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Jalk a écrit:
Finalement, même combat. La course désespérée pour trouver quelque chose, quoi que ce soit, qui ne fasse pas de nous des antropophages, quelque chose qui sorte de NOUS. La cause de l´art, qui sait, de la religion peut-être : créer des étincelles "d´autre chose" que d´humain, pour ne pas nous dévorer nous-même...
The greatest of feasts, comme dirait une elfe un peu échevelée.
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Je déforme un peu le contexte de la citation, mais voici l´exemple caricatural de ce que je conçois par "anthropophage" :
Des bourgeois se retrouvent pour un dîner de famille, où ils narrent les milles péripéties qui ont jalonné leur activité professionnelle, activité qu´ils remplissent dans le seul but d´avoir droit à quelques semaines de congé méritées, afin de pouvoir se retrouver… autour d´un dîner de famille. L´éternel serpent se mord la queue.
On peut étendre cela à 99% des situations, de l´anecdote la plus banale à l´entreprise la plus noble.
Certains trouvent déjà cela horrible en soi. Pourtant, on pourrait se dire que *placer son but dans les péripéties menant à ce but* parvient déjà à dessiner quelque chose dans ce néant existentiel. Un sens qui consisterait en la diversité des façons de se mordre la queue, en l´infinité de chemins possibles pour revenir au point de départ… pourquoi pas.
Mais c´est là qu´intervient le big paradoxe. Car pour parvenir à sa fin, tout être adopte naturellement le moyen qui lui semble être le plus court, le plus simple, le plus performant. Et en imaginant qu´il parvienne à optimiser totalement ce moyen… tout se simplifierait, les méandres du chemin se disparaîtraient, tout comme ce foutu "sens" qui repose sur ces mêmes détours.
En somme, voilà ce que cela signifie : le sens se base sur l´imperfection de l´être. Et plus il se perfectionne, plus son mode d´existence doit se rendre complexe, pour contrebalancer cette perte de sens. Car seule cette complexité, aussi vaine et superfétatoire qu´elle soit (on citera les conflits politiques, les fluctuations économiques), lui donne de la matière à agir - ou plutôt à perfectionner, digérer, aplanir, comme le veut l´inexorable tendance naturelle à l´optimisation.
Cela se conçoit très bien d´un point de vue extérieur. Mais le preux chevalier, lui, ne pourra jamais accepter qu´il soit nécessaire que sa belle ait été enlevée - ou si, peut-être, à supposer qu´il soit pervers (mais dans ce cas, ou serait passé son cœur pur ?) . Cependant, il continuera toujours à agir et à se comporter comme s´il eût été préférable qu´elle ne le fût jamais. Et s´il voulait se perfectionner, il organiserait lui-même des enlèvements de princesse, les aléas du destin ne suffisant plus à satisfaire son appétit de bravoure. Pernicieuse activité qu´il devrait nier (par rapport à lui-même et au monde), faute de quoi sa bravoure s´en trouverait réduite à néant. Horreur.
On en vient à se dire que l´on a besoin d´un destin qui nous dépasse largement, afin que l´on puisse se démener contre lui sans que jamais il ne s´épuise. Ce fût le cas par rapport au milieu naturel hostile, c´est à présent le cas par rapport à l´univers inconnu. De là, deux possibilités :
- Soit l´univers est régi par une infinité de principes, et l´on pourra se lancer dans une quête de vérité sans fin, quête qui légitimerait toutes les circonvolutions annexes (..comme les dîner de famille..) et pimenterait de sens chaque bribe de l´existence. Tout en sachant que cette quête est objectivement absurde (car sans fin), et en tentant de l´accepter du mieux que notre cerveau le permet. Ne le niez pas : dans tout mécanisme évolutionniste, il y a toujours irréductible part d´ombre qui échappe à la conscience humaine.
- Soit l´univers est régi par un nombre fini de principes et… on ne peut que supputer, car cette conscience amènerait à coup sûr un bouleversement majeur dans l´existence humaine. Même un Empire Galactique ne rimerait plus à rien, car au-delà du mystère, il ne resterait plus qu´une pulsion démographique incontrôlée. On peut presque imaginer que l´humanité débouchera sur une sorte de stabilité dans l´autophagie, qu´elle réalisera un "rebouclage ultime", qui ne sera plus sujet à aucun changement. C´est en tout cas ce qui me semble le plus "mathématiquement esthétiquement probable".
C´est tout ce que j´arrive à concevoir, pour le moment. J´attends que vous contredisiez ou affiniez ceci, par n´importe quel bout, de façon à affiner/dépasser tout ce fatras d´idées.
(On pourra, par exemple, dériver sur la quête du beau, en parallèle à ce qui a été évoqué… ou toute autre d´"étincelle" qui permette à l´humanité de patauger de façon moins totale dans sa propre complexité. Que sais-je.)