Quel ingrat je suis. Je me plains. Je me plains car je ne sens pas le besoin de me réjouir. Je m’ennuie, Voltaire me dirait que si tel n’était pas le cas, la seule autre position de l’âme humaine serait l’état de souffrance. C’est pour cela que je suis un ingrat : je suis blasé et je m’en plains. J’aspire à des paysages majestueux, à ces falaises, à cette mer tumultueuse, à l’idéal, tandis que je suis ici, et je cherche. Je me prends pour un philosophe, je pousse ma réflexion, quelle prétention ! Qui suis-je donc pour questionner la terre, le ciel et la mer, et je me crois touché par des livres ou des symphonies, tout en souriant à ces passions ridicules. A quoi cela sert-il, de faire le romantique ? Le rejet du monde ne fait rien avancer. Certains se sentent outragés par une quelconque futilité, et se plaisent à entretenir leur vanité blessée en alimentant le dépit de leur amour propre. Qu’ils se taisent. S’ils ont l’amour du malheur en plus de l’habitude, qu’ils ne viennent pas se lamenter, le spleen finira par leur détruire l’esprit.
C´est Nerval ça ?
Tant qu´on est poésie y´a une strophe de Musset que je trouve très belle
Donc je vais la citer ici, puisque ça m´amuse .... (oui c´est pitoyable)
Dors tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t´il encor sur tes os décharnés ?
Ton siècle était, dis-t´on, trop jeune pour te lire ;
Le notre doit te plaire, et tes hommes sont nés.
Il est tombé sur nous, cet édifice immense
Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour
La Mort devait t´attendre avec impatience,
Pentant quantre vingts ans que tu lui fis ta cour;
Vous devez vous aimer d´un infernal amour.
Ne quitte-tu jamais la couche nuptiale
Où vous vous embrassez dans les vers du tombeau
Pour t´en aller tout seul promener ton front pale
Dans un cloitre désert ou dans un vieux chateau ?
Que te disent alors tous ces grands corps sans vie
Ces murs silencieux, ces autels désolés.
Que pour l´éternité ton souffle a dépeuplé ?
Que te disent les croix ? Que te dit le messie ?
Oh! saigne-t-il encore, quand pour le déclouer
Sur son arbre tremblant comme une fleur flétrie,
Ton spectre dans la nuit revient le secouer ?
Crois tu ta mission dignement accomplie,
Et comme l´Eternel, à la création
Trouve tu que c´est bien, et que ton oeuve est bon ?
Au festin de mon hôte alors je te convie.
Tu n´as qu´à te lever; -Quelqu´un soupe ce soir
Chez qui le commandeur peut frapper et s´asseoir"
Etc etc etc...
C´est déconcertant comme ce type alligne les vers. Dans ce poème il y´a 5 strophe qui font 2-3 fois celle là
En plus je suis deg, j´ai même pas pu le recaser dans ma dissert...
[ooollleee]
Est-ce de toi ? Si non, de qui ? Je me retrouve tellement dans ce texte que j´ai une terrible envie d´en lire plus à ce sujet...
Le titre c´est une métaphore de nerval, ça je sais... mais le texte ....
C´est possible que ce soit le même..
Euh, non, le texte ça ressemble pas trop à du Nerval lol. Il me semble que la fameuse métaphore du soleil noir, on la trouve dans une poésie, pas dans un texte en prose.
Non ^^ça serait plutot contre nerval
Et oui le soleil noir de la mélancolie c´est dans un poème (mais les poèmes peuvent être prose. Y´a qu´a voir Ayloysius bertrand et Baudelaire ^^)
Très beau poème gijoe080288 ![]()
Le titre ( soleil noir de la melancolie) vient du poeme " el desdichado" de Nerval :
"Ma seule étoile est morte
Et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie"
Mais le texte vient de moi, ce n´est pas plus une critique de Nerval que d´un autre.
Tu aurait stp un lien ou sa parle plus en détail de cet auteur , j´aimerai y voir plus clair , merci
ma citation :
"La vie n´est qu´un triste rêve ,
La mort est un beau voyage "
Ah voila, et ça commence par "Je suis le ténébreux, le veuf, l´incompris" puis ça parle de sa tour perdue etc... c´est ça ?
l´inconsolé pas l´incompris hein
je suis le ténébreux, le veuf, l´inconsolé
le prince d´aquitaine à la tour abolie
ma seule étoile est morte, et mon luth constellé
porte le soleil noir de la mélancolie
c´est bô tout ça
heureusement que je l´ai pas cité ce poème que j´ai appris en allemand ... mdrrr
Et moi je suis pas fan de nerval... m´enfin bon hein j´ai pas tout lu de lui en même temps. C´est comme chez Baudelaire, quand je lis les Fleurs du Mal, ça fait du bien (tadamm blague) mais quand je lis les petits poèmes en prose ... rien (sauf celui de la corde mais bon)
C´est moi ou ça fait quelques jours que je dis que de la merde ?? :question;
Baudelaire est un virtuose du vers, le spleen de Paris, c´est toujours décevant, parce que ça joue trop sur la description et que ça jure donc avec les Fleurs du Mal. Pareil pour la Fanfarlo.
Nerval perso j´aime bien, au contraire de Musset qui est trop carré, trop professionel, trop romantique, trop univoque pour moi.
"C´est moi ou ça fait quelques jours que je dis que de la merde ?? "
Non ça fait 2 ans ![]()
Voici un superbe récit que j´ai trouver sur un site de gothique , que je trouve sympa à lire et en plus il à été trduit à cette époque par notre grand poète Charles BAUDELAIRE que j´adore
Le corbeau (Edgar Allan Poe)
Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais,
faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume
d´une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête,
presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de
quelqu´un frappant doucement, frappant à la porte de ma
chambre. «C´est quelque visiteur, - murmurai-je, - qui frappe
à la porte de ma chambre ; ce n´est que cela et rien de plus.»
Ah! distinctement je me souviens que c´était dans le glacial
décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du
reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain
m´étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse,
ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et
rayonnante fille que les anges nomment Lénore, - et qu´ici on
ne nommera jamais plus.
Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés
me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques,
inconnues pour moi jusqu´à ce jour ; si bien qu´enfin pour
apaiser le battement de mon coeur, je me dressai, répétant:
«C´est quelque visiteur attardé sollicitant l´entrée à la porte de
ma chambre ; - c´est cela même, et rien de plus.»
Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N´hésitant donc
pas plus longtemps : «Monsieur, dis-je, ou madame, en
vérité, j´implore votre pardon ; mais le fait est que je
sommeillais et vous êtes venu frapper si doucement, si
faiblement vous êtes venu frapper à la porte de ma chambre,
qu´à peine étais-je certain de vous avoir entendu.» Et alors
j´ouvris la porte toute grande ; - les ténèbres, et rien de plus.
Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps
plein d´étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves
qu´aucun mortel n´a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut
pas troublé, et l´immobilité ne donna aucun signe, et le seul
mot proféré fut un nom chuchoté : «Lénore !» - C´était moi
qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot :
«Lénore !» Purement cela, et rien de plus.
Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon
âme incendiée, j´entendis bientôt un coup un peu plus fort
que le premier. «Sûrement, - dis-je, - sûrement, il y a quelque
chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c´est,
et explorons ce mystère. Laissons mon coeur se calmer un
instant, et explorons ce mystère ; - c´est le vent, et rien de plus.»
Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement
d´ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours.
Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s´arrêta pas, il n´hésita
pas une minute ; mais avec la mine d´un lord ou d´une lady, il
se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha
sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma
chambre ; - il se percha, s´installa, et rien de plus.
Alors, cet oiseau d´ébène, par la gravité de son maintien et
la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination
à sourire : «Bien que ta tête, - lui dis-je, - soit sans huppe et
sans cimier, tu n´es certes pas un poltron, lugubre et ancien
corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel
est ton nom seigneurial aux rivages de la nuit plutonienne !»
Le corbeau dit : «Jamais plus !»
Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si
facilement la parole, bien que sa réponse n´eût pas une bien
grand sens et ne me fût pas d´un grand secours ; car nous
devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme
vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre,
un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la
porte de sa chambre, se nommant d´un nom tel que
- Jamais plus !
Mais le corbeau, perché solitaitrement sur le buste placide, ne
proféra que ce mot unique, comme si
dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne
prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, -
jusqu´à ce que je me prisse à murmurer faiblement :
«D´autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers
le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes
espérances déjà envolées.» L´oiseau dit alors :
«Jamais plus !»
Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec
tant d´à-propos : Sans doute, - dis-je, - ce qu´il
prononce est tout son bagage de savoir, qu´il a pris
chez quelque maître infortuné que le Malheur
impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit,
jusqu´à ce que ses chansons n´eussent plus qu´un
seul refrain, jusqu´à ce que le De profundis de son
Espérance eût pris ce mélancolique refrain: «Jamais -
jamais plus !»
Mais le corbeau induisant encore toute ma
triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège
à coussins en face de l´oiseau et du buste et de la
porte ; alors, m´enfonçant dans le velours, je
m´appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant
ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que
ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural
oiseau des anciens jours voulait faire entendre en
croassant son - Jamais plus !
Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais
n´adressant plus une syllabe à l´oiseau, dont les
yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu´au fond
du coeur : je cherchai à deviner cela, et plus encore,
ma tête reposant à l´aise sur le velours du coussin
que caressait la lumière de la lampe, ce velours
violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête,
à Elle, ne pressera plus, - ah ! jamais plus !
Alors, il me sembla que l´air s´épaississait, parfumé par
un encensoir invisible que balançaient les séraphins
dont les pas frôlaient le tapis de ma chambre.
«Infortuné! - m´écriai-je, - ton Dieu t´a donné par ses
anges, il t´a envoyé du répit, du répit et du népenthès
dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce
bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue !» Le
corbeau dit : «Jamais plus !»
«Prophète! - dis-je, - être de malheur! oiseau ou démon!
mais toujours prophète! que tu sois un envoyé du
Tentateur, ou que la tempête t´ait simplement échoué,
naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte,
ensorcelée, dans ce logis par l´Horreur hanté, - dis-moi
sincèrement, je t´en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un
baume de Judée ? Dis, dis, je t´en supplie !» Le corbeau
dit : «Jamais plus !»
«Prophète ! - dis-je, - être de malheur! oiseau ou démon!
toujours prophète! par ce ciel tendu sur nos têtes, par
ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme
chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle
pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment
Lénore, enbrasser une précieuse et rayonnante fille que
les anges nomment Lénore.» Le corbeau dit : «Jamais
plus !»
«Que cette parole soit le signal de notre séparation,
oiseau ou démon ! - hurlai-je en me redressant. - Rentre
dans la tempête, retourne au rivage de la nuit plutonienne ;
ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir
du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude
inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache
ton bec de mon coeur et précipite ton spectre loin de ma
porte !» Le corbeau dit : «Jamais plus !»
Et le corbeau, immuable, est toujours installé sur le buste
pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ;
et ses yeux ont toute la semblance des yeux d´un démon
qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui,
projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du
cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne
pourra plus s´élever, - jamais plus !
Vos impression?
Rien ne vaut la version originale
"traduttore, traditore" disent les italiens
Ce texte m´a fait penser à la chanson de Tristania: My Lost Lenore. Edgar Allan Poe est réellement un auteur apprécié en metal. Alalah... Alone de Arcturus. Bon ça a rien avoir, je sais.