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Un être immortel n'aurait il...

Kristho
Kristho
Niveau 9
01 juin 2007 à 17:51:14

Voici un extrait d´un recueil de textes et poèmes (de je ne sais plus qui) qui je crois convient bien comme réponse à ta question :

Lettre d´un immortel

La vie d’un immortel à un goût macabre…comme quelque chose qui macère lentement, sans remous à la surface, sans jamais se renouveler… une moisissure putride… Le soleil lui même n’est pas plus immortel que moi. L’éternité préserve mon corps de la faim du temps qui nous dévore, mais elle est une décomposition sans fin de mon âme, et de mon esprit.

Les saisons défilent sans influences. Elles me rappellent le temps qui s’écoule sans importance, aussi loin que remontent mes souvenirs cisaillés, elles restent le seul changement de ma vie. Elles font la différence, entre le temps, et l’instant infini. Bien plus que le soleil et la lune, elles me rappellent le cycle de la vie dont je suis exclus. La naissance du bourgeon, l’éclosion…le fruit, et la fin.
Oui, le monde avance, mais il m’a oublié, perdu en cours de route, me laissant seul spectateur, comme un roman, ou un film qui défile sous mes yeux sans que je puisse le comprendre…sans que je puisse devenir acteur.

L’éternel ne côtoie ni la vie, ni la mort…la mort cette délivrance, douce délivrance à l’avilissement de mon âme prisonnière, et étrangère. C’est bien la fin qui donne son importance au début, et à l’instant, la mort qui fait vivre.
Comme le vert printemps finira par rougir, et disparaître, les couleurs de ma vie se sont ternies, pour ne laisser que le noir… et le blanc. Qu’advient t’il de la rose fanée, qui ne peut même espérer retourner à la terre pour germer à nouveau ?
…Oh ma destruction est infini…

Je m’imagine déjà, à la fin des temps, lorsque les quatre vents ne souffleront plus, alors que l’horizon sera fendu, et le soleil évanoui de notre galaxie… Quand nous aurons fait de notre berceau un tombeau, alors je dériverais perdu dans l’espace, sans le temps, comme une conscience matérielle, et perdue… Témoin de l’univers, peut-être est ce ma seule raison ? Ma souffrance.
Je serais le miroir, dans son propre reflet, le seul témoin dans l’infini. Peut-être l’univers a t’il besoin de moi pour ne pas être vain… peut-être, et pourtant…

Pourquoi moi ? Comment cela m’est il arrivé, demanderez vous ? Au nom d’une puissance inconnue, qu’ai je fais pour obtenir tel châtiment ? S’agit il d’une punition, ou d’un simple et pur hasard ? Serais je le fruit d’une erreur, d’une donnée erronée dans le cycle éternel de la vie, et de la mort ? Ce même cycle m’aurait il oublié, condamnant toute évolution spirituelle en moi ? Par dessus tout, comment puis je savoir ?… Trop de questions, et peut être aucune réponse possible. Je suis voué à l’ignorance, et pire encore, à l’oubli.
Personne dans cette vie ne pourra m’apprendre ce que je cherche… La mort aurait peut être son lot de réponses, mais elle restera à jamais pour moi, une idée, un rêve… Personne ne me répondras là bas non plus, lorsque je resterai seul sur cette rive du fleuve, priant le passeur muet de m’emporter…

Ce que je dis là n’est qu’un constat du peu d’éléments qu’il me reste. Les fragments de ma mémoire décrépit, et les éléments du présent monde qui m’entoure.

Qui suis je ? Quel âge ai-je aujourd’hui ?

Je l’ai oublié. Qui était mon père, ou ma mère ? Avais je des frères, ou des sœurs, me reste t’il encore de la famille ? Tout est trop vague, dans le puzzle de mon esprit trop d’années, se sont succédées…Il est impossible de me souvenir moi-même de ma vie, de toutes ces vies, rassemblées bout à bout…
Je suis une anomalie dans la nature, c’est un fait, comment pourrait il en être autrement ? Mon esprit lui même est sur le point d’éclater, il ne peut supporter, emmagasiner un tel flot d’information dans ce corps humain. L’écriture, est certainement tout ce qui me reste. Ma raison déborde, et écrire me permet d’éviter le gouffre de la folie, qui se profile devant moi…Cela me permet de rassembler mes dernières idées.

La folie, la folie, la folie, la folie, elle m’emportera tôt ou tard…comprenez vous comme il est dur de vivre sans espoir, d’être vain … de travailler pour quelque chose qui, jamais ne sera accomplit, et plus encore d’en avoir conscience. La saveur du monde disparaît. Il n’y a plus de faim, ou de soif, et la solitude pèse à jamais sur mes épaules, qui saigneront toujours sans céder. Les gens meurent les uns après les autres devant moi, comme une provocation divine, me rappelant que je serais le dernier sans doute…
Le savoir est à moi direz vous…j’ai l’infini devant moi, pour m’instruire, et apprendre tout les secrets de ce monde, élucider les plus grands mystères…Mais ce savoir là est inutile, il finira perdu dans le néant, des méandres de mon esprit…j’oublierais tout, tôt ou tard… alors à quoi cela servirait il après tout ? Aider des gens, faire avancer le monde ? Il m’a devancé il y a bien longtemps, je ne le comprend pas plus qu’il ne me comprend moi… Je suis au dessus de la vie, et de la mort, et je suis en dessous. Le bien, le mal, ces concepts sont sans signification pour moi…c’est une basse échelle de valeurs, et je me trouve à l’échelle de la vie, de son cycle, car j’y suis extérieur.
Ah… tout me sembles si inutile, et vain. Une telle fatalité ne devrait exister, et pourtant rien autour de moi n’a d’importance… ou du moins rien qui puisse l’être pour vous.
J’accorde plus d’importance à une feuille morte flottant dans le vent, qu’à n’importe qui, qu’à la famine dans le monde, les désastres…
Comme si les valeurs s’inversaient…Les feuilles rougissantes de l’automne, une pluie rafraîchissante, telles sont les choses qui me donnent encore l’impression d’être du bon côté, grâce à leur caractère si instable, et éphémère… elles me font m’oublier moi même. Comme si elles m’absorbaient entièrement, pour que je ne fasse plus qu’un avec leur environnement…elles ne sont que l’instrument de mon exclusif divertissement… M’oublier dans le monde est le seul moyen qu’il me reste pour ne plus en souffrir. Et faire parti de lui, pour comprendre ou non ! Quelle importance ?
L’homme cherche toujours une signification, une valeur sûre, et durable qui puisse le rassurer, car il redoute la fin, l’épuisement. Quant à moi je n’ai d’autre but que l’instant. L’éphémère, la seconde, j’ai besoin que ce soit une constante révolution. Cela n’a aucun but, pour la philosophie, la religion, la science, l’économie, le monde, les enfants, même pour mon enrichissement personnel…ce n’est rien du tout…
Je suis comme un insecte attiré par la lumière, ou la saveur d’un doux nectar, il ne me reste plus que cet instinct primaire de satisfaction immédiate. C’est effrayant, et pourtant c’est d’une simplicité rassurante… Défier, la mort, explorer les limites de ma vie est une forme de ce plaisir… Me laisser tomber du haut d’une falaise abrupte qui devrait naturellement rompre tous les os de mon corps… Aller m’enterrer profondément à même la terre, goûter au silence de la tombe… Parcourir les abysses océaniques… Goûter à chaque parcelle de cette terre, herbe, feuille, terre, boue, bois…ou encore défier des animaux, et ainsi me faire blesser, et mordre de part en part.
Peut être est ce pure stupidité, folie… la dignité, la morale, tout ça n’est rien dans la solitude, tout ça n’est rien sans l’autre…je n’ai plus de fierté, plus d’estime, cette chaîne a été remplacée par une autre…
Sachez que l’immortalité ne m’empêche pas de ressentir la douleur, comme n’importe qui…mais elle est comme une donnée inutile.
La douleur est un exile… quand elle est là, il n’y a qu’elle, rien d’autre…puis elle vous quitte, vous laissant, mieux que vous ne l’étiez auparavant.
Peut être un jour essayerais je de creuser jusqu’au ventre de la terre, peut-être déboucherais je de l’autre coté, ou me retrouverais je en état d’apesanteur, lorsque son noyau me déchirera de toutes parts ? Quand le haut est le bas, et vice versa… peut être resterais je coincé à jamais, prenant compte à nouveau, dans ma peau, et jusqu’au sang de cette douleur, chaque seconde…
On pourra alors dire que je vis au rythme de la terre, tout au creux de son ventre, ressentant sa fureur en mes membres, et mon esprit. Pourrais je me considérer comme sa conscience même…Ah quelle idée ! Je serais le lien entre elle et la surface, prenant parti des deux, elle défoulera sa rage sur mon corps pour le reste de l’humanité. Je serais bien plus…le seul être à savoir ce qu’est le sein de la terre, sa dureté, sa puissance, son cœur… sa vie.
Arriverais je à brûler, et enfin me consumer jusqu’à l’os ? L’idée même que cela n’arrive pas est difficilement concevable, et pourtant… Qui serais je, si même l’essence de l’essence renonce à dominer une parcelle aussi infime que je représente ?
Ah si le feu pouvais m’emporter, quelle digne fin cela serait. Qu’il me réduise en cendre, et scelle à jamais mon être, comme par la destruction il scelle la création… car il est son ultime aboutissement. Les deux sont liés, comme toujours, oui toujours…la mort, la vie. Le feu est la création, comme la naissance est un meurtre.
En quelques instants, il donne l’éternité, il grave dans la mémoire de l’univers les dernières images.
Ah je souhaiterais pouvoir emporter le monde dans les flammes, brûler toute la beauté, et mourir avec lui pour n’en garder que le meilleur.
Telle serait ma folie, tel serait le fruit dévasté de mon âme.

Cette idée n’est pas à sa place ici, comme je ne le suis pas moi même. Je le dis car peu m’importe ce que le monde pense de moi, si il lui arrive de penser à moi, et même si je ne suis que ce qu’il voit…
Peu m’importe, peu m’importe… il n’y a pas de faux, ni de vrai pour moi…
Est ce qu’il y en a déjà eu ?
Hormis moi, les choses ne restent jamais les mêmes, si bien qu’il est impossible de leur approprier un caractère… quant au faux… La lumière perce t’elle l’obscur, ou l’ombre s’immisce t’elle dans la lumière ?? …Peu importe...

Cette lettre est ma mémoire partagée, ainsi que ma pierre à l’édifice de la métaphysique…mon expérience de l’éternel. C’est ma contribution à l’univers. Elle est ma vanité, mon beau miroir, mon reflet que je vous offre à admirer…Que vous en retiriez quelque chose ou rien, elle est ma clameur du fond, revendiquant mon existence.

..Mon dernier appel au secours…

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