On dit qu’objectivité est mère de toutes les réflexions et sœur jumelle de la raison mais, qu’en est-il du sentiment d’objectivité? L’homme définit des concepts, donne des sens aux choses et universalise les vertus et morales mais, par delà le simple fait que tous ces concepts soient réfutables, quel est ce sentiment qui nous fait croire que ceux-ci sont justes et vrai? Qui est-il ce visage rassurant que portent chacune de nos idées, nous portant à nous convaincre nous même de l’universalité de nos concepts? Il est acquis dans notre société que l’objectivité est l’état vers lequel il faut tendre car il n’existe personne de sensé voulant l’universalité dans ses affirmations qui ne soit pas accompagné de ce sentiment d’objectivité.
Ce sentiment est acquis par l’idée d’objectivité, l’intuition que la vérité se trouve blottie contre notre raison. Mais cette vérité n’est-elle pas vanité portant un masque et nous réchauffant l’esprit de ses beaux atours fait de fierté vertueuse? Or cette intuition d’objectivité est finalement que le fruit de nos jugements et de notre affectif. Ainsi le sentiment d’objectivité, qui pourtant nous amène à penser que nos concepts sont universalisables, est la récolte de toutes les semences de notre subjectivité. Nous pensons être doté d’objectivité mais nous sommes que subjectivité vaniteuse rêvant l’absolue comme la chenille rêve de s’envoler.
On ne peut nier que la vérité a besoin de l’éclat de l’objectivité pour se révéler, mais le sentiment d’objectivité est-il nécessaire? Ce n’est pas parce que l’objectivité est nécessaire à la réflexion que nous devons penser que nos réflexions sont fausses si on les juge non objectives. Ce sentiment d’objectivité ressentie à travers le filtre de notre vanité semble est trompeur. Non pas qu’il mène nécessairement à la fausseté mais il n’est pas digne de confiance.
Si l’on présuppose notre raison maitresse de nos sentiments dans certains domaines et dans certaines façons de l’utiliser, alors nous pouvons atteindre l’universalité dans nos propos, sans pour autant que le sentiment d’objectivité soit nécessaire au départ. En effet, la vérité objective ne dépend pas de ce que nous en sentons et jugeons mais de la façon dont elle est découverte.
Mais est-ce que subjectivité et vérité sont-elles nécessairement opposées? Tout est nuance et juste milieu, et il est possible d’avoir l’intuition de la vérité. Mais nos intuitions transforment sentiments en convictions avant que tout raisonnement logique, habilité dans le domaine, ne puisse déterminer leur justesse. Ces mêmes convictions sont maintenues par la douce main rassurante de la vanité, les caressants avec volupté de telle façon que même notre raison cède aux ronronnements de notre esprit. Tant est si bien que l’homme met une telle ardeur à défendre ses convictions qu’il en viendrait même à se sacrifier pour elles. Certains y voient honneur et courage, moi je n’y vois que vanité et paresse d’esprit. Le doute, malgré ses mains râpeuses, semble être la seule arme pour discipliner l’intuition. Ainsi alors que le doute a fait appel de la décision de nos convictions, celles-ci se font enfin appeler à la barre pour plaider leur cause sous le questionnement incessant du doute, avocat de la vérité. Mais qu’en est-il du cas où doute est conviction ? C’est pour cela que, tel le juge impartial, seule la raison tranche.
Certains objecteront que la raison est douteuse, je leur répondrai que la raison a ses limites que le doute de connaît pas. Et si par hasard notre raison ne s’accommode guère de la recherche de la vérité dans certains domaines concernés, alors c’est que cette dernière n’est pas nécessaire à notre finalité.
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