Trois choses :
il me semble que comparer le super-héros à un justicier tout-puissant, c'est commettre une erreur de simplification : lorsqu'on regarde les super-héros, ils nous font certes d'abord rêver par parce leurs "super-pouvoirs" (la science-fiction remplace ici la magie traditionnelle censée offrir à celui qui passe un pacte avec des forces supérieures des pouvoirs qu'il n'aurait pas en temps normal) : ils repoussent les limites de la condition humaine.
Mais ç'a un prix : d'abord, le super-héros est à la limite du trouble psychologique de l'identité multiple (qui n'a rien à voir avec la schizophrénie, je précise en passant !) : ils doivent cacher leur véritable identité derrière un masque et un costume, pour se protéger eux-mêmes, protéger ceux qu'ils aiment de la vindicte de leurs ennemis.
Ensuite, leurs activités mettent en danger leur vie "normale". C'est particulièrement patent pour Peter PArker, par exemple : dans l'univers Marvel, il arrive dans le top 10 des cerveaux de la planète. Il pourrait être un chercheur reconnu et encensé s'il n'avait pas voulu se mettre au service de la justice comme Spier-Man. On décrit souvent Parker comme un perpétuel loser, mais c'est PARCE QU'il EST Spider-man que c'est un loser, ses sorties nocturnes nuisent à l'équilibre de sa vie de couple et il est incapable de conserver un emploi, il est obligé de vendre des photos en free-lance à son pire ennemi médiatique (le rédacteur en chef J.J. Jameson qui n'arrête pas d'écrire dans ses éditoriaux que Spider-man est l'ennemi public n°1), bref, son sens du devoir lui coûte le bonheur.
Bref, la vie de super-héros a un coût.
De ce point de vue, les personnages de Stan-Lee sont très originaux : Les 4 Fantastiques par exemple, s'ils exaltent l'esprit d'équipe élémentaire (élémentaire parce qu'on retrouve l'eau, le feu, la terre et l'air dans leur équipe), ils sont sans cesse en train de trembler pour la sécurité de leur deux gamins. Quant à Daredevil, ses sens améliorés et son instinct sonar sont causés par un accident radio-actif qui lui a coûté la vie, il est d'ailleurs le seul super-héros aveugle que je connaisse.
Je ne revient pas sur les X-Men et la question de la tolérance déjà par Wise_Troll.
Le meilleur, c'est encore Hulk : il est, à ma connaissance, le seul super-héros qui cherche à ne SURTOUT PAS utiliser ses pouvoirs, car ils sont auto-destructeurs (à chaque fois que Banner se transforme en Hulk, il redevient une proie traquée par les armées des U.S.A., si ce n'est du monde entier !) C'est un schéma assez répétitif (et qui a depuis pas mal d'années, hélas, évolué vers des scénarios bien moins intéressant), mais moi ça m'a toujours fasciné ce personnage qui essaye constamment de refouler sa colère pour ne pas déclencher des cataclysmes. C'est, pour moi, le plus héroïque des héros Marvel, car il ne cherche pas à se poser en "sauveur du monde", mais il cherche à faire le moins de mal possible aux gens qui l'entourent en se combattant lui-même, en luttant contre ses propres instincts, ses propres émotions et sentiments. Mais on ne peut pas dire qu'il soit libre de s'exprimer, c'est sûr.
Côté D.C., on a eu aussi du bon avec le deuxième des films de Nolan (The Dark Knight). Batman a, jusque là, protégé la ville de ses muscles et de ses gadgets, et, dans le deuxième film, il se cogne soudain contre un mur, un obstacle irréductible : Il existe des méchants tellement fous, tellement cinglés, qu'ils échappent à la peur qu'inspire le symbole de Batman et qui joue avec lui. Il découvre que toute sa force et ses gadgets, et même sa première qualité : son intelligence, bref, tout est impuissant à combattre ce type d'ennemis.
Il découvre que, pour combattre le mal, les muscles, le cerveau et la technologie ne suffisent pas, qu'ils sont impuissants et que seul le symbole d'un être au courage d'exception peut sauver la ville et lui apporter l'espoir. Ce qui le conduit à bâtir le salut de Gotham sur un mensonge, une manipulation, une tromperie, une supercherie, bref, une malhonnêteté... Et çà, c'est magistral, la manière dont Nolan nous conduit jusque là. Il dit que ce n'est justement pas le "super-héroïsme" qui peut sauver Gotham.
(bon, ensuite, il a tout gâché avec le troisième film, mais c'est une autre histoire..!)
Chez D.C., il y a également eu les Watchmen, qui sont une critique radicale du super-héroïsme : cette oeuvre devrait te plaire, le_litchi, car il s'agit d'une remise en cause intégrale de la notion de super-héros. Tous les protagonistes de l'histoire souffrent de troubles psychologiques divers, et d'avancée variée. Ils sont égocentriques et pour certains paranoïaques, mythomanes et mégalomanes. Le "plus malin des humains" (qui est aussi le deuxième héros le plus puissant, derrière le Dr Manhattan) impose au monde entier un génocide (quatre villes sont entièrement détruites) comme un gigantesque holocauste sur l'autel de la paix dans le monde, et impose par là même au monde et à l'humanité entiers sa propre vision dictatoriale du monde ; et les autres héros, par lâcheté, vont protéger le secret et refuseront de révéler ce qui sera en fin de compte publié dans le journal et qui (on peut l'imaginer, vu que la B.D. s'arrête là-dessus...) va de nouveau bouleverser l'équilibre du monde et ramener le péril de la guerre globale !
I montre en tout cas combien le mythe du super-héros est lié à la violence.
Pour ceux qui s'intéressent à la fois aux super-héros et à la philo, un livre est sorti cette année, de
simon Merle ( http://www.amazon.fr/Super-H%C3%A9ros-Philo-Simon-Merle/dp/274953139X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1375517220&sr=8-1&keywords=Simon+Merle+super-h%C3%A9ros )
il coûte cher, donc à se procurer uniquement si vous êtes vraiment fans !