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La cruauté

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Everlasting
Everlasting
Niveau 22
30 septembre 2006 à 14:51:22

Le but de ce topic est d´arriver à une définition/description précise de la cruauté et de déterminer si l´homme est cruel, et si oui, par nature ou pas.

Cruauté vient de la même racine etymologique que crudité, c´est à dire "cruor" qui signifie: sang qui se répand.
Le mot qui vient le plus souvent dans les définitions de dictionnaire est bien sûr la souffrance qu´on inflige, parfois c´est précisé et c´est très intéressant: "à celui qu´on aime". La cruauté est aussi souvent liée à l´injustice, à l´inhumanité (paradoxal n´est-ce pas) et à la rage/folie.

Maintenant quelques pistes et observations.
A priori on se dira que pour être cruel il faut être conscient de la souffrance qu´on inflige (rapprochement du sadisme). Cependant, les enfants aussi apparaissent cruels, alors même qu´ils sont innocents et en fait, justement parce qu´ils le sont. Leur camarade souffre sans que eux, bourreaux, en prennent conscience et le tableau devient cruel, sans que la cruauté soit directement à l´oeuvre (dans leurs gestes/paroles). Je ne sais encore pas comment lier ces deux faces différentes de la cruauté, l´une consciente, l´autre pas.
Seconde observation en forme de question: si la cruauté est humaine, son contraire devient-il inhumain?

Je ne pense pas qu´il puisse y avoir cruauté si on est sur terrain d´égalité. Même les monstres forment une communauté entre eux.
Ce serait se déchirer soi-même que de précipiter un semblable dans la souffrance, dans un malaise qui est aussi le nôtre. Ou alors c´est peut-être là le vrai sens de la cruauté: entrainer les autres dans notre tourment, vouloir être sûr de ne pas souffrir seul. En oubliant au passage qui est l´autre, puis en devenant ivre.

Ce sont les premières idées qui me viennent. Maintenant faut éliminer et développer et je compte aussi sur vous.
Merci à certains de pas intervenir pour rien.

dehu_Junger
dehu_Junger
Niveau 3
30 septembre 2006 à 16:23:41

Je pense que tu peux en tout cas expliquer des explications à la questioin du mal métaphysique dans les Recherches de la liberté humaine de Schelling. (et de son interprétation par Heidegger)
Il y essaie de comprendre la co-possibilité de l´existence de Dieu et de l´homme, du fondement et de l´existence, de la nécessité et de la liberté. Cette problematique apriori aporétique le pousse à poser une hypothèse originale , à savoir que la liberté humaine n´a pu se faire qu´à partir d´une partie de Dieu qui n´est pas "Dieu" lui-même, qu´il appelle le "fond".
Le mal procède de ce fond, mais il n´est pas que lui. Cela s´explique à partir d´éléments théogoniques.
Schelling tente en effet de montrer à travers l´auto-accession à sa propre absoluité du divin comment a pu apparaître le règne de la création y compris le mal.
Au commencement (pas chronologique, tout cela se joue dans l´instantanéité immémoriale) Dieu (comme "Père") est auto-suffisant, égoïste, nombriliste. Il s´adore lui-même avec une espèce de fureur horrible. Il n´est que fond tournoyant, eternel retour du désir de soi, volonté de volonté, mauvais infini (apeiron)
Puis, se saisissant lui-même, Dieu s´aperçoit en tant qu´entendement (esprit, Fils, Christ) et fond, : il décide alors de spiritualisé le fond en lui , c´est à dire de se mettre en jeu par l´éclair de l´entendement, en se "reprenant lui-même" en son fond.

C´est de là que gît toute création. Nous sommes tous des composés mixtes (à différents DEGRéS) de l´entendement cherchant à mettre au pas (spirituellement le fond), et de ce fond égoïste , pur désir maléfique de soi-même, onanisme nombriliste.

Toute malignité procède alors en vérité de ce moment insigne où, bien qu´informé par la lumière de l´entendement, l´être ne la refuse pas MAIS LA GARDE POUR SOI : de façon égoïste. Ainsi, là où le fond désirant est seul dans son coin quelque part, "innocence du devenir" (Nietzsche), à partir du moment où il est in-formé par le Verbe (esprit, entendement, Logos), il ne peut que être coupabled´un manque caractérisé de déférence. Perdu pour le Dieu tâchant de se reprendre lui-même dans le fond, l´homme rentre alors en INSURRECTION contre l´hamunia mundi, et la dynamique de l´absolu.

De ce point de vue je pense que la cruauté n´est pas une sorte de barbarie "inculte", "sauvage": elle est HAUTEMENT SPIRITUELLE, car une perversion de l´esprit, reçu mais non partagé: une insistance en soi égoïste et perverse, qui s´extériorise malheureusement, faisant le jeu du contre-Dieu.

(p-s: je suis bien athée hein :rire2: )

wiza_gab2
wiza_gab2
Niveau 10
30 septembre 2006 à 17:06:57

Arf.

Carnavale
Carnavale
Niveau 10
30 septembre 2006 à 17:38:52

Se référencer à Nietzsche sans proprement juger, c´est se ranger du côté trop primaire de la provocation apparentes de notre si apprécié marteleur allemand.

La question essentielle d´Ever semble bien se tourner vers la question de la nature humaine. L´homme a-t-il une nature dans lesquelles des caractères sont fixés et universels ? La cruauté est-elle spécifiquement humaine ou les autres animaux sont-ils également capables d´actes nuisibles gratuits ? Dans cruauté, il y a donc amour du sang ou plutôt désir du sang de l´autre répandu. Pourquoi l´homme a-t-il cette capacité à faire souffrir son prochain de manière même inconsciente puisque même les enfants dans leur sacro-sainte innocence font preuve d´une méchanceté qu´ils ne comprennent pas eux-mêmes et qu´ils s´étonnent de se voir reprocher par les adultes ? Il n´y a pas que la cruauté envers les hommes mais également envers les animaux. Comment expliquer le plaisir (car dans cruauté, il y a plaisir) ressenti par un jeune enfant attrapant une mouche au vol et lui arrachant patiemment les ailes, ou en la faisant griller vive sous le feu d´une loupe concentrant les rayons du soleil ?

Je pense que la cruauté vient fondamentalement d´un désir curieux de tester ses propres aptitudes, ses possibilités techniques. Un même outil, par exemple une clef anglaise, peut servir aussi bien à bricoler et réparer qu´à assommer quelqu´un jusqu´à la mort. Aussi, l´homme, doué de raison, a cette capacité extraordinaire à pouvoir réfléchir sur les différents usages d´un objet. Pas seulement les fonctions basiques (comme on peut le retrouver de façon résiduelle chez certaines espèces évoluées de singe) mais également des fonctions destructrices. Paradoxalement, l´outil premier, qui est ma main, peut en puissance aussi bien construire que détruire. On imagine facilement les dérivatifs. Ainsi, il me semble qu´interroger la cruauté, c´est interroger la nature de ce que l´on appelle le Mal et plus particulièrement la violence de l´homme. La violence est-elle pulsionnelle, instinctive, animale ou rationnelle ? J´essaierai d´en parler plus tard. Mais quant au mal... "Science sans conscience n´est que ruine de l´âme" disait Rabelais ? Qu´à cela ne tienne, le découvreur du nucléaire n´a jamais songé que ses travaux mèneraient un jour à une horreur humaine telle que Tchernobyl, ou dans un autre contexte Nagasaki et Hiroshima.

L´homme a donc cette possibilité infinie de mesurer en chaque objet qui l´entoure une destruction de l´autre virtuelle. Regardons autour de nous : il n´y a pas un objet qui ne puisse pas être, utilisé d´une certaine manière, dangereux pour l´autre. Etouffez, sciez, faitez tomber, cognez... l´outil, en tant que prolongement de l´esprit humain, est l´ouverture enivrante et orgasmique d´un champ de possibles infini. Le plaisir de la cruauté, à mon avis, réside dans cette sensation d´expérimenter un choix parmi un nombre infinis. Expérimenter le choix de la destruction d´autrui, c´est se rapprocher en effet d´une conception divine qui permet aussi bien l´élévation que la chute, la naissance que la mort.

Cette connaissance de l´infini des possibles qui réside dans le prolongement concret de notre esprit que constituent les outils nos mains et leurs nombreux dérivatifs (du simple couteau jusqu´au tank) se fait de manière expérimentale et c´est pour cela qu´a priori, l´humain ne mesure pas la gravité de ses actes, et que l´enfant est - généralement pour ne pas innocenter abusivement nos petites têtes blondes - inconscient de la portée de ce qu´il fait.

Pourquoi ? Parce qu´il n´est pas culturellement éduqué encore à juger ce qui relève du moral et de l´immoral. La cruauté est une possibilité qui peut être gratuite - et c´est là qu´elle est le plus condamnable - mais aussi un moyen pour parvenir à des fins qui, elles, peuvent être d´origine animale : désir de se venger, désir de supériorité, etc... (à une autre échelle puisqu´ici nous parlons de l´homme). Aussi, la cruauté morale ou physique, qui est expression d´une violence illégitime, est un moyen plus sophistiqué dont dispose l´homme pour assouvir ses passions (amour, vengeance, etc...) Ne dit-on pas que la passion est "destructrice" ?

La cruauté renvoie également donc à une forme d´inhumanité, c´est-à-dire d´absence de sensibilité, ou plus précisément de manque flagrant de sensibilité à l´égard d´autrui (ou de l´animal, ou du monde extérieur), cette sensibilité dont nous sommes capables, qui nous fait voir en l´autre un être sensible, tout comme nous, qui peut souffrir de la même façon que nous, pour des motifs peut-être différents, mais qui renvoient à la même manière de ressentir en soi les sentiments et les sensations négatives. Mais attention, je ne pense pas que l´inhumanité soit inhumaine. Au contraire, l´inhumanité, parce qu´elle est conceptualisée par essence comme l´absence d´humanité, est précisément une marque humaine. C´est parce que l´homme est capable d´être généreux comme sadique qu´il est être complexe, être de pulsions contradictoires, d´Eros (désir de vie) et de Thanatos (désir de mort).

L´inhumanité c´est la brutalité constitutive qui fait partie prenante de notre être. L´inhumanité c´est la brutalité d´un individu qui le sépare du groupe de ce qu´on appelle les hommes. Mais bien que séparé, il est toujours inclus dans la race des hommes. C´est sa conception de la dignité humaine qu´il n´admet pas. Du moins pas pour les autres. Car le cruel sait parfaitement en faisant preuve de cruauté, en faisant souffrir, que s´il était la victime de sa propre cruauté, il le supporterait très mal. C´est d´ailleurs parce qu´il sait très bien ce que lui ferait sa propre cruauté qu´il mesure les effets qu´elle pourrait avoir sur celui qu´il veut, pour une raison ou une autre, voir souffrir. La cruauté est donc le produit d´un calcul qui n´est le fruit que de l´esprit rationnel humain.

Maintenant, déterminer si oui ou non ce qu´on appelle la raison humaine puisse être l´image même de ce qu´on voudrait fixer comme "nature humaine", c´est un débat qui me semble bien plus vaste.

La question est très intéressante, ceci dit :-) , et je suis à l´affût des autres propositions dans la définition de la cruauté.

Carnavale
Carnavale
Niveau 10
30 septembre 2006 à 17:39:59

la provocation apparente* de notre si apprécié marteleur allemand.

L´homme a-t-il une nature dans laquelle des caractères sont fixés de manière universelle ?

Everlasting
Everlasting
Niveau 22
30 septembre 2006 à 18:08:26

Certes la curiosité de l´experimentateur tend à désensibiliser le scientifique et il risque de considérer avec un peu trop de recul le sujet de son experience. Il se rendra pas forcément compte que sous la plaque vitrifiée il y a un être vivant, mais fait-il preuve pour autant de cruauté? Le scientifique et surtout sa curiosité sont à la recherche du progrès, de la découverte et c´est là que se situe leur plaisir, dans le résultat de l´experience. Ce qui leur fait d´ailleurs un peu oublier le contenu de celle-ci. Mais la cruauté, elle, ne se situe pas dans le résultat, là on parlerait de passion pour le macabre.
Et le "test des outils" me semble un peu le prétexte, l´excuse plutôt que la vrai raison de la cruauté. Un outil est fonctionnel (clé anglaise=déboulonner), en l´utilisant comme arme on est déjà au delà de l´outil, il y a une perversité humaine qui s´est insérée. Mais je suis d´accord pour dire que l´imagination permet d´exercer la cruauté, si bien que certains en ont fait un art (torture). D´ailleurs l´idée d´art pervers est à retenir à mon sens. Mais pour conclure, je dirais que l´outil/arme n´est vraiment qu´un instrument utilisé pour la cruauté, ces instruments naissent de la cruauté bien plus que le contraire. Au pire ces outils la rendront accessible et feront comme la réveiller.
La cruauté peut devenir un moyen, tout à fait, mais là encore cela ne nous renseigne pas sur sa nature. La cruauté est peut-être un choix parmi d´autre du sort que l´on réserve à autrui, mais cela ne renseigne pas sur l´origine de ce désir de destruction.

La cruauté est quelque chose de spécial. On peut pas dire qu´elle oublie la sensibilité de l´autre, au contraire elle la prend en compte et l´exploite (sans sensibilité, pas de souffrance). Si elle est inhumaine, c´est plus dans le sens ou elle annihile la dignité de l´autre, l´autre devient jouet de la cruauté. En fait c´est ce que t´as écrit après donc là on est d´accord.
Mais si la cruauté nécessite un calcul, est-ce que l´enfant dont on parlait avant le fait aussi? C´est bien possible.

shark898
shark898
Niveau 6
30 septembre 2006 à 22:33:38

D´abord,pour faire tout un tat de mots comme vous,faudrait que j´arrive a comprendre si la cruauté et un sentiments ou une situation.

Everlasting
Everlasting
Niveau 22
30 septembre 2006 à 23:10:49

En même temps je fais justement le topic parce qu´on sait pas ce que c´est.

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