on se sous-entend même pas la petite question "les préjugés seraient-ils reprochable", non, on passe directement à l´affirmation "les préjugés sont quelque chose de mauvais, à éliminer à tout prix". La problématique demande : peut-on "EN FINIR" avec les préjugés; n´est-ce pas dire en outre "les préjugés sont présents chez l´homme depuis toujours : peut-on les éradiquer?".
L´exercice qu´on nous demanderait donc serait un discours dialectique, dans lequel on dirait en gros dans une première partie : "on peut en finir avec les préjugés", et ensuite "on ne peut pas en finir avec les préjugés", grosso modo. Au cours de ce discours, on serait dans tous les cas amené à définir à peu près les préjugés, du moins dans le cadre du sujet qui nous intéresse. On en viendrait donc à dire à peu près : "les préjugés naissent quand l´homme porte un jugement vis à vis d´un objet, sans forcément s´être longuement et posément investi intellectuellement sur cet objet" (plus simplement, si vous préférez, sans avoir réfléchi dessus). Peut-être même parlerait-on du racisme! Mais à notre niveau (un an de philosophie d´enseignement au compteur seulement), on doit se tenir à des choses simples. On devrait donc simplement s´en tenir à développer un pitit paragraphe, comme quoi le racisme (pour parler de ça) pouvait naitre des préjugés, quand on homme appréhende/a peur/ déteste un autre parce qu´il lui semble appartenir à une race différente de la sienne. Remarquez qu´immédiatement, on pourrait s´interroger sur le terme "race", d´autant qu´on y est extrèmement sensible depuis quelques années, mais on n´est plus dans le sujet qui nous intéresse, donc même si ça serait intéressant d´y revenir, refermons la parenthèse. Où en étions-nous? Ah oui, les préjugés naissent quand on ne réfléchit pas, et qu´on porte tout de même un jugement.
Pour défendre la thèse "on peut en finir avec les préjugés", on pourrait dire par exemple que même si les préjugés existent, on peut les dépasser, les surmonter en s´intéressant effectivement à l´objet sur lequel on préjuge. Ou alors en évitant simplement de juger.
Pour défendre la thèse "on ne peut pas en finir avec les préjugés", on serait (Ô drâme) "malheureusement" amené à dire qu´ils sont inévitables, parce qu´on n´est pas forcément capable de s´intéresser à tout. Ou alors qu´ils sont TELLEMENT néfastes! qu´on ne peut que se trouver enfermé dans ces préjugés, et qu´on ne peut en sortir parce qu´ils sont sources de peur, ou que sais-je encore. Qu´ils sont subjectifs, et que le subjectif est trop naturel pour être anihilé (au passage, on aurait pu parler de l´argument de la contradiction objectif/subjectif dans la première partie).
Bon, si ça ne vous dérange pas, passons à là où je voulais venir : est-ce que c´est légitime d´estimer qu´on ne fait plus vraiment de la philosophie quand on s´en tient à de telles problématiques? "Les préjugés sont mauvais, peut-on espérer les éradiquer?"
A croire qu´on ne doive pas réellement s´interroger sur les préjugés, mais immédiatement sur leurs conséquences "négatives" (pour ainsi dire, le négatif au fond est subjectif). Et si j´ai envie de me dire "et si les préjugés n´étaient pas nécessairement mauvais?", je serais hors-sujet? Ou mieux encore, si j´ai envie de m´interroger autour de cette problématique : "à partir de quand, au cours de l´étude (objective de préférence, je suppose) d´un objet peut-on dire "je ne suis plus dans le préjugé, mon jugement est désormais légitime?"
Voilà, tout ça pour dire que cette problématique m´a immédiatement donné l´impression qu´il fallait préalablement admettre que les préjugés soient mauvais. Or j´ai la prétention de penser que c´est une hypothèse qui est discutable... Vous me direz, c´est peut-être justement une bonne chose que de tels arguments me viennent en tête, et qu´ils sont dans le cadre du sujet, mais je vois toujours un problème. La problématique n´est même pas "FAUT-il en finir avec les préjugés?", c´est bel et bien "PEUT-on en finir avec les préjugés?". Les mots ont un sens précis, et ils ne sont pas dits au hasard... Donc je trouvais qu´on n´était plus vraiment dans la philosophie, vu les conditions. Mais tout ceci n´est que mon avis. Voilà ^^ que pensez-vous de tout ceci?
PS : je tiens à re-préciser que je voyais les choses en tant que personne ayant le point de vue d´un S. D´après ce que j´ai entendu dire, l´exercice demandé à l´épreuve de philo en ES n´est pas tout à fait le même : la dialectique n´est qu´une possibilité de dissertation. Autrement dit, ce qu´on attend des ES peut être aussi bien réfléchir sur les thèses proposées par la problématique posée que réfléchir sur la problématique posée. Voire la redéfinir d´une façon plus précise, en ayant repéré les limites et les thèses incertaines que l´on émettrait si l´on s´en tenait à la problématique "pure"... Encore un sujet de réflexion ^^.
Et oui, au lycée on ne fait pas de philosophie à proprement parler, seulement une initiation.
Par contre tu remarqueras que tu as réagi à la problématique de la façon la plus admirable qui soit, en remettant en cause le présupposé que tu as toi-même apposé à la problématique.
Non, dire que les préjugés ne sont pas que néfastes n´est pas du hors sujet, car on peut dire que le simple fait que de dire que les préjugés sont néfastes est un préjugé donc néfaste...
Ceci dit nous pouvons remarquer ce qu´est un préjugé, un simple raccourci mental associant à une situation ou un phénotype des implications diverses et variées, par exemple pour le racisme que les noirs sont idiots, pour les misogynes que les blondes sont des imbéciles, pour les mathématiques que 1+1=2, etc., et que l´étude de toutes les caractéristiques nécessite un temps si important que nous perdrions trop de temps si on prend en considération l´intérêt que cela porte, par exemple considérer que mon petit ami a des yeux d´un bleu intense à cause de l´éclairage n´a aucun intérêt pour justifier mon jugement comme quoi ils sont justement d´un bleu intense.
On peut ainsi distinguer au moins trois types de préjugés, les préjugés néfastes associant des choses à d´autres qui n´ont rien à voir, comme la couleur de peau avec l´intelligence de l´individu, et d´autres issu d´une probabilité logique d´association, comme le fait que usuellement 1+1=2 dans le domaine d´étude considéré, ou encore d´autres dont l´intérêt est limité et dont les conséquences sont nulles, comme la couleur des yeux d´un pèlerin qui passe.
De ce fait la tempérance que l´on vient de créer permet de répondre à la question de façon claire par la négative.
D´ailleurs peut-être que le côté tranché de la question avait ce but inavoué, permettre une réponse claire et nette, et qui pourtant va à l´encontre de la réponse que le sens commun nous pousserait à répondre.
Mais à nouveau, le fait que l´on puisse mettre un préjugé dans une catégorie ou l´autre de celles qui tu as citées sont discutables. Pour certains, un préjugé lourd de conséquences pour d´autres aura peu d´importance. Au fond, tu ajoutes une dimension de "conséquence qu´il faudrait prendre en compte" ou d´ "utilité" à la reflexion, mais cette dimension devrait pareillement être clairement définie, et pour ce il nous faudrait admettre que les critères de l´utilité et de la prise en compte soit variable selon les individus. On sort pas de l´impasse...
On pouvait tout aussi bien faire un plan Kantien, plutôt qu´Hégélien
(petite parenthèse : la dialectique n´est pas l´opposition, ni la contradiction. Hegel le dit clairement dans la préface à la Phéno avec l´exemple du développement "dialectique" du bourgeon jusqu´à la fleur).
Je trouve, au contraire, qu´il s´agit là d´un sujet d´une grande importance (philosophique et politique) et qui est au coeur de la philosophie depuis des siècles. La Maieutique Socratique n´est-elle pas un "dévoilement" par l´intérieur, une illumination ou plutôt une découverte, qui nie les préjugés ? La philosophie se donne pour but de parler de ce qui est vraiment, et qui n´est pas seulement les ombres des gardiens de la caverne.
Bref, question très actuelle, et assez difficille dans le sens où il ne faut pas sombrer dans l´analyse de surface, qui finit en catalogue tel préjugé n´est pas bon, tel autre est correct.
Si une telle catégorisation est utile, elle passe à côté du préjugé lui même à l´origine du "Peut-on en finir avec les préjugés?"
Dans préjugé il y´a "jugé", il y´a l´axiologie. Il est intéressant, je pense, de faire la différence entre un a priori et un préjugé. L´un désigne une conaissance héritée, et l´autre un jugement préconçu. Le préjugé est nécessairement moral; et donc moralement qualifiée. C´est une première piste qui permet d´expliquer pourquoi le préjugé est lui même objet de préjugé : il a nécessairement moins de valeur que le jugé.
En ce sens, un préjugé n´a pas de conséquence nulle. Ou plutôt, elles portent sur les principes occidentaux; ceux de la supériorité du logos sur le reste des facultés. La Raison souveraine, voire totalitaire. Disons pour faire simple, que le préjugé nie l´idéal de l´homme rationnel, et donc sage par extension. Or, pour nous, cet enoncé est extrèmement néfaste. Il nie simplement l´illusion sur laquelle toute la société est assise. Si l´on ne peut pas en finir avec les préjugés, alors l´humanitas n´est pas possible. Dans "Qu´est-ce que les Lumières", Kantounet déclarait justement qu´il fallait passer de la minorité à la majorité. Autrement dit, qu´il fallait juger par soi (et il décrit en celà une tache difficille) et non plus par l´avis d´un autre que soi. Passer du préjugé au jugé.
L´énoncé, donc, nie l´idéal inscrit au coeur de nos sociétés.
Et justement, c´était là la partie la plus intéressante du sujet : comment fonder la supériorité du jugé rationnel au préjugé émotionnel ? C´est là un vrai problème (qui peut donner une I° partie ^^). Parce que le préjugé n´est pas nécessairement faux (c´est un préjugé celà aussi...).
L´homme qui ne possède pas la "science de la géographie" peut tout aussi bien trouver le bon chemin que celui qui l´a. Quelqu´un qui a des préjugés peut être tout aussi bien dans le vrai qu´un homme qui sous pèse et repèse tout... On peut retrouver là la solution platonicienne de la supériorité du "avec science", qui est donnée je crois dans Le Politique.
On peut même avancer que le premier est supérieur au second. Paradoxalement, le premier juge, même par préjugé. Le second retarde jusqu´à l´infini le moment du jugement, pour éviter le préjugé. Au final, il ne juge pas. Au mieux il optera pour la réponse relativiste : tout se vaut. Mais tout se vaut, ce n´est pas une réponse, ce n´est même pas un jugement. C´est proclamer qu´on ne veut ni ne peut juger. Que tout est égal et qu´il ne faut pas aller plus loin. Ca pourrait faire une troisième partie : on ne peut pas en finir avec les préjugés, parce qu´ils sont la seule manière d´agir. Ou plutôt : la Raison va paradoxalement contre le jugement. La raison voudrait qu´on ne juge pas pour diverses raisons (de peur de se tromper, de peur de ne pas avoir tout pesé etc...). En gros, je poursuis ce qu´a déjà dit soféa en allant plus loin. Le préjugé n´est pas seulement la solution de la facilité, il est la solution tout court. Il est le moment où il faut choisir, où la Raison cesse son travail d´inspection, et où l´on prononce enfin son jugement. Quand bien même le temps d´analyse se prolongerait, le jugement ne peut pas être entièrement rationnel, donc dépend d´une structure que l´on peut nommer "préjugé".
PS, je répondrais plus tard sur la science ^^En ces temps d´attentes de résultats, tout est horrible
"Pour certains, un préjugé lourd de conséquences pour d´autres aura peu d´importance."
A ce moment là tout se vaut, le discours est impossible, il faut rendre copie blanche, et se murer à jamais dans le silence.
En effet savoir comment classer les préjugés est parfois très simple mais parfois très complexe, variant d´une personne à l´autre. Mais cela tient au fiat qu´il existe plusieurs type de vérité, dont seulement un type est absolu.
C´est en remarquant cela qu´on passe outre le problème de la classification, en concevant son caractère non absolu et acceptant l´incapacité d´en générer une qui puisse l´être.
gijoe, depuis quand parles-tu comme ça de "Kantounet" ? ![]()
Depuis qu´on m´a surnommé Hegel
ce qui date de la T°...
Si je comprends bien, gijoe080288, tu comprenais la problématique comme cela : "est-ce que notre jugement peut passer du préjugé irréfléchi au jugement réfléchi et admis car approuvé par la Raison?". Et en conséquence, tu opposes deux choses. Le préjugé, qui a pour caractéristique de se baser généralement sur une émotion (vis à vis d´un objet), et qui pour cette raison est si souvent mal vu dans notre société ou la Raison tranche dans les problémes, philosophiques comme les autres. Le préjugé, donc, et le jugement réfléchi, qui contrairement au préjugé, ne peut être défini clairement quand on moment où on y est réellement (jsais pas si c´est clair...). Autrement dit, je ne peux jamais garantir que j´ai vérifiée avec ma Raison suffisament toutes les propositions possibles et imaginables concernant l´objet, et ainsi pouvoir affirmer un jugement(d´ailleurs, le fait qu´on se tienne à l´imaginable nous met face à face à une limite de la Raison, mais c´est un autre problèle). Si je juge, c´est à dire que si je dit que tel objet est tel autre objet, je ne peux pas dire que la Raison peut approuver de façon certaine ce jugement ( "tel autre objet" peut être un nom ou un adjectif).
C´est donc ici (et dans l´autre argument affirmant que le préjugé pouvait être autant dans le vrai que le jugement réfléchi, mais je suis pas revenud dessus) que tu repères la limite du jugement réfléchi. On ne peut jamais affirmer raisonnablement nos jugement. Mais il faut agir, dans la vie, et juger : on doit donc bien se contenter de nos jugements, même s´ils sont imparfaitement vérifiés par la Raison. Hum, c´est moi ou ça me rappelle une partie de la philosophie de Descartes
?
Bref, tout ça pour dire que j´étais convaincu par ton discours
, mais bon, au fond c´est ce que je disais aussi : "à partir de quand, au cours de l´étude (objective de préférence, je suppose) d´un objet peut-on dire "je ne suis plus dans le préjugé, mon jugement est désormais légitime"?" ^^.
Bref, continuons le débat...
"Pour certains, un préjugé lourd de conséquences pour d´autres aura peu d´importance."
A ce moment là tout se vaut, le discours est impossible, il faut rendre copie blanche, et se murer à jamais dans le silence.
Ca dépend si on est dans le cadre d´une pure recherche de vérité ou si on veut établir un mode de vie à partir de la réflexion philosophique... Du moins c´est comme ça que je le vois.
Et dans le cadre de pure recherche de vérité, au fond on est pas garanti par la raison de grand-chose, c´est vrai
![]()
Au passage, voici les différents sujets de bac des filières concernées, pour ceux qui ça intéresse.
http://www.webchercheurs.com/content/14/371/fr/les-corriges-du-bac-2007.html
A mon avis, oui, c´est ce qui est contenu dans l´énoncé. Ou plutôt, qui permet de se démarquer des autres en faisant preuve d´un peu plus de hauteur de vue.
"Peut-on en finir avec les préjugés" c´est dire que le préjugé nous est "naturel" ou qu´il précède toute forme de jugement (d´où question, pourquoi nous est-il naturel ?) ; c´est dire aussi qu´on ne les a toujours pas dépassé (pourquoi n´y est-on pas arrivé alors que ça fait tout de même des siècles et des siècles qu´on lutte contre); et c´est enfin dire que le préjugé vaut moins qu´une autre forme, plus raisonnable, qu´on nommera "jugement".
Voilà les trois problèmes qui me sautent aux yeux.
Or, on peut les lier en un seul, qu´est-ce qui fait qu´on n´a pas dépassé les préjugés, et sont-ils indépassables...
Le sujet appellait de toute façon à une critique : on a tous des préjugés alors qu´on nous éduque toujours plus depuis des années. Serait-ce là la faillite de Socrate ? Une réponse du type : il faut éduquer toujours plus les esprits, me parait vaine, dans le sens où la solution n´est actuellement pas opérante.
Le tour de force consisterait donc à montrer que pour juger, il faut à un moment abandonner la réflexion, et que ce moment que j´ai qualifié d´émotionnel (pour l´opposer au rationnel) peut-être rammené à l´idée de préjugé.
Alors certes, la définition de préjugé a évolué entre temps. On n´est plus dans un a priori axiologique; mais dans le moment du "juger".
C´est dire en somme que le jugement pur et parfait ne peut pas exister et qu´il faut s´y résoudre. En ce sens, le préjugé est consubstanciel de tous les jugements qu´on donne.
Pour se faire, il faut définir le jugement comme un acte rationel de l´esprit, dans un moment d´absolue clairvoyance. Un moment qui serait donc par définition utopique. Et de l´autre côté, il faut définir le préjugé non plus comme un jugement avant l´analyse; mais comme un jugement qui n´est plus lié à l´analyse. On aura beau avoir tout pesé, tout analysé etc... il faut juger. C´est même une condamnation.
On considère que pour juger il faut connaître. Et connaître absolument. Juger c´est peser. Or, on peut tout à fait montrer qu´une telle conaissance est impossible, et qu´à un moment il faut s´en détacher. Qu´il faut quitter l´analyse pour pouvoir juger.
C´est autours de cette opposition Juger/Raison et Préjugé/Déni de Raison qu´on peut construire la dissertation.
Mais ce n´est qu´une piste hein, et le tour de force final (qui en est-un, et qui par certains côtés peut être qualifié de sophisme) consistant à dire que tout jugement est un préjugé, donc qu´on ne peut s´en débarasser, doit intervenir à la toute fin, en trois sous parties : 1) critiquer ce qui a été dit; 2) Redéfinir les termes 3) exposer les choses en fonctionnement.
J´ajouterais que le "préjugé" ne peut pas être appliqué à l´existence ou à la non existence d´un objet. Ni même à l´apposition d´un prédicat. Le préjugé est une qualification à dimension morale. Il ne parle pas de ce qui est ou pas (c´est un a priori sinon) mais du sens à donner à ce qui est ou pas (avoir des préjugés sur les blondes, sur les homosexuels, sur les noirs, ou plus trivialement sur la nourriture des pays étrangers). C´est une distinction qui me semble utile dans la démonstration. Un a priori peut tout à fait se dissiper, par la conaissance. On peut avoir des a priori sur l´électricité, sur Dieu, sur ce que tu veux.... et ils peuvent généralement être dissipés. Le préjugé se superpose à la conaissance. C´est pour ça, à mon sens, que l´a priori dépend de l´expérience, et non le préjugé.
C´est une différence féconde dans le sens où le préjugé n´en devient que plus dur à extirper : le préjugé est une opinion préconçue s´appliquant à un objet qu´on en ait fait ou non l´expérience.
De là, on peut montrer que l´éducation n´arrangera rien puisqu´on est strictement dans le domaine du moral.
A moins de montrer un lien entre conaissance et moralité, ce qui ne va vraiment pas de soit (et qui fait encore une sous partie... hop
)
Bonjours à tous, voilà un résumé de corrigé possible de l´épreuve (posé sur un site internet, donc ça vaut ce que c´est...) :
Il s´agit d´un sujet tout à fait classique relatif au pouvoir de la raison. Les notions du programme qui y sont impliquées sont : la raison, le réel, la vérité, le désir, la conscience et,éventuellement, l´inconscient.
Il faut bien analyser le sens du sujet : un préjugé est une précipitation dans le jugement qui ne conduit pas nécessairement celui qui se précipite ainsi en dehors de la vérité mais qui le rend incapable, dans l´immédiat, de connaître les raisons pour lesquelles ce qu´il a affirmé est nécessairement vrai.
L´expression "en finir avec" suggère qu´il existerait une solution radicale aux préjugés, qu´on pourrait envisager un monde sans préjugés et des hommes débarrassés de leurs préjugés.
"Peut-on" met un bémol à cette tentation. Les préjugés peuvent-ils disparaître ou au contraire ont-ils une source si profonde en nous que malgré nos efforts ils ont toujours tendance à renaître ?
Cette question concerne aussi bien le monde théorique (la connaissance) que la sphère de la pratique (l´action).
En finir avec les préjugés est la tâche de tout philosophe et plus généralement de tout homme. En effet, les préjugés ce sont ces jugements trop hâtifs, insuffisamment fondés ou fondés dans la simple croyance, qui nous poussent à considérer choses, évènements et êtres sous un jour biaisé et déformant.
La question d´en finir avec les préjugés suppose qu´on s´interroge sur les moyens de lutter contre les préjugés.
On peut se demander si cette lutte a vraiment une fin et si les préjugés n´ont pas tendance à renaître toujours sur le sol de l´ignorance ?
Vous deviez vous interroger non seulement sur la définition de "préjugé" mais plus fondamentalement sur leurs sources.
On peut en recenser quelques-unes :
L´ignorance : on juge péremptoirement ce qu´on ne connaît pas.
La précipitation : on porte un jugement hâtif sans examiner tous les aspects d´une question ou d´un état de fait.
La généralisation : on part d´un fait particulier et on en fait une vérité générale.
La croyance : on substitue la simple conviction subjective à une connaissance objective.
Vous pouviez remarquer que la lutte contre les préjugés est l´un des combats majeurs de la philosophie, de Socrate à Descartes et au delà avec le combat des Lumières contre la superstition.
Généralement vous pouviez dire que la meilleure façon de lutter contre les préjugés c´est :
De faire usage de son esprit, d´être capable, comme dit Kant de se "servir de son entendement". Il s´agit pour cela de se libérer des "tutelles" et de faire l´effort de penser par soi-même.
De prendre le temps de la réflexion en évitant de conclure trop rapidement à partir d´observations incomplètes. C´est l´exemple que donne Descartes dans sa philosophie. Il fait l´effort de se retirer du monde pour prendre le temps d´examiner ses connaissances et de les amener au niveau de la raison (doute méthodique).
A l´optimisme philosophique, vous pouviez opposer un pessimisme tempéré. En effet, la lutte contre les préjugés est sans cesse à reprendre car c´est chaque individu qui doit la conduire pour lui-même au moins "une fois dans sa vie" (Descartes). C´est pourquoi les préjugés renaissent. Ils renaissent parce qu´à une génération d´hommes en succède une autre et que cette nouvelle génération doit être éduquée et doit faire, pour elle-même et à nouveaux frais, l´effort de penser.
Il convenait de partir de la connotation négative du terme de "préjugé". C´est un terme qui indique un acte de jugement qui a lieu avant le jugement, c´est-à-dire sans mobiliser réellement les facultés de l´esprit.
Le préjugé est une connaissance qui n´en est pas vraiment une mais qui empêche l´esprit de s´ouvrir à d´autres connaissances plus fondées.
C´est pour cette raison que dans sa méthode d´interrogation, Socrate mettait à l´épreuve les opinions de ses interlocuteurs pour montrer ce qu´elles avaient d´insuffisant ou de faux de façon à leur permettre de s´ouvrir à un nouveau désir de savoir.
Vous pouviez remarquer qu´en finir avec les préjugés est l´idéal de la raison et peut être le moyen le plus sûr de la paix. Des hommes sans préjugés pourraient toujours se mettre d´accord et on éviterait ainsi les guerres qui trouvent leur origine dans les préjugés et l´ignorance.
Mais cet idéal de la raison se heurte à la matérialité des esprits qui naissent, génération après génération, et qui, à chacune d´entre elles, ont besoin d´être éduqués.
Mais l´éducation elle-même, si elle est nécessaire, ne suffit pas, car la lutte contre les préjugés est la tâche de chaque individu en particulier et demande donc un effort personnel.
En finir avec les préjugés est donc l´idéal d´une humanité rationnelle, mais un idéal d´autant plus difficile à atteindre que chaque individu doit y apporter sa part, sans exception d´aucun.
ET VOILA LE PLAN QUE J´AI MIS (PUSIQUE JE SUIS EN ES...)
1) en quoi le préjugé peut être contraire à l´idée du sujet (figé/évolutif) et pourquoi il faut remettre en question tout ce qui nous entoure pour pouvoir assumer notre condition d´être humain pensant (Mounier, "introduction aux existentialismes")
2) l´expérience et l´histoire de l´homme tendent à prouver que l´homme peut dépasser ses propres préjugés : croyance magique/croyance rationnelle (Kant), sciences (démarche rigoureuse, volonté d´agir par la raison, etc) puis histoire et philo (amour de la sagesse, philosophe : "flambeau dans les ténèbres" contre l´obscurentisme et les fanatismes, recherche permanente de la vérité en tant que pensée, donc différente de l´opinion...) >>> bref, le passé s´orienterait vers un affranchissement devant les préjugés, l´homme se libère par lui même
3) mais ça reste fortement limité, les préjugés restent un choix plus simple et plus rapide, alors qu´une connaissance plus poussée implique de prendre un chemin plus rude et plus pénible (Platon, "mythe de la caverne"). Et enfin la société, en quoi les préjugés sont utiles/néfastes pour l´évolution des groupes sociaux (et en quoi est ce qu´on retrouve un cercle vertueux : "lutte" contre les préjugés > permet une vie en société (à la différence des communautés) > la société forge l´enfant puis l´individu, c´est donc en partie à elle de l´éduquer pour qu´il devienne citoyen, et de ce fait surpasse toute forme de préjugé (Rousseau)
Je pense ne pas être trop loin de ce qui sera peut être attendu... à voir, en tous cas si vous voulez commenter ce que j´ai fait je suis preneur!