Je suis retombé par hasard sur un texte que j'avais écris en prépa, un petit pavé certes mais intéressent.
L'esprit curieux s'interroge, au-delà du message porté par un discours, à ses fondations. Toute philosophie, aussi brillante soit-elle, est déterminée non pas par l'universel absolu, Dieu ou je ne sais quelle métaphysique, mais par la volonté de son auteur.
Un exemple : toute la philosophie Kantienne repose sur le fait qu'il existe des jugements synthétiques à priori, autrement dit des idées qui enrichissent notre connaissance mais étant pourtant totalement extérieures à toute forme d'empirisme (d'expériences). Qui peut dire que la philosophie kantienne n'est pas monstrueusement profonde et puissante, pourtant, elle repose sur un axiome aussi solide qu'un nuage : l'envie de son auteur tapis sous un feuillage métaphysique.
Ainsi, tout prétendant au titre de penseur, se doit de commencer par admettre sa propre subjectivité et d'en faire le socle de toutes ses futures réflexions.
En résumé, il n'existe de jugements synthétiques qu'à posteriori nés empiriquement donc subjectifs. La question qui se pose maintenant est de savoir sur quoi se fonde notre subjectivité ? Sur une multitude de déterminismes qui constituent l'expérience que l'on a de la vie. Partant de là, et ayant fait de ma subjectivité l'axiome de mes jugements, je ne peux affirmer qu'une subjectivité vaut mieux qu'une autre, donc ne peux savoir si un déterminisme vaut mieux où moins qu'un autre. Il me faut donc opérer une translation au niveau de mon raisonnement.
Tout comme Descartes, pratiquons un nettoyage de printemps. Beaucoup de personnes pensent que si on leur enlevait tout, il leur resterait le réél, immuable et bizarrement vrai. Mais qu'est ce que le réél, sinon une abstraction indéfinissable ? Arrive alors le "cogito", le fameux "je pense, je suis" où l'expression première que l'on ne peut remettre en question. L'erreur de Descartes est d'avoir identifié la substance pensante au sujet "je", impliquant une notion d'identité et sa séparation de la matière. L'expression correcte eut été "ça pense, ça est". Le "ça" se référant à la substance pensante : le corps. Ainsi, le "je" se limite à un corps pensant, ressentant, éprouvant, vivant, je suis mon corps et toute philosophie valable se doit d'être une philosophie du corps.
Adieu dualisme monde idéél de l'esprit v.s matière basse et avilissante, adieu dogme métaphysique, adieu universel, adieu absolu, adieu paix... Bonjour mesure relative, bonjour doute, bonjour combat.
Qu'est ce qu'une philosophie du corps ?
Ce qu'ici nous appelons philosophie du corps n'a pas à être perçue comme vraie ou fausse puisqu'elle ne consiste pas en l'affirmation dogmatique d'une réalité mais en l'optimisation de l'outil percepteur : le corps.
Il est possible de distinguer deux courants, deux approches, relativement à la philosophie du corps. La première consiste à viser l'absence de souffrance. Incarnée par l'épicurisme, cette pensée, prône l'ataraxie (la non implication dans les problèmes sociaux et sociétaux), la satisfaction des seuls besoins nécessaires où primaires.
Plus globalement, cette catégorie touche l'immense majorité de la population. Les premiers et les plus à plaindre, ceux se réfugiant au sein de paradis artificiels. Le terme "artificiel" étant abusif puisque je le rappelle nous affirmons que le "ça pensant" est mesure de toutes choses et qu'il n'y a de réalité que celle que l'on choisit. Sont néanmoins visés tous ceux anésthésiant leur corps, leurs envies, leurs émotions par peur de vivre. Monsieur tout le monde, métro, boulot, dodo, les pratiquants du schéma naissance, école, mariage, boulot, mort, les drogués, alcooliques, les addicts au jeu, sexe, argent, les religieux, les politiquement engagés, les idéologues et intellectuels auto-complaisants, les personnes limitées mentalement et/ou physiquement et j'en passe plus d'un. En bref tous ceux qui pour ne pas souffir, limitent volontairement les potentialités offertes par leur corps.
La deuxième école, considérant le principe selon lequel la sagesse vient de la multiplicité des expériences, consiste en ceux cherchant à faire vivre à leur corps le plus d'évenements possibles par amour de la sagesse. Ceux là, loin de rechercher l'ataraxie, le bonheur métaphysique, bref la négation de l'être vivant, recherchent à exprimer pleinement les potentialités de leurs corps dans le cadre d'une philosophie de l'action.
Pour expliciter, prenons l'enseignement d'un maître en art martiaux tout en gardant à l'esprit que la dualité corps-esprit est quelque chose de pronfondément occidental. Le maître dit que l'action partant de la pensée est une mauvaise chose. C'est pourtant le premier degrés de conscience que l'on a sur les choses. On observe le mouvement puis par notre pensée nous poussons notre corps à le reproduire. L'entraînement nous perment d'atteindre un second niveau de conscience ou notre corps, dans une situation propice, produit naturellement le dit mouvement sans que l'on y pense. Pensez vous à marcher, lorsque vous le faites ? Il existe donc une mémoire propre au corps, une mémoire musculaire, hormonale (décharge d'adrénaline au bon instant), physiologique, cérébrale etc...
Ce que nous appelerons philosophie du corps, consiste en l'extrapolation de cette pensée martiale et d'en faire le socle paradigmique de nos vies. Prenons l'un des concepts les plus complexe qui soit : l'amour. Le premier niveau de conscience consiste à le penser, à lire des choses, à en parler même sur la base de référence commune à tous. La deuxième phase consisterait en l'expérimentation du corps : être amoureux, éprouver joie, tristesse, bonheur et déspespoir et vivre chaque instant dans sa globalité. Ne pas fuir ni le bon, ni le mauvais, et enrichir sa mémoire corporelle. Jacques Brel, lorsqu'il chante, ce n'est pas que son texte mais tout son corps, jusque dans la moindre de ses petites rides qui exprime l'amour, c 'est cette sagesse là qu'il faut viser.
C'est alors qu'intervient un troisième niveau de conscience, l'union de notre mémoire corporelle avec l'héritage sociétal de ce même concept. Pour reprendre Edgar Morin, je parlerai alors de paradigme de la complexité, où le savoir ne peut être que pluridisciplinaire, comme dans un immense kaléidoscope où les formes abstraites lumineuses s'entrechoquent dans un ballet permanant où l'on réalise que le savoir est innaccessible puisqu'il ne peut se limiter à ,comme le montre Platon dans le Théétète, une vérité démontrée (orthedoxa + logos).
Pour illustrer un corps ayant mémoire de l'amour ne regardera pas une oeuvre d'art (picturale, cinématographique, musicale...) traitant de l'amour de la même façon qu'un corps vierge d'expériences. Il est plus riche que ce dernier, pour autant peut il définir l'amour ? Non.
Ainsi la philosophie du corps est une philosophie qui nécessite d'être libre de tout déterminisme nocif entravant sa mise en oeuvre : addiction, mauvaise conscience morale, lassitude et j'en passe. Il s'agit d'une philosophie de l'action, une voie de guerrier prônant l'enrichissement permanent impliquant une bonne forme physique où le seul ennemi à vaince est notre propre personne pour qu'un jour les vieux corps ridés qui seront le nôtre expriment plus, à leur simple vue, que toutes les métaphysiques réunies.
Te ipsum vincere
C'est toi même qu'il faut vaincre...