Bonjour, j'aimerais connaître votre avis sur mon début de devoir du bac de philo sur le sujet : "Les œuvres d'art éduquent-elles notre perception ?". Je rappelle que je suis étudiant, que je n'ai fait que 9 mois de philo... Je ne connais pas tous les auteurs qui ont pu parler de l'art. Bref, ce n'est que mon intro et ma première partie. Merci ! :D
Est-ce bien ?
Les oeuvres d'art, en tant qu'elles sont une réalisation esthétique maitrisée par le savoir-faire (art vient de"ars" en latin, savoir-faire), et - éventuellement - par le "génie créateur" évoqué par Aristote, prêtent à débattre quant à leur utilité. En effet, une oeuvre d'art se limite-t-elle à son simple aspect esthétique ? L'artiste ne porte-t-il pas un regard sur le monde dans la réalisation de son oeuvre ? Doit-on voir en un tableau (par exemple), une autre utilité que celle de l'esthétique ? Cette série de questions vient, plus globalement, à nous interroger quant à la finalité de l'art. Quelle est donc cette finalité ? Certains intellectuels affirment que l'artiste est le "nouveau philosophe d'aujourd'hui", notamment en nous faisant réfléchir et avoir une autre perception des phénomènes (ce qui apparaît) et des noumènes (ce qui est intelligible). Pour répondre au problème dégagé, nous acterons dans un premier temps de répondre selon le sens commun, puis, nous tâcherons de nuancer la première argumentation.
Le sens commun aurait tendance à croire de plus en plus que l'art est un domaine controversé, dont les fins ne consistent pas à porter un regard critique sur le monde, mais seulement à des fins commerciales (comme la production de produits dérivés ou le mercantilisme - telles que les oeuvres de Ben, par exemple). Par art, n'entendons pas "les" arts (comme le quatrième ou le sixième art), mais les Beaux-Arts. On peut constater aussi que la progression de l'art depuis le XXème siècle tend à remettre en question son utlité principale (l'esthétique). Dans ce cas, quelle devient son utilité principale ? On penserait aisément, à première vue tout du moins, que l'art n'a pas pour finalité d'éduquer notre perception ou notre regard critique sur un objet quel qu'il soit. Peut-on en effet considérer l'art abstrait, comme par exemple la série des drippings de Jackson Pollock, comme un quelconque message, ou une aide à ce que le spectateur, en tant que sujet conscient et de raison, aie une meilleure éducation de sa perception ? D'ailleurs, Platon affirmait qu'il fallait exclure les artistes de la "Cité". Il considérait en effet l'artiste comme un illusionniste dont le but était de détourner le spectateur de la réalité (ce qui fait qu'une chose est une chose).
D'autres oeuvres d'art, issues de mouvements littéraires ou artistiques, laissent à penser que l'art est avant tout du "beau pour du beau", et ne cherchent pas à éduquer notre vision sur ce qui nous entoure. Les Parnassiens, par exemple, considéraient que leurs oeuvres étaient là pour l'esthétique avant tout autre chose. De même, Kant, dans un premier temps, considère que l'art consiste non pas en "la représentation d'une belle chose, mais la belle représentation d'une chose".
Le sens commun attendrait donc normalement que l'art lui apporte en priorité un plaisir esthétique et non pas une éducation de sa perception. C'est le cas par exemple des hyperréalistes qui avaient pour but premier de réaliser une oeuvre riche en détails, réaliste et minutieuse. Pourtant, ce serait réducteur de ne pas considérer l'art comme un moyen, une aide au développement de notre réflexion et de notre perception. D'ailleurs, contempler une oeuvre d'art, n'est-ce pas déjà la percevoir ? Et au-delà de l'oeuvre sensible, il s'agit de trouver son intelligibilité. Spinoza disait alors : "Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu", soit, "Il n'ya rien dans l'intelligibilité qui ne fut d'abord par les sens". Il s'agit donc de percevoir cognitivement par les sens (la vue, éventuellement l'ouïe et le toucher), pour après percevoir au-delà de l'oeuvre réelle (telle qu'elle est).