Ca m´amuse de le faire, alors cherche les arguments là dedans.
Sollyan pense que la poésie a encore sa place dans le monde moderne, Platon quant à lui pense tout le contraire.
Platon: La poésie, dîtes vous, aura toujours sa place dans un monde, où les hommes naissent pour mourir. Mais comment pouvez vous expliquer alors, que les hommes eux même ont chassé toute poésie de leur esprit? Ne voyez vous donc, pas qu´il est ridicule à notre époque de vouloir décrire notre monde avec le langage de nos ancêtres?
Sollyan: Mais pourquoi ne pourrions nous pas enchanter notre monde avec un renouveau poétique, avec des mots nouveaux, des styles nouveaux?
Platon: Mais dans quel monde vivez vous, ne voyez vous pas que le français comme toute les autres langues n´évolue plus que vers un pragmatisme effréné. L´esthétique des mots, les concepts même, n´ont plus de sens que par leur réalité première et matérielle. Notre monde au quotidien n’attend plus rien de la beauté. Voyez vous dans la vie de chaque jour quelque mot qui ne soit pas purement fétichiste? Comment voulez vous faire des voitures, des micro-ondes, des magnétoscopes, des laves vaisselles, de tous ces objets qui sont au centre de notre vie, des sommets esthétique dignes de louanges?
Et même si un écrivain talentueux, puisse nous décrire un moteur d´une manière sublime, alors ne verrez vous pas l´absurdité de la chose? Ce monde est désenchanté, et l´on ne peut rien y faire, tout plus que cause, tout n´est plus que conséquence aux yeux de l´homme moderne.
Sollyan: Votre vision de la poésie est très limité, pardonnez moi, mais cette vision pessimiste de la société, dans laquelle vous et moi nous vivons, est justement plus propice que jamais à la poésie. Avez vous oublié le poème de Baudelaire intitulé "une charogne"? C´est un chef d´oeuvre à mon avis, la beauté parcours chaque strophe. Et pourtant nous conviendrons tout deux, que l´inspiration originelle du poème, pouvait sembler des plus laides, morbides, et répugnantes. Si le monde est si laid, si les hommes sont si désespérés, alors le "Spleen" s´empara d´eux. Et aujourd´hui ce ne sont plus quelques privilégiés, qui ont accès à la connaissance de notre langue, mais des millions de citoyens qui pourront exprimer toute leur mélancolie.
Platon: Vous auriez sûrement raison, dans un monde, où les dépressifs et angoissés en tout genre, avaient la moindre chance d’aligner deux ou trois mots. Mais, nous sommes dans la pays j´aimerais vous le rappeler qui usent le plus des calmants. Vous stressez? Pas de problème, voici de quoi vous abrutir, et vous rendre un peu plus euphorique, la vie est belle. Voici les slogans que notre monde nous propose, assommé à longueur de journée par ces phrases stéréotypes, le travail, que demande l´écriture, est un effort insurpassable. Nous voyons chaque jour disparaître de plus en plus de ces traditionnels artisans, et les écrivains ne sont que des artisans, comme le prétendaient les écrivains du XVII et leur classicisme. Le travail personnel? L´initiative? Le perfectionnisme? La précision? Que de valeurs d´un ancien temps, tout ceci est erroné dans un monde d´efficacité.
Sollyan : Peut-être avez vous raison. Pourtant je crois que si vos arguments surplombent toujours les miens, c’est car nous concevons le monde comme une entité collective ayant toujours une prérogative sur le comportement et le choix des hommes. Mais tout ceci vient de la dominance dans nos raisonnements de cette logique holiste, nous ne considérons plus les hommes comme des entités propres, mais comme une partie d’un tout. Je refuse une telle conception si pessimiste, le monde ne se résume à rien d’autre qu’à chaque homme qui la compose. L’avenir est ce que les hommes en feront, il n’est pas une succession logique d’un passé dictatorial. Et le monde c’est l’avenir projeté au présent des rêves de chacun. Alors je le dis la poésie est essentiel, et non pas contingente, les hommes sont là, ils veulent exprimer au mieux leurs sentiments, ils veulent dire à leurs proche ce qu’ils ont au fond d’eux. Et les sentiments dépassent le cadre pragmatique, qui souhaite régir notre monde. Peu leur importe l’efficacité, ils ne sont que sincérité, authenticité, et passion. Si le quotidien les inspire, il ne les limite en rien, ils sont infinis et rebelles, ils refusent toute limites. Et la poésie les libèrent des si fantasques et transparentes chaînes. Vos sciences, qu’elles soient physiques, mathématiques, sociologiques, politiques, pourront expliquer notre monde, lui attribuer quelques lois, et c’est sans regrets que je vous laisse à vos explications. Moi je dis que vive la poésie encore, et toujours, car les explications sont redondantes, la vie est si intense qu’elle ne doit être expliqué, mais elle doit être transcendée.
Platon : Que de beaux rêves, mais vous feront ils vivre ? Vivre d’amour et d’eau fraîche, quelle belle idée, m’étonnerait tout de même que votre estomac goûte ce choix.
Sollyan : Mais vous confondez, vivre et survivre j’ai l’impression. Je vous accorde qu’il faut d’abord survivre surtout dans notre monde, avant de pouvoir laisser cours à nos penchant lyriques. Mais après avoir survécu, il faut bien vivre. Et oui la poésie c’est le vivant, le dynamique, l’élan de l’homme. La poésie, qu’elle soit écrite, lue, ou bien vécue tout simplement, est le but de la vie, la raison pour laquelle nous devons survivre.
Platon : Mais n’est ce pas ne pensez qu’à soi alors, est ce cela vivre parmi les hommes ? Cet égotisme de la poésie m’agace, vous parlez de vivre, mais la poésie est égocentrisme tout ramener selon sa vision du monde, et des hommes. Vivre parmi les hommes ? C’est peut être cela, mais tout cela n’est qu’absurdité. Il faut vivre avec les hommes. La politique, le progrès scientifique aident concrètement les autres, voilà le sens de la vie.
Sollyan : Et la poésie n’est elle pas cela ? Victor Hugo n’a-t-il pas été Sénateur ? N’a-t-il pas eu des poèmes engagés, critiquant Napoléon le petit ? Eluard n’a-t-il pas insufflé une flamme d’espoir, et de révoltes aux résistant de la seconde guerre mondiale avec son poème Liberté ?
Et même les poèmes plus lyriques, s’ils sont publiés, c’est pour être partagé, ils donnent du baume au cœur aux hommes, et quand ils sont tristes, ils s’aperçoivent en lisant quelques élégies, qu’il ne sont pas les seuls, où qu’il y a pire qu’eux. Oui je suis d’accord la poésie doit être en relation avec l’humanité, mais elle l’est presque toujours.
Platon : La poésie publiée pour le partage ? Vous rigolez, la plupart des poètes ont une si grosse tête qu’ils ne souhaitent que la reconnaissance, Hugo en tête de liste, qui se prenaient pour un être à part.
Sollyan : Je vous l’accorde, les intentions des hommes ne sont pas toujours purs, mais l’important n’est il pas les conséquences plus que les causes, la poésie sera de tout temps utile aux hommes.
Platon : Une question voit le jour, vaut il mieux un paradis peuplé d’homme ne pensant qu’à eux, ou un enfer d’innocent ? En attendant je suis d’accord pour dire que la poésie est peut-être atemporelle.
Sollyan : Nous réfléchirons à votre question une prochaine fois, je suis heureux que nous soyons arrivé à un compromis intellectuel.