Pour rire il faut avoir compris une situation et posséder assez de recul pour en déceler les paradoxes. On rit de ce qui est absurde ou illogique, de ce qui est caricatural, de ce qui est ridicule ou bête, de ce qui est déplacé, de ce qui est comique (soulagement succédant à la surprise selon la brillante définition de Nietzsche) etc.
Pour rire il faut donc être premièrement conscient qu´il y a eu une erreur, deuxièmement s´être suffisamment surélevé pour le prendre avec bonne humeur. Cela implique plusieurs choses.
- Pour juger une situation absurde, il faut soi-même ne pas être être absurde, sans quoi on ne le remarquerait pas. De même manière pour ce qui est bête, ridicule... On peut certes rire de son propre ridicule mais c´est en se distanciant du fait, le considérant comme un passé. Il y´a toujours une comparaison entre la stupidité de la situation dont on rit et la norme ("ce-qui-n´est-pas-stupide"). Plutôt qu´à une norme, on se réfère en fait à un idéal je pense.
- La bonne humeur que l´on associe au rire provient donc d´une sorte de dédain (sans le côté péjoratif) de celui qui plane au dessus de la situation. En gros: une situation stupide peut bien être stupide tant que nous sommes capables d´intelligence. On rit des choses basses car on se sent haut. Le rire invite donc à s´élever, il dit presque "soyons sérieux", "retournons à ce dont nous sommes capables". Je ris donc je suis. "Elle corrige les moeurs en riant" disait d´ailleurs la devise de la troupe de Molière.
Contenant toujours une part de joyeuse moquerie, il s´adresse à tous, ce qui se traduit peut-être par sa contagion.