Le syllogisme est-il une tautologie ?
Quelques auteurs ont avancé que le syllogisme était tautologique. Prenons un exemple banal:
L´homme est mortel.
Or, Socrate est un homme.
Donc, Socrate est mortel.
Est-ce que la vérité qui est exprimée dans la conclusion n´est pas déjà contenue dans la majeure? Si, vraiment, on connaît la majeure, on connaît alors du même coup la conclusion. Le raisonnement n´exprime rien de nouveau.
Les thomistes répondent en se basant sur leur théorie grotesque de l´extraction des essences, qui est clairement infirmée par l´expérience. On ne connaît pas la nature des choses. En fait je ne sais même pas si ça a un sens de parler de la nature des choses. J´en doute fort.
On peut répondre aussi que le syllogisme sert à expliciter une connaissance saisie confusément. Il nous permet d´avoir les idées claires. Notre esprit ne peut pas voir d´un seul regard tout ce qui est emmagasiné dans le cerveau. Ce serait déjà suffisant pour lui donner une place légitime.
Mais je pense qu´il y a une réponse plus profonde.
Le syllogisme ne se veut pas un enchaînement de certitudes. Le syllogisme est une application de la méthode hypothético-déductive. On suppose que l´homme est mortel (théorie). De là on fait des prédictions sur les observations:
si le concept d´homme implique le concept de mortalité, tout ce qui correspond à la définition de l´homme est mortel.
Or, Socrate correspond à la définition de l´homme (cela est un jugement analytique qu´il serait vain de contester).
Donc, on prédit que Socrate devra être mortel.
Si cette prédiction est confirmée, la théorie de la mortalité de l´homme tient bon. Mais on ne cherche pas à prouver cette théorie.
À part les prédictions, on peut aussi tenter de montrer par le syllogisme que les faits connus sont déduits par une théorie qu´on propose. On sait que Socrate est mortel. Or, ce fait se déduit de la théorie qui veut que l´homme soit mortel. Encore là, on ne cherche pas de preuve.
Quelqu´un pourrait faire en effet une théorie concurrente d´où il déduirait aussi bien ce fait: Dieu punit les libres-penseurs en les tuant. Or, Socrate est un libre-penseur, donc Socrate a été tué. Cette théorie ne suppose pas nécessairement que l´homme est mortel par soi. Les deux théories ont un pouvoir explicatif égal vis-à-vis de la mort de Socrate.
Merci de dire ce que vous en pensez !