La première question que me semble cacher cet énoncé c´est "peut-on s´aimer soi-même". Globalement cette remise en question partirait du "pour aimer il faut être deux". N´y a-t-il pas une certaine hypocrisie à se diviser soi-même pour qu´une partie aime l´autre? On ne peut/doit qu´être(!) soi-même, c´est aux autres de nous juger, de nous apprécier etc.
Si on essaie de contourner cette division, on peut se mettre à aimer ses actes en insistant sur le fait que ce sont les notres et qu´ils nous définissent. On peut aussi jouer la carte de l´idiotie et s´enfermer dans un égoïsme dépourvu de la moindre humilité en oubliant autrui et ce qu´il est. Mais à ce moment là c´est plutôt un manque d´amour pour ce qui nous entoure qu´un amour de soi. On peut enfin se projeter une image de soi et se mettre à l´aimer. Si c´est possible d´aimer une représentation.
Perso je pense qu´il y aura toujours illusion à s´aimer soi-même. On peut avoir de l´assurance, de la sincérité, de l´aise mais je pense pas qu´on puisse avoir de rapport direct à soi. Comme de l´amour, de l´amitié, du respect...
Maintenant, à quoi cela servirait donc? Si c´est une invention qui pallie à un manque de tendresse et de contact avec autrui, c´est un repli, c´est se détourner de la vie, tout abandonner et ne garder qu´une forme de solipsisme. Il y a tant à aimer autour de nous, et surtout tant d´humains à aimer, ce n´est pas le moment de se mettre en position du foetus. Nietzsche disait "Il n´y a pas assez d´amour et de bonté dans le monde, pour avoir le droit d´en prodiguer à des êtes imaginaires". Il parlait de Dieu, mais on peut aussi parler du dieu Ego.
Bon c´est peut-être une position un peu extrême pour une dissertation.
Si on se dit qu´il est possible de dire "je m´aime" là où le "je" et le "me" sont les mêmes personnes, les difficultés apparaissent tout de même. Comme tu l´as dit, il y a notre condition d´être imparfait et incomplet qui peut nous inspirer du dégoût si on ne comprend pas qu´il nous faut nous construire et briser quelques barrières. Il y a surtout le fait d´être mortel: comment oublier qu´un jour ce corps et cette âme entraineront peut-être avec elles dans le néant, nos folles idées d´immortalité et nos rêves de transcendance? Oui on peut haïr la condition humaine, et on l´a tous déjà fait. Et c´est malgré elle que l´on va s´efforcer de s´aimer, en découvrant nos possibilités, en essayant de s´élever au mieux, en vivant. Cela implique des apprentissages, une connaissance qui se maturise, l´eclosion de la sagesse, de l´épanouissement, à nouveau une prise d´assurance, de la sincérité, de l´aise... Et le plaisir de vivre, l´envie de continuer encore et encore. Une citation dit que le bonheur n´est pas au bout du chemin mais est le chemin. De cette manière on peut s´aimer soi en tant que créature ayant la chance de vivre dans un tel monde, avec sa liberté, sa volonté, ses efforts. Donc on aime sa condition. On l´a pas acceptée, mais on en a fait quelque chose.
Si j´ai des idées qui me viennent, je referai un post.