C´est le genre de sujet à aborder avec plus de "bon sens sensible" (si j´ose cette appellation) que de raison formelle.
Je pense que ta réflexion est cohérente et tout à fait pertinente. Mais quand je parle de bon sens sensible, j´entends par là que le paradoxe mis en évidence par la formulation du sujet (pour vivre, renoncer à vivre ?) doit se résoudre en ce sens que le Bonheur n´existe pas. Seul les bonheurs pluriels existent. Conception personnelle particulière, voire singulière, de ce qui mène à un état de plénitude, de joie. Mais il faut tenir compte du rôle vital du désir dont nous avons besoins. Je suis d´accord avec Sartre. La mort du désir entraînerait la mort.
Le bonheur universellement recherché consiste paradoxalement à continuer de désirer, il me semble.
A partir de cette idée et d´autres que je ne cite pas ni ne développe (pas par manque de volonté mais de temps lol), j´aurais conclu en disant qu´il n´y a même pas de paradoxe à poser. Même si les stoïciens, les épicuriens, et tous les autres théoriciens du bonheur antique préconisaient un comportement drastique, il n´en demeure pas moins que le bonheur est une affaire privée et qu´en tant que fin de la vie de tout homme, en puissance au moins, vie et recherche du bonheur sont cohérences et, même, se définissent par interdépendance.
La vie est, en soi, le bonheur même, inexplicable bonheur lié à une chance hasardeuse définie par nulle transcendante puissance. Disons que la cause, qu´elle soit première ou infiniment retranchée, ce que je n´aurai pas la prétention de déterminer, est une chance hasardeuse. Les effets nocifs qui mènent au jugement répandu "la vie est malheureuse", "ma vie est foutue", sont, pour reprendre cette fois les propos d´Epictète, des jugements qui ne tiennent pas compte de notre statut responsable quant à nos représentations.
Je me demande si le bonheur n´est pas une conception très abstraite qui ne peut être conçue comme possible qu´une fois un certain nombre de facteurs matériels assurés. Les affamés ne vivent pas pour leur bonheur. Ils vivent pour leur survie. C´est cela, ne pas vivre. Non pas "renoncer", ce qui impliquerait une volonté, une détermination personnelle à ne plus vivre. Ne pas vivre au sens humaniste de l´expression, mais seulement exister en luttant pour survivre, est souvent voire toujours bien plus imposé, subi, que décidé.