C´est une mesure idiote, tout comme celle prise par médecin du monde (distribuer des tentes aux SDF, qui pour moi, équivaut à les retirer de l´espace public, à rendre leur situation de détresse moins visible, et à interdire le controle en instaurant un simili d´espace privé. Cependant je suis conscient qu´une tente protège des intempéries et du vent, mais surement pas du froid.)
Non seulement c´est indécent (venir gouter au grand frisson humanitaire comme le dit l´auteur du topic), mais en plus c´est inutile. Une fois le grand frisson passé, qu´est-ce qu´il restera ?
C´est même encore plus rigolo, parce que ça revet une apparence de "sensationalisme". Vous savez que les caméras cherchent à être toujours au plus près de l´évènement qui deviendra une information neutre.Le but final de cette proximité, c´est la possibilité de vivre à distance les évènements. De pouvoir dire "j´y étais" parce que je l´ai vu à la télé. On nous a présenté l´Irak version XXI comme un conflit "comme si on y était".
C´est quand même hallucinant que l´information d´aujourd´hui soit basée sur un pseudo vécu, en l´occurence le dégout de voir des morts par terre, la fascination pour le feu d´artifice lumineux des missiles, sans apporter pour autant plus d´informations... On n´a pas été informé, à la télé, les images étaient la fin visée par le reportage qui n´était plus qu´un pretexte.
Là on va encore plus loin...
A SOWETO, en Afrique du Sud, ils ont installé une filière touristique où les riches peuvent venir voir la misère des bidonsvilles. Ils ont le droit de traverser tous les espaces (même privés) pour pouvoir mieux observer les moeurs de la faune locale. Ainsi, on peut surprendre une femme en train de faire la cuisine, lui poser deux questions. Le tout est chapauté par un guide qui vient du SOWEYO, et à qui l´on donne de l´argent pour la visite. Argent, qui sera redistribué aux habitants du SOWETO, ce qui n´est pas un mal.
L´observation, ici, se transforme en un vécu... Venez donc vivre comme un SDF. D´ailleurs, en faisant cela on l´extériorise encore plus. On se dit qu´il a vraiment pas de bol, qu´il a vraiment pas la même vie que nous. Qu´il est donc entièrement différent de nous. Je suis d´accord, cela peut permettre une prise de conscience, suivie d´une action (peut-on considérer que faire un don, c´est faire une action remarquez ?) .
Vous savez que les SDF ne sont pas du tout des gens différents. Qu´à Paris 2/3 travaillent tous les jours, au noir certes. Depuis les années 70, toute une série de mécanismes les ont éloignés du français moyen. Pour prendre les faits les plus marquants, en tous cas qui me paraissent très importants, on a d´abord l´apparition des digicodes, qui banissent les SDF de l´intérieur des cours d´immeubles. Ils y étaient avec l´accord du/de la concierge (qui a perdu son boulot depuis le digicode d´ailleurs), qui lui apportait une soupe et un peu de bouffe le matin, en échange de quoi il s´occupait de quelques travaux (poubelles, nettoyage etc...) et au petit matin repartait. Et ainsi de suite. Les SDF donc, ont étés chassés ainsi des immeubles.
La deuxième grosse mesure, c´est la politique de la ville actuelle. Les urbanistes et les géographes a conçoivent comme un "espace d´échange" et donc de création de richesse et donc il faut l´optimiser, l´huiler à mort pour dégager le plus de profit possible. De fait, la ville est devenu un espace de transport. Et tous les espaces d´arrêt, de pause etc... ont étés supprimés au profit de routes, et de trottoirs. Le banc, c´était l´endroit où le SDF pouvait dormir. Vous remarquerez qu´il n´y en a plus que dans des espaces dédiés, et où ils sont "nécessaires". Les parcs publics, ou bien les monuments historiques, ou encore les endroits dédiés de fait ou de droit à la promenade (un canal). Du moins, dans ma ville, il n´y en a pas ailleurs que là. Il n´yen a même pas sur la place centrale
celle du pouvoir.
De même, on a chassé les SDF des centres villes, parce qu´ils gènent (circulation, nuisances etc...) de deux manières. En supprimant les endroits où ils pouvaient dormir (fermeture du métro la nuit, suppression des bancs, multiplication des poteaux, diffusion de musique classique dans les parkings (on peut difficillement dormir quand les néons sont allumés et de la musique passe [il me semble même que des études ont étés menées avec la musique classique, montrant que certains morceaux empêchaient de s´endormir] ) et modificiation des bouches d´aération des métros (ça a été fait récemment à Paris apparemment, en supprimant les grilles sur lesquelles on pouvait s´allonger), et enfin, aggressivité des flics (on n´a pas, normalement il me semble, le droit de dormir sur la voie publique, de même pour l´ivresse. Deux motifs pour les virer.).
Le résultat, pour ma ville, c´est que dans le centre en journée on en rencontre un régulièrement (un infirme, toujours au même endroit la journée) et un groupe assez irrégulièrement à l´opposé du premier. De nuit, dans le centre, il n´y en a plus aucun. Il faut se déporter sur la rue St Michel (donc excentrée) pour en rencontrer un groupe tous les 10 mêtres...
Bref, les tentes sont en train de les rendre encore plus différents. Sortes de nomades des temps modernes quoi. L´autre jour, je me baladais du côté du Ramier, et près de l´eau, sur une berge, j´ai vu une magnifique tente bleue. Les casseroles sêchaient dehors, le chien attendait à l´intérieur. Je me suis immédiatement dit "Ca doit être chouette de camper ici quand même". Puis bizarrement, il est resté là pendant un mois, avant de disparaître. En réalité, c´était un SDF.
Tout cela sans compter le fait que ça n´a rien d´une vie de SDF de vivre sous la tente. Il s´agit tout au plus d´une expérience de camping dans une ville, qui n´a rien de différente (à part le bruit) de celle que l´on a dans la campagne, où la aussi il fait froid, et ou là aussi c´est pas confortable.
Tout cela me pousse à penser qu´en plus d´être indécent et inutile, ça dessert la lutte contre la pauvreté extrème, qui se manifeste chez nous par les SDF...