"Les notions de "bien" et de "mal" n'ayant strictement aucun sens dans l'absolu, il convient de ne les qualifier que relativement à une éthique ou une morale donnée (la définition de sera légèrement différente pour chacune) ; l'idée "combattre le mal par le mal", comme telle, nue, ne veut strictement rien dire.
En philosophie, à cause du caractère nécessairement affranchi de celle-ci (on exclue donc catégoriquement la théologie de la philosophie), il n'est pas question de parler de parler de "bien" et de "mal" sans se placer "par delà bien et mal".
Définitions :
La morale est un impératif catégorique.
L'éthique est un impératif hypothétique.
Cette distinction est d’importance :
Ou l'action est déterminée par un impératif inconditionné qui s'impose de façon catégorique : la conscience agit alors par devoir. Il s’agit de morale.
Ou l'action est déterminée par une hypothèse qui lui impose un comportement. Il s'agit de ce que l'on appelle l'éthique. Toute éthique est donc un raisonnement.
Définissons "bien" et "mal" :
- Pour toute morale,
Le "bien" correspond au Bien que garantit nécessairement le respect strict de règles de type déontologiques pour nos actes (type de règles inhérent à toute morale) ;
Le "mal" correspond au Mal dans lequel le non-respect de règles de types déontologiques (type de règles inhérent à toute morale) nous plonge directement et indubitablement.
- Pour toute éthique,
Le "bien" qualifie très exactement l'adéquation entre l'idéal conjecturé par le raisonnement (la conclusion du raisonnement est donc : "Il faut ça pour arriver à ce que nous venons de conjecturer") et le type ou la conséquence de notre action (selon que l'éthique soit de type déontologique ou conséquentialiste) ;
Le "mal" qualifie très exactement un type ou une conséquence d'action qui va à l'encontre de l'idéal conjecturé par le raisonnement fondateur de l'éthique.
L'éthique qui a guidé les fiers soldats alliés était de type conséquentialiste : nous allons TUER (ce qu'interdit formellement une morale comme celle de l'église chrétienne) pour sauver l'europe et avec elle notre idéal : la valeur Liberté (d'ailleurs on a fait tous et n'importe quoi au nom de celle-là). Ainsi un soldat-philosophe aurait-il dit : " La conséquence de notre action fait que nous avons fait le bien relativement à l'éthique que nous partageons avec les européens de la Résistance, mais ceci étant dit nous avons fait le mal relativement à la morale dicté par ces même européens quand il se rendent à l'église le dimanche. "
Le conséquentialisme comprend par exemple l'utilitarisme de Bentham repris et amélioré par Mill : une action est bonne relativement aux plaisirs (quantitativement pour Bentham, mais aussi qualitativement pour Mill plus tard).
L'impératif catégorique kantien, de même que la morale chrétienne, est purement déontologique : tu ne mentiras pas, même pour éviter un meurtre !
En conclusion, l'idée "combattre le mal par le mal" n'a de sens qu'avec les notions de moral et/ou d'éthique supposées et laissées à l'état sous-jacent.
Sinon, cela ne veut rien dire.
CQFD. "
Source :
"morale" en sollicitant la fonctionnalité prévue à cet effet.