Si ce qui est subjectif dépend du sujet, de la pensée :
Qu'est ce qui n'est pas subjectif ?
Prenons l'exemple de la perception des ondes lumineuses, des couleurs : elle diffère selon les organes que nous avons pour les percevoir. « Objectivement », les couleurs n'existent pas, sinon à travers le regard (le monde est plein de poésie, non ?).
Mais – je pense – nous aurions tort de croire qu'il n'en est pas de même pour nos sciences : elles sont le fruits de nos organes également – principalement le cerveau. Ceux-ci sont structurés de façon particulière, propre à l'espèce, et en dernier lieu à l'individu.
Place à la contradiction.
Qu'est ce qui n'est pas objectif ?
Si ce qui est objectif ne dépend pas de la pensée, existe indépendamment de la pensée.
Si je pense à une chaise, et que cette chaise n'a pas (ou pas encore) de correspondance exogène. La chaise imaginée dépend donc de ma pensée, mais elle a une existence "objective" dans l'arbre gigantesque des possibles. En outre, elle existe, à partir du moment même où je l'ai pensée, dans l'arbre (un peu moins gigantesque) des choses imaginées.
La pensée, et ses contenus, font partie du réel objectif, ils n'en est pas dissociable, ils sont enchevêtrés.
Pour exprimer, illustrer cette idée,
J'aime beaucoup cette citation d'Edgar Allan Poe, à propos de la théorie de la gravitation universelle :
« Permettez-moi de répéter la définition de la gravitation : Chaque atome, dans chaque corps, attire chaque autre atome, appartenant au même corps ou appartenant à tout autre corps, avec une force qui varie en raison inverse des carrés des distances de l’atome attirant et de l’atome attiré.
Que le lecteur s’arrête ici un moment avec moi pour contempler la miraculeuse, ineffable et absolument inimaginable complexité de rapports impliquée dans ce fait, que chaque atome attire chaque autre atome…
Eussions nous simplement découvert que chaque atome tendait vers un point favori, vers quelque atome particulièrement attractif, nous serions encore tombés sur une découverte qui, en elle-même, aurait suffi pour accabler notre esprit ; – mais quelle est cette vérité que nous sommes actuellement appelés à comprendre ?
C’est que chaque atome attire chaque autre, sympathise avec ses plus délicats mouvements, avec chaque atome et avec tous, toujours, incessamment suivant une loi déterminée dont la complexité, même considérée simplement en elle-même, dépasse absolument les forces de l’imagination humaine. Si je me propose de mesurer l’influence d’un seul atome sur l’atome son voisin dans un rayon solaire, je ne puis pas accomplir mon dessein sans d’abord compter et peser tous les atomes de l’Univers et définir la position précise de chacun à un moment particulier de la durée. Si je m’avise de déplacer, ne fût-ce que de la trillionième partie d’un pouce, le grain microscopique de poussière posé maintenant sur le bout de mon doigt, quel est le caractère de l’action que j’ai eu la hardiesse de commettre ? »
Puisque la pensée déplace elle aussi des atomes...
Mais est-ce que toutes les pensées se valent ? C'est une autre question.