L'idée de Kant, c'est que pour savoir si une action est conforme au devoir (après, il y a la question de savoir si l'acte, fût-il conforme au devoir, est motivé par la seule représentation du devoir, mais ça, c'est un autre problème, passionnant du reste, auquel Kant à d'ailleurs tenté d'apporter une réponse dans le même ouvrage dont tu tires cet extrait, dans un passage en peu avant si je ne m'abuse), pour savoir si une action est conforme au devoir, disais-je donc, il faut lui faire passer un test : le test de l'universalité. Je m'apprête à mentir ; je me pose donc la question suivante : pourrais-je vouloir que tous fissent comme moi ? Négatif, non seulement parce que je ne peux pas vouloir qu'on me mente (en l'occurrence donc, que quelqu'un m'emprunte de l'argent alors qu'il sait très bien qu'il ne remboursera pas la somme), mais de plus, parce que cela rendrait impossible sur Terre le mensonge, puisque ce serait alors la méfiance qui régnerait, et non la confiance.
Une autre expression (qui n'est en réalité qu'une variante) de l'impératif catégorique est celle-ci (célèbre) : "Agis toujours de telle sorte que tu traites autrui, dans ta personne aussi bien que dans la personne de tout autre, toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen". Dans le mensonge, on ne traite jamais autrui que comme un moyen, fût-ce pour lui-même d'ailleurs, et c'est là où le kantisme peut paraître un peu fou. Mentir à quelqu'un sur la réalité de sa maladie par exemple, afin de ne pas le démoraliser, c'est immoral pour Kant. Eh oui.