Honnêtement, il est toujours plus difficile et donc courageux de faire que de ne pas faire. Eprouver de la culpabilité par rapport à ce qui a été fait n'est pas un mal en soi, dans la mesure où l'erreur et la conscience de l'erreur, et plus encore la faute et la conscience d'avoir fauté, participent de la construction de la personnalité. Quelqu'un qui n'aurait rien fait de sa vie par peur d'avoir des remords ne ferait que se donner de mauvaises excuses pour n'avoir pas agi conformément à ses désirs, et en assumant les conséquences. Oui, il est souvent difficile d'assumer les conséquences de ses actes. Mais encore s'agit-il de déterminer la nature des actes en question. Le remords est une notion morale. On est censé éprouver du remords lorsqu'on a fait du mal à quelqu'un : mensonge, tromperie, trahison, vol, meurtre, rupture de relation amoureuse (oui, dans cet ordre
) ... C'est donc plus précisément une notion chrétienne (tout ce qu'on appelle morale en occident de toute façon ne fait que reproduire presque entièrement le système de valeurs judéo-chrétien).
La notion de remords est indissociable de la notion de péché, et donc de conscience du péché. "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn" comme disait Victor Hugo dans le poème "La Conscience". Le meurtrier, ici le fratricide, a beau fuir, sa culpabilité le poursuit, et la douleur d'avoir commis la faute le rend fou.
Le regret est n'est pas une notion morale, il s'identifie simplement comme le sentiment d'avoir manqué quelque chose : une opportunité, une rencontre, un gâteau, une personne. Il est indissociable de la notion de manque et de frustration : on constate avec amertume qu'on n'a pas fait ce qu'il aurait fallu ou ce qu'on aurait dû faire. Dans l'autre sens, c'est constater qu'on a fait différemment de ce qu'on aurait pu ou/et voulu faire en réalité. Par exemple, rester en province pour donner des cours de maths, plutôt que se lancer à bras le corps dans la carrière de comédien à Paris. Oser dire je t'aime à cette inconnue qui passe plutôt que de la laisser passer sans rien faire, et tant pis pour le ridicule, pour le qu'en-dira-t-on et le râteau. Faire plutôt que ne pas faire, c'est toujours plus gratifiant pour l'être.