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La thématique pétainiste dans la chanson

News jeu

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Djulla
Djulla
Niveau 10
05 juin 2005 à 11:42:05

La thématique pétainiste dans la chanson populaire francophone des années 60 :

Pour prouver toutefois à la masse qui fréquente ces fora que les études littéraires et les approches sémiotiques peuvent être tout à fait passionnantes, j’entreprends ici une analyse ( certes superficielle) d’un des standards de la chanson française, un
ceux que vous avez tous déjà chantonné dans un karaoké pourri lors d’une soirée particulièrement réussie.

Il s’agit donc de circonscire et de délimiter le champ d’étude qui sera nôtre à l’occasion de notre travail. Ici, nous nous occuperons de Claude François: d’abord au cours d’une étude synthétique qui nous permettra de dégager les lignes de force concept
lles dont nous userons au cours d’une analyse plus poussée que nous entreprendrons dans un deuxième temps, à l’encontre de l’oeuvre la plus populaire jamais commise par Claude François: “Si j’avais un marteau”.

Hum hum.

Alors qu’à la Libération on avait pu croire, dans un premier temps, à l’évincement des idéologues réactionnaires du régime vichyste, il s’avéra que leurs idées avaient fait souche. On n’en retrouvait certes pas trace dans le discours officiel ou feutré
s cabinets d’ambassade ( c’est entendu) mais, dans les couches profondes de la société ( la “France d’en bas” dirait notre délicieux ex premier ministre), la thématique pétainiste et corporatiste de la “Révolution Nationale” continuait de trouver des écho
de faire des adeptes, et d’organiser les rapports de force idéologiques. “L’infrastructure” idéelle étant alors constituée ( je me place ici dans un schéma marxiste hétérodoxe), la superstructure artistico-intellectuelle -claude françois, donc- allait n
essairement s’en ressentir. Nous allons le prouver en trois points. Nous analyserons successivement 1) L’exacerbation rhétorique de l’antagonisme ville/campagne qui est soutenue chez Claude François ( que nous abrégerons désormais en CF) par un projet po
mique et poïétique d’ampleur jusque là inégalée 2) La promotion et la défense ( et illustration) jalouse et réactionnaire des valeurs traditionnelles, idéologiquement conçues comme le socle moral d’une société organiquement fédérée 3) Fédérée justement p
la figure du chef, matrice itérative d’une identité homogénéisante, dont la blancheur prophylactique contamine de son inanité toutes les couches d’une société en plein désarroi, et qui permet une fusion quasi mystique de la population au sein du Groupe

1) C’est dès ses premières oeuvres que CF distille sa propagande pétaino-conservatrice. Ainsi dans “le printemps qui chante” il interpelle l’auditeur, qui est naturellement un urbain, celui qu’il faut convaincre et faire revenir dans le droit chemin:

“Dis, çà fait combien de temps
Que tu n´as pas vu un peuplier, une fleur des champs ? “
Cet auditeur, CF le conçoit alors nécessairement comme malheureux, victime de sa condition ( soi disant) aliénante de citadin ; le “spleen” parisien devient alors le prétexte rhétorique à une dégradation philosophico-politique de l’urbanité comme concept
t comme mode de vie; CF en appelle alors à un exode rural “à rebours”, un “retour à la terre” qui évoque alors parfaitement les mesures les plus spectaculaires de la dictature vichyste ( pécule de retour à la terre, loi sur les successions, réforme des s
tuts du métayage et du fermage, de 41 à 43...):

“Toi qui es tout en pleurs, ne reste pas dans la ville.”
La terre qui, elle, selon le mot du maréchal, “ne ment pas” est alors présentée comme le moyen de subsistance le plus adéquat qui est EN MEME TEMPS la garantie mécanique d’un retour à un ordre moral lénifiant; ordre censé apporter le “bonheur” à notre c
adin désorienté et anomié:

“Mais il suffit parfois
Pour être heureux et comblé
D´un peu de bonne terre”

S’ensuit une célébration épidictique de la vie campagnarde, qui met en jeu une accumulation poïétique de termes laudatifs:

“Change de ciel, viens voir la terre,
Voir le soleil et les rivières”

Telle la Jérusalem Céleste, ce petit monde de confort et de vieille france est construit autour d’un épicentre matriciel qui assure à la fois la reproduction et le renforcement de cette idéologie, la fameuse “Ferme du bonheur” ( cf la chanson éponyme):

“À la ferme du bonheur”

CF conclut avec une évocation touchante de cette vie future et rêvée qui suivra le retour, digne des plus notables films de la propagande vichyste.

“Et quand le soir, je monte
Sur ma colline en fleurs
Je respire dans le silence
La paix et le bonheur”

2) Dans le cadre de cette célébration poïétique de la vie campagnarde, CF tente la régénération rhétorique des valeurs anciennes. A la froideur et à l’impersonnalité de l’existence citadine, il oppose la convivialité d’une saine vie rurale. Ainsi, les v
iteurs sont bien accueillis dans cette fameuse ferme du bonheur puisqu’on leur lance:
“Soyez les bienvenus”
La valeur cardinale permettant l’orientation saine et la réussite dans l’existence ( comprendre, en filigrane: suivant les valeurs de Révolution vichyste) devient alors le travail laborieux; car ce n’est pas “ l’homo faber” de Hannah Arendt qui est ici g
rifié mais bel et bien “l’homo laborans”, qui courbe l’échine sous le joug seigneurial et laboure durement à l’araire une terre pauvre mais qui reste la Terre Nourricière.
“Et de bonne volonté”
Nous avons donc analysé le “travail”qui est alors conçu comme un outil de domination notabilitaire et de perpétuation matricielle d’une hiérarchie organique au monde rural. Pour CF, l’homme doit se faire homme-pour-le-travail ( pour reprendre une approch
heideggerienne). A l’autre pôle , la famille. CF entreprend d’abord une redéfinition des rôles qui s’oppose aux progrès sociétaux: la femme est l’Autre, symbolise l’altérité, en tant qu’être, en tant que détermination personnelle et en tant que groupe s
iale. Aussi les femmes doivent être mises à part, et être “toutes les mêmes” ( y compris lorsque cet assemblage sexiste se déguise sous une célébration esthétique):

“Elles sont toutes
Belles belles belles comme le jour
Belles belles belles comme l´amour”
C’est aussi par la mère ( détestée et adorée - tous les fascismes ne sont d’ailleurs que les résidus d’une mauvaise relation à maman, cf Adolf Hitler et sa mère qui lui tricotait des gilets en tergal rose, d’où sa révolte d’adolescent maladif comme un na
t trop cuit et les millions de morts qui ont suivis) que passe cette revalorisation de la morale rurale traditionnelle. Et le père enjoint son fils de faire de même, de traiter sa femme de la même façon, et de perpétuer ainsi le cadre tyrannique de la h
rarchie patriarcale:
“Comme j´ai dit à ta maman
Tu lui diras en l´embrassant”

En arrière fond bien sûr se profile l’horizon christologique; justification ultime de l’ordre social et de la souffrance du labeur terrestre, l’extase religieuse et la contemplation béate ( on pense au psaume 104) se glisse parfois y compris dans les cha
s les plus apparemment “profanes”:

“Il m´arrive souvent d´être heureux
Sans qu´il y ait de raison précise
De toucher la main du Bon Dieu”

3) La figure du père, du Chef, apparaît alors comme la garante de cet ordre tant réclamée, de cet “ordre éternel des champs” cher au maréchal et à ses thuriféraires. La sagesse paternelle est demandée, attendue, célébrée comme objet de désir ( et parole
otisée dont l’expression et le succès sont garantis par la répression sexuelle qui accompagne conjointement le fascisme rural), le fils doit la réclamer:

“Dans ces moments, tu te souviendras
Que ton vieux père disait”

Cette remise aux mains et aux conseils du père sera finalement vécue sur le mode de la destitution de soi, de la perte de sa propre conscience réflexive et au final sur la non-persistance de la mémoire. Le monde moderne, vécu et écrit comme mémorisation
itération, répétition différenciée, est alors remplacé par l’uniformisation tautologique d’une existence rythmée par les saisons, les travaux et les jours, dont le lieu est le couple, la dualité complémentaire qui exclut toute scission et tout conflit:

“On ira tous les deux oublier sera facile”

C’est à une autre personne, à un autre “moi” que cette opération donnera naissance du point de vue du sujet désirant: citadin aliéné et souffrant, il se retrouvera paysan ( et non agriculteur), attaché à sa terre, serein dans son oeuvre:

“Un beau matin, tu vas renaître”

Passons maintenant, après cette probante démonstration, à une analyse plus détaillée de la thématique pétainiste dans l’oeuvre de CF. Pour ce faire, nous étudierons linéairement “Si j’avais un marteau”, une des chansons les plus marquantes de notre ami
.

“Si j´avais un marteau
Je cognerais le jour
Je cognerais la nuit
J´y mettrais tout mon cœur”

L’homo laborans est ici symbolisé dans le marteau. Marteau incessant qui travaille jour et nuit et ce, sous le signe de la bonne volonté. L’homme, lobotomisé, n’est plus qu’un outil qui s’aliène lui-même dans le travail. Il se donne au travail, le trava
se donne à lui et c’est dans ce “double bind” que s’actualise et que prend forme le pro-jet pétainiste de retour à la terre et de fusion mystique dans le groupe de la Nation ( notion fasciste s’il en est) façonné métaphoriquement par le martelement ince
ant du marteau qui pro-jette sa propre entéléchie sur le matériau considéré.

“Je bâtirais une ferme
Une grange et une barrière”

Cet outil s’épanouira et s’asservira dans la construction spontanéee et volontaire d’une ferme, signe évident de la dépendance d’un petit face à un notable. Par ailleurs, la thématique du retour à la terre n’est plus à préciser dans l’oeuvre de CF et ap
raît ici de façon ostentatoire et marquée. La grange se fait, en tant que lieu de stockage, marque de la nécessaire et recommandée épargne frumentaire. L’antagonisme ville campagne est là encore plus que visible : le citadin dépensier et égoïste s’oppos
au brave paysan qui engrange ses maigres économies qui s’en protège par une “barrière” protectrice à la fois matérielle et morale.

“Et j´y mettrais mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs
Oh oh, ce serait le bonheur”

La famille est mise à l’honneur, le père, véritable patriarche, cité bien évidemment en premier malgré toutes les règles de galanterie. Le bonheur n’est possible que dans une vie familiale, dans une organisation stricte et hiérarchique qui regroupe l’in
gralité de la cellule familiale.

“Si j´avais une cloche
Je sonnerais le jour
Je sonnerais la nuit
J´y mettrais tout mon cœur,”

Ce travail répétitif est entouré d’une aura religieuse symbolisée par la “cloche”, cloche de la foi ( autre asservissement, plus spirituel cette fois et qui éloigne toute crainte de révolte) qui doit retentir jour et nuit. La religiosité des paysans, sui
nt la doctrine de l’Action Française, s’exprime tout au long de la journée et non uniquement le dimanche.

“Pour le travail à l´aube
Et le soir pour la soupe
J´appellerais mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs
Oh oh, ce serait le bonheur”

A cette composante religieuse de la cloche s’ajoute une autre basée sur le travail et la patrie ( fondements, on le sait, de l’idéologie vichyste) qu’il n’est plus besoin de préciser.

“Si j´avais une chanson
J´la chanterais le jour
J´la chanterais la nuit
J´y mettrais tout mon cœur
En retournant la terre
Pour alléger nos peines
J´la chanterais à mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs
Oh oh, ce serait le bonheur”

La chanson est loin d’être ici une gentille comptine apaisante. Elle est la chanson lobotomisante, entraînante des marches militaires. Celle qui rythme le pas du soldat-paysan ( rappelons que le mythe de Chauvin a été réactualisé par celui qui se faisait
ppeler le maréchal-paysan), qui lui fait accepter ses peines et redoubler d’efforts.

“Si j´avais un marteau
Et si j´avais une cloche
Puis si j´avais une chanson à chanter
Je serais le plus heureux
Je ne voudrais rien d´autre
Qu´un marteau, une cloche et une chanson
Pour l´amour de mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs
Oh oh, ce serait le bonheur”

CF répète en un long couplet ce qu’il venait d’asséner tel un message subliminal qui apparaîtrait régulièrement dans la tête du paysan.

“C´est le marteau du courage
C´est la cloche de la liberté
Mais la chanson c´est pour mon père
Ma mère, mes frères et mes sœurs
Oh oh, pour moi c´est le bonheur
C´est ça le vrai bonheur
Si j´avais un marteau
Si j´avais un marteau”

L’authenticité du bonheur ne se peut trouver que dans ce travail incessant, cette foi aveugle ( en Dieu bien sûr mais aussi en Pétain), et dans le respect des valeurs familiales et traditionnelles. Ce refrain, “marte-lé” par ce marte-au du courage, à la
n de cette chanson, est gravé dans notre mémoire ( qui d’ailleurs, ne s’est jamais surpris à entonner cette chanson innocemment ? ). CF, ombre de Pétain a gagné. Il nous a bien entubés, le salaud, avec ses petites mèches blondes et son sourire charmeur. P
l’intermédiaire de son oeuvre lyrique, le pétainisme traverse les âges, à la grande honte de la France.

Vous ne croyez pas ?

Everlasting
Everlasting
Niveau 22
05 juin 2005 à 11:47:15

C´est absolument inintéressant

ruedelapaix
ruedelapaix
Niveau 8
05 juin 2005 à 12:49:37

J´ai mal aux cheveux, voila ce que j´en pense.
Franchement, tu aurais mieux fait d´aller faire tes devoirs, sale gosse

Djulla
Djulla
Niveau 10
06 juin 2005 à 12:02:20

C´est vrai que les 10 sujets sur la poule et l´oeuf sont vachement plus intéressants.
SMOUTCH mes grands.

chronomantique
chronomantique
Niveau 10
06 juin 2005 à 17:05:39

Au moins les 10 sujets sur la poule et l´œuf sont pas arrivés tous en même temps d´un seul coup, contrairement à ce pavé gigantesque...

Djulla
Djulla
Niveau 10
09 juin 2005 à 18:27:22

Et la Critique de la raison pure, tu l´aurais préférée si elle avait été écrite en 10 pages ?

chronomantique
chronomantique
Niveau 10
09 juin 2005 à 18:46:03

Tu devrais arrêter de t´exiter devant ton pc. Du calme, happy face. Prends un peu de lithium si t´es trop nerveux.

Djulla
Djulla
Niveau 10
14 juin 2005 à 14:34:22

Je te remercie de t´inquéter de ma santé mais ce n´est pas moi qui m´énerve...

Tipsy_ape
Tipsy_ape
Niveau 9
15 juin 2005 à 11:51:40

Le chanteur expectore.
Analyse...

fayte
fayte
Niveau 4
16 juin 2005 à 21:05:39

comme koi y´en a qui se font vraiment chier sur terre

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