Ah ça, c'est différent : oui, je pense qu'il n'y a de vraie sagesse que dans une certaine forme de silence, ou tout du moins dans l'usage parcimonieux des mots.
Le sage se tait là où le philosophe, le lettré, l'historien, le psychanalyste, ou encore certains poètes éprouvent le besoin de parler, et de parler, et de reparler.
Non pas que le premier détienne la vérité et puisse ainsi se passer de paroles (ce qui est impensable), mais il a plus ou moins renoncé à la chercher, ou bien il la cherche toujours, mais plutôt tel un vieil homme cherchant silencieusement sa mort comme une amie intime, qu'il trouvera sans s'en rendre compte.
Enfin, si certaines choses ont absolument besoin d'être dites, alors écrivons des livres, violons des pages vierges ! Mais attention à l'excès, qui en ayant toujours existé domine cependant de nos jours.
"Et quand seray-je à bout de representer une continuelle agitation et mutation de mes pensees, en quelque matiere qu'elles tombent, puisque Diomedes remplit six mille livres, du seul subject de la grammaire ? Que doit produire le babil, puisque le begaiement et desnouement de la langue, estouffa le monde d'une si horrible charge de volumes ? Tant de paroles, pour les paroles seules. O Pythagoras, que n'esconjuras-tu cette tempeste !"
Montaigne, Essais, livre 3 chapitre 9 sur la Vanité