En effet, la tabula rasa de Descartes rejette toutes les valeurs, puisqu'il le faut bien, mais il garde tout de même une morale provisoire, un peu par conséquentialisme, si je puis dire.
Sa méthodologie des meurs est complètement opposé de celle de la recherche de la vérité, alors qu'il transforme ses doutes en certitudes lorsqu'il faut agir au quotidien, il fait le contraire dans ses méditations.
Je me rend compte que c'est un sujet qui m'intéresse beaucoup, la part de mystique chez ceux qui font grand usage de la raison, les scientifiques ou les philosophes. Ce n'est certainement pas incompatible, Agassi (élève de Popper) a déclaré qu'il faut voir dans le mécanique de l'usage de la raison un rituel préparatoire au mystique si l'on veut résoudre l'ambivalence de la raison, à la fois mystérieuse et mécanique, terre à terre.
Et oui c'est certain, nous avons tous un démon de Socrate en nous et ce dernier a ça en commun avec le malin génie qu'il montre bien à quel point l'on peut avoir de la raison une conception mystérieuse, tandis que le premier montre que les motivations raisonnables et l'usage même de la raison peut baigner dans un mysticisme fécond, le second fait remarquer à quel point l'origine de la raison est mystérieuse(le démon aussi, d'une certaine manière), le malin génie arrive même à nous faire douter que 1+2=3. Parmi les premières critiques, il me semble que certains scolastiques ont reprochés à Descartes de ne pas arriver à sa première certitude par le moyen d'un syllogisme, comment pouvait-il alors qu'il doute même de la raison ? Descartes pose comme point de départ une impossibilité de douter lorsque nous pensons, n'est-ce pas de l'ordre de la sensation ? Je pense à ce qui sera par la suite la certitude sensible chez Hegel.
Et maintenant que j'y pense, Eros du discours de Socrate dans le Banquet, Eros le philosophe, est aussi un démon. N'est-ce pas le même ?