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Détachement de mes sentiments

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barbubabytoman
barbubabytoman
Niveau 10
22 août 2013 à 02:58:21

Je vous donne un exemple tout bête: je n'aime pas la culture arabe. Mais je ferais tout mon possible pour l'intégrer, au même titre que toutes les autres cultures, à condition que chacune se respecte.

En fait, au fond de moi je ne peux pas supporter cette culture, je la méprise presque. Mais je trouve ces sentiments affreux et stupides. C'est pourquoi il me parait primordiale de l'intégrer, de faire en sorte qu'il soit placé au même pied d'égalité que n'importe qui, qu'aucune discrimination ne soit possible.

Ce n'est pas la seule fois où j'exprime du rejet envers mes sentiments et mes impressions. J'en suis un peu fier tout de même, mais ça me fait mal de réfuter ce que je ressens, je crois même que j'en souffre. Seulement, je crois que j'éprouverai toujours ce détachement, car ma partie "logique et objectivité" est la plus forte en moi.

Qu'en pensez-vous ? Ressentez-vous la même chose que moi ? Au final, n'est-ce pas la même chose pour tout le monde ou suis-je seul ?

ScutigereVeloce
ScutigereVeloce
Niveau 7
22 août 2013 à 03:22:13

Je ne suis pas du tout dans ton cas. Mais j'imagine que le fait que ta " partie "logique et objectivité" est la plus forte en toi " est une tendance qui peut disparaître au fil du temps.

barbubabytoman
barbubabytoman
Niveau 10
22 août 2013 à 03:27:17

Tu crois ? Mais si je juge ma partie "sentiments et sensation" comme mauvaise, pourquoi lui laisserais-je une place importante dans ma tête ?

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 22 août 2013 à 12:43:13

La réflexion philosophique est par essence fondée sur ce détachement de soi, ou pour utiliser les termes phénoménologiques, sur l'intentionnalité et sur la "réflexion" c'est à dire être capable de penser une chose et de se la renvoyer à soi même pour ensuite réfléchir dessus ( comme Sarte le fait au début de son livre "L'imaginaire" ).

Ton attitude est tout à fait normal, elle est même caractéristique de la pensée humaine, de la conscience humaine plus précisément, c'est à dire notre capacité, presque notre dualité, à pouvoir ressentir quelque chose puis le mettre à distance en réfléchissant dessus. Ainsi, il est possible de ressentir en soi un déchirement entre ce que l'on ressent et ce que l'on pense. C'est une attitude troublante. Mais à mes yeux, c'est l'attitude première du philosophe.

Je crois qu'ensuite, lorsqu'on retrace le cheminement intellectuel, il est possible de partir du ressenti, le mettre à distance en réfléchissant, puis de construire son point de vue. Il est même je crois possible de revenir au ressenti après cette étape, en admettant par exemple que ce que l'on croyait était faux. Je prends un exemple, idiot certes, mais qui m'est arrivé.

Auparavant, je n'aimais pas la culture espagnole. Je ne m'y reconnaissais pas. Mais au fond, je me sentais coupable de ne pas aimer, voire de me mépriser cela, presque gratuitement. Alors je me suis remis en question, j'ai "réfléchi" au sens humain comme phénoménologique, et j'ai reconnu un tort, je me suis senti idiot de penser cela. Et finalement, je suis revenu sur mon sentiment et maintenant j'adore la culture espagnole, ses auteurs... Par ce cheminement, j'ai réussi à changer d'opinion et même à changer ce que je ressens.

Pour finir, je trouve que cette expérience révèle aussi une certaine forme de liberté car l'acte de conscience, lorsqu'on réfléchit me paraît pur, presque désintéressé, en sachant mettre à distance ce que l'on peut être.
Elle peut aussi révéler une dualité ontologique chez un être humain entre ce qu'il ressent et ce qu'il fait. Tu dis ne pas aimer la culture arabe, mais en réussissant à mettre à distance ce sentiment et en choisissant de te comporter d'une manière qui ne montre pas cette désapprobation, tu révèle une dualité en toi, entre ce que tu ressens et ce que tu peux faire. C'est à mes yeux l'expérience même de la liberté car tu fais le choix, malgré tout, de te comporter autrement que ce que spontanément tu aurais fait.

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