Dans l'amour idéal il y a deux mouvements, à la fois ils s'équilibrent et à la fois ils se renforcent l'un l'autre: Celui qui fait qu'on se sent poussé à aimer, celui qui fait qu'on souhaite être aimé.
Le premier est une passion. On regarde une personne comme une chose extraordinaire, souvent comme la chose la plus digne d'intérêt, celle qui procure en nous une sensation de plénitude. On cherche à être assimilé par la personne pour compléter notre être, parce qu'on a le sentiment d'être élevé par elle. Nietzsche parle sans cesse des femmes comme celles qui ont besoin de s'assimiler. Mais des hommes aussi éprouvent des passions pour des femmes. Et comme toute passion, on ne la maîtrise pas, et on ne décide pas de notre émerveillement. On peut tout au plus décider de se laisser hypnotiser et de se laisser aller à l'auto-suggestion.
Le deuxième mouvement est un besoin pour sa propre personne. L'être par lequel on est aimé nous considère comme digne d'intérêt, on a besoin que par son amour il nous assure que la route que nous avons entreprise est la bonne, que tout le matériel et l'expérience que nous avons accumulé et qui nous définie est digne d'intérêt et d'admiration. On a besoin de sentir que l'on a de la valeur, et que l'on peut continuer à développer cette valeur là, parce qu'elle serait légitime et admirable. Ce deuxième mouvement lui aussi est un besoin, on peut essayer de le refreiner mais souvent on sera malheureux d'une solitude prolongée, même si on ne se l'avoue pas.
De même qu'en aimant on à la sensation de posséder l'être de valeur, on a besoin que cet être accorde de la valeur à notre personne. A partir de là on comprend bien que les deux mouvements forment un cercle vertueux.
Quand on aime, on se convainc ou on espère que ce plaisir va durer. Voilà pourquoi on ne pense pas à la douleur qui peut venir avec.
Je pense qu'on ne devrait pas s'empêcher d'aimer car d'une part ce n'est pas l'amour lui-même qui nous rend triste, mais bien ce qui le rend impossible. Du moins ce qui rend impossible cette réciprocité. D'autre part, de ma croyance personnelle, je considère que les obstacles à l'amour finiront par disparaître. Selon moi la mort n'est pas une fatalité.