Bonsoir, je n´ai pas la prétention d´écrire ce soir un texte exhaustif et complet, tout ce que j´ai à vous livrer ce sont des interrogations, des questions essentielles que je me pose sur la nature même des lois. Ces interrogations nous amènent à nous poser la question des droits et des devoirs puisque les lois ne sont jamais que ce qui les garantit, et cela ne peut découler que d´une interprétation de la nature ET de la condition humaine.
I. Droit "naturel" ?
Qu´est-ce qu´un être humain ? Qu´est-ce qui, fondamentalement, sépare un homme d´un animal ?
D´un point de vue strictement biologique, pas grand chose. Un bon neurologue vous le dira : ce qui caractérise l´espèce humaine c´est une hypertrophie du système nerveux. Voilà à quoi se limite la nature humaine. Dans la nature humaine, il n´y a donc a prori rien qui justifie des droits. Un être humain en tant qu´animal n´a donc aucune prétention à avoir des droits.
L´explication se trouve dans la condition humaine. L´hypertrophie de l´être humain lui donne une temporalité, c´est-à-dire une capacité de s´extraire du présent et de se donner une dimension temporelle au lieu de simplement spatiale comme chez les animaux. D´après des chercheurs britanniques, cette capacité viendrait du fait que l´homme a réussi à une certaine époque à créer une métaphore pour se représenter lui-même, il a réussi à se concevoir mentalement en se créant une certaine image de lui en tant qu´entité. De là, il a pu se concevoir dans le futur et dans le passé.
A partir de cette connaissance de lui-même, l´être humain a pu concevoir sa propre mort, c´est-à-dire ce qui rend son existence absurde comme le dit si bien Albert Camus, chose unique dans le règne animal. C´est là que me vient ma première carence théorique (du moins ai-je la prétention de le penser), je pense (subjectivité) que la perspective de sa mort donne à l´homme le droit au bonheur, non pas uniquement au bonheur instantané de l´animal qui vit dans le présent, mais au bonheur tout au long de sa vie, en rapport avec sa dimension temporelle.
Je vous pose donc la question : en quoi la perspective de sa mort donne à l´homme le droit d´être heureux ? En tout cas, je suis obligé de poursuivre en me basant sur ce postulat.
Nous venons de voir que l´être humain tire son droit fondamental de sa condition, c´est une avancée gigantesque. En effet, cela signifie que le droit n´existe qu´à l´intérieur d´une société. Je m´explique. L´homme en tant qu´être, composé de chair et des mêmes cellules hétérotrophes qu´un chien ou qu´un blatte, existe, c´est incontestable. Mais sa condition n´existe qu´à partir du moment où il vit en société, et ce parce qu´il n´existe que dans l´autre, seul l´alterité lui donne une dimension temporelle. C´est l´existentialisme selon Sartre.
II. Société
L´être humain ne peut pas être pensé individuellement, à moins de se limiter à la faible portée de sa nature, il ne peut être pensé qu´à l´intérieur d´une collectivité. L´homme se définit toujours par rapport à ses semblables. Comment dire si un homme est grand s´il n´y en a un plus petit à côté ? Mais là nous venons de frôler une distinction essentielle : si l´homme se définit par rapport à ses semblables, il se définit surtout CONTRE ses semblables ! En effet, il est plus que, ou moins que. Les rapports entre être humains ne sont finalement que des rapports de force. Et c´est ce que montre très bien Machiavel, tout est force dans la société.
Toutefois, nous remarquone qu´à chaque fois qu´une société s´est érigée, elle a du se doter de lois, nous n´avons à ce jour pas connaissance de société sans lois. En effet, les lois sont des forces coercitives mettant des barrières entre les ego des êtres humains, elles régulents leurs instincts pour leur permettre de vivre ensemble.
III. Droits et devoirs
Les lois ne sont là que pour faire respecter les droits et les devoirs des individus, elles tirent donc leur esprit de ces droits et devoirs. Celà signifie que les droits et les devoirs, qui découlent du seul droit admis comme fondamental : le droit au bonheur, sont précisèment ces barrières régulatrices entre les hommes que les lois grantissent, c´est-à-dire érigent en principe, ou en maxime comme dirait Kant.
Ces principes se doivent d´être universels, s´ils ne le sont pas, ils ne sont que des postulats subjectifs et sans aucune légitimité. C´est ainsi que Kant défini le principe du droit. Quand vous faites quelque chose, demandez-vous s´il serait bénéfique pour la société (encore elle) que tout le monde le fasse. L´exemple le plus célèbre est celui du droit de mentir. Si tout le monde mentait, la société serait perdue, la confiance n´existerait plus et le mensonge deviendrait lui-même absurde puisque la parole ne signifierait plus rien. Le droit de mentir est donc inacceptable.
Il faut nuancer cette affirmation. Si un nazi vous demandait si vous hébergez un Résistant, et si c´est en effet le cas, lui direz-vous la vérité ? Je gage que non. Mais c´est qu´il faut ici concevoir différemment le devoir, devoir de véracité en l´occurence. Et c´est ici que se trouve la nature même du rapport entre les droits et les devoirs. L´un n´existe pas sans l´autre. En effet, dans ce cas-ci, le devoir de véracité ne prévaut que devant quelqu´un qui a droit à la vérité. Mais les nazis n´ont précisément pas droit à la vérité en cela qu´ils rentrent en conflit avec le droit au résistant de vivre.
Les droits ne peuvent pas être considéré en dehors des devoirs. Or, les devoirs qui garantissent les droits n´existent qu´au sein d´une société ayant érigé des lois pour les garantir.
De là, bifurcation de ma pensée, si quelqu´un pouvait m´éclairer, je lui en serais reconnaissant. En effet, deux cas m´apparaissent :
- Si on revient au postulat qui sous-tend mon argumentation, c´est-à-dire que l´homme a droit au bonheur, alors cela veut dire qu´on peut créer un législation pouvant être qualifiée de "naturelle" et basée sur la Raison. C´est ce que dit Montesquieu dans "L´esprit des lois", mais il ne m´a pas entièrement convaincu en cela qu´il ne m´éclaire pas sur le postulat toujours indémontré dont je vous ai fait part.
- Si, cette fois, on refuse le postulat du droit au bonheur, même si l´on admet que l´homme tend à rechercher le bonheur, alors le principe de loi et donc de société devient affreusement subjectif. Les sociétés réagiraient donc comme un marché avec un rapport droits/devoirs plus ou moins avantageux pour les citoyens. Les sociétés ajusteraient donc ce rapport comme un rapport qualité/prix pour surpasser leurs voisines, lesquelles réagiraient à leur tour. Et de là, le monde s´équilibreraient comme un marché, avec toutes les iniquités que cela implique.
Qu´en pensez-vous ?