Bonjour à tous,
Je suis étudiant en prépa mpsi et le temps de cette année est "Le Temps vécu"
En cours, notre professeur a soulevé le point que l'Homme s'imagine, se représente et considère le Temps de manière spatiale... En effet, lorsqu'on se représente le Temps, nous le matérialisons toujours comme une ligne droite (ou un cercle chez certaines cultures) sur laquelle on se déplace et sur laquelle nous n'avons aucune influence... Nous employons également des instruments qui mesurent des mouvements pour y associer notre progressions dans le Temps (mouvement du soleil, des aiguilles d'une montre, d'un sablier, etc...)
Nous avons une oeuvre de Bergson (données immédiates sur la conscience, chapitre 2) où ce dernier affirme que lorsque nous comptons (1, 2, 3, 4, 5,... vous savez tous compter j'imagine...) nous avons l'intime impression de compter dans le Temps... Or il n'en ai rien selon lui : lorsque nous comptons, nous ne faisons que juxtaposer une série d'instants comme des points que nous mettrions les uns à la suite des autres...
Bref, nous spatialisons le Temps pour mieux le saisir et mieux le comprendre.
Nous avons également émis l'hypothèse que l'espace était homogène : c'est à dire qu'il est identique en tout point, tant au niveau quantité que qualité...
Cependant, je me pose quelques questions, et j'aimerai avoir vos avis :
1) Lorsque nous affirmons, dans le cours, que nous avons l'irrépressible tendance à spatialiser le temps, nous parlons bien alors d'extraire le Temps de son "cocon" philosophique (ou de sa conception) et de le ramener à une enveloppe concrète qu'est celle de l'espace physique et mathématique (et de l'ordre du sensible)?
Mais l'entreprise réciproque n'est-elle pas concevable : ramener l'espace à une perception métaphysique le couplant dès lors avec la notion de Temps abstrait (ou métaphysique)? Si vous voulez : temporaliser l'espace...
Je m'explique : imaginons une personne debout sur un tapis roulant (en ligne droite) au milieu d'un champs de blé ; ici nous nous employons à concrétiser cette situation par une perception à trois dimensions par opération transcendantale... Nous basons alors la progression physique de la personne par le biais de deux variables : le temps et la position physique ; le temps est alors spatialisé, puisque dépendant des positions instantanées juxtaposées les unes derrières les autres.
Mettons à présent que la personne entre dans un tunnel complètement obscur, il devient alors coupé de tout repère visuel et donc de tout positionnement physique... Dénué de toute donnée physique et mathématique, reste seul le Temps métaphysique (puisque dénué de tout repère spatial) poussant alors notre conscience à opéré de manière à visualiser un espace à partir du Temps... L'espace est alors temporalisé, puisque dépendant des instants positionnés juxtaposés les uns après les autres.
2) Nous avons également dit que l'espace était homogène... Si l'espace est identique à lui-même en lui-même, alors l'infinité se résumerait en un point, et le point en une infinité : c'est à dire que l'espace existerait et n'existerait pas à la fois; de la même manière que l'ombre ne saurait exister sans la lumière qui l'oppose, l'espace ne saurait exister si une nulle notion ou entité ne serait son opposée... Or le Temps n'"existe" qu'à travers la conscience que l'Homme en a; pouvons nous affirmer que c'est alors cette même conscience qui donne à l'espace sa raison d'être? Si tel est le cas nous pourrions supposer que si nous sommes incapable de percevoir le Temps dans sa nature propre alors nous sommes tout autant incapable de percevoir l'espace "tel qu'il est"... Comment pouvons-nous alors affirmer que nous spatialisons le Temps? Ne pouvons-nous pas considérer que c'est notre intuition qui nous met en déroute?
Si nous revenons aux notions de temps et d'espace physiques, nous pouvons en arriver au même point : lorsque nous affirmons que l'univers s'expand, nous imaginons souvent un univers-bulle (comme un ballon de baudruche) à bord mobile gonflant dans un espace vide et infini. Or l'univers s'identifie à l'espace, donc il ne peut gonfler dans quoi que ce soit, puisqu'il n'y pas d'espace en dehors de lui-même... Le Temps créait alors l'espace, et l'espace créait le Temps... Pour ainsi dire, l'espace et le Temps ne sont pas supérieur l'un sur l'autre, et à fortiori notre conception de l'un ou de l'autre non plus... La sensation que la notion d'espace nous est plus familière que celle du Temps est dû à notre intuition : nous pensons avoir plus d'interaction avec l'espace qu'avec le temps... Or prenons une branche et brisons la en deux, qu'avons nous fait? Rien, si l'on se place à l'échelle atomique, nous aurons simplement rompu les liaisons énergétiques qui reliaient les atomes de la branche entre eux... Nous avons pour ainsi dire "augmenté" le vide entre la matière... Nous avons donc procédé à un banal déplacement ; ce qui mène à l'exemple suivant : prenons une table et une tasse dessus... Si nous déplaçons la tasse, qu'avons-nous fait? Rien à nouveau, du point de vue de la tasse, la matière n'a pas bougé : ni dans l'espace, ni dans le Temps.
Pour résumer, je vous demande :
1)Pouvons nous considérer que nous temporalisons l'espace?
2)Avons nous plus d'affinités avec l'espace, ou n'est-ce qu'une duperie de notre intuition?
Voilà, merci à tous (et bravo si vous avez tout lu, j'ai écrit pas mal de choses...)