La perfection est concevable mais irréalisable. Pour être parfait il faut être fini, privé de la chair, réduit au seul esprit, immaculé. La perfection est un absolu, il ne faut pas confondre perfection au sens moral (qui renverrait à une absence absolue de défauts - mais encore faut-il définir ce qu´est un défaut -) et perfection au sens métaphysique qui renvoie à l´idée d´une totalité accomplie, comme le bonheur par exemple.
La perfection morale est ennuyeuse pour qui est faible moralement et qui se nourrit de sa faiblesse morale pour en faire une source de plaisirs. Il n´y a pas d´ennui objectif. Si la perfection est ennuyeuse, elle ne l´est que pour celui qui la juge comme telle, pas pour l´individu ou la chose ou le concept parfaits. Car qui est parfait ne s´ennuie pas seul face à sa perfection. En effet, si l´on s´ennuie, c´est qu´on cherche du divertissement, donc on cherche la compagnie d´autrui, on en est dépendant, donc on est incapable de demeurer seul avec soi-même, à cause de l´angoisse existentielle éprouvée alors. Seuls les sages savent demeurer avec eux-mêmes et ne plus ressentir le divertissement comme un besoin ou plus précisément un désir considéré comme "essentiel". Certains auront reconnu les pensées de Blaise Pascal. Donc, pour qui conçoit la perfection, l´ennui ne peut exister par définition.
Quant à la perfection métaphysique, elle est injugeable car elle nous échappe complètement, sauf par l´intermédiaire de la pensée (mais triste conception). C´est ainsi que l´on conçoit l´idée de Dieu, du divin plus en général, qu´on soit croyant ou athée.