Attention, trop rapprocher Descartes du scepticisme est toujours une erreur ; rappelle-toi bien que Descartes joue le jeu du sceptique pour mieux réfuter le sceptique. Son grand coup du "cogito" qu'est de donner la pensée dans un même coup avec le doute, ça vise justement à lever le doute par le doute : si je suis là en train de douter, c'est qu'il y a au moins une chose dont je peux ne pas douter, c'est que je suis là.
Descartes est peut être le plus réaliste des réaliste, parce que justement il retrace tout le chemin depuis le doute radical pour rétablir avec certitude la confiance dans le monde extérieur et la réalité objective. Mais malgré cela, il dit bien que la pensée pour être rigoureuse devra toujours s'accompagner de doute méthodique : ne pas tenir l'impression vague pour vraie, tant que je ne l'ai pas vérifiée en raison.
L'imagination, pour illustrer en quoi la pensée est plus que le doute, c'est un excellent exemple.
Tu as aussi la notion d'intentionnalité chez les phénoménologues, qui te diront que la pensée, avant de raisonner et de douter, est un élan qui part à la rencontre du monde et qui habite la représentation qu'on s'en fait. (Il y a de ta pensée dans le regard que tu portes sur un paysage, sur une oeuvre d'art, sur autrui...)
En fait, je trouve que dans ton traitement du sujet, tu manques un aspect qui pourrait avoir sa place dans une première partie : la croyance naïve dans le monde. C'est vrai, quoi. Prends le problème le plus simplement du monde, comme si tu n'y avais jamais pensé et que sieur René Descartes ne t'était pas encore venu à l'esprit. Eh bien la plupart du temps, quand tu penses, tu penses à : "comment je vais choper cette putain de cafetière qui a trop chauffé sans me cramer la main ?", et pour autant, tu ne doutes ni du chaud, ni de la cafetière...
Donc dans un premier temps, la pensée sembler se donner tout naïvement, sans qu'il y ait encore de doute.
Le doute ne vient qu'après. ;-)