Le principe de non-contradiction, que l'on réfère généralement à Aristote, est une part intégrante de notre entendement. Il ne se limite pas au raisonnement par l'absurde, il est le fruit de l'ensemble des conceptions générales de la disjonction des cas. Paradoxalement, la raison humaine présente une multitude de prémisses contradictoires. Les mathématiques ne constituent pas la seule base de raisonnement intuitive, de nombreux principes à priori font de l'Homme un véritable générateur de démonstrations prouvant tout et son contraire.
Face à la plupart des opinions dont nous sommes inévitablement atteints, la philosophie permet quelques fois de remettre de l'ordre. Ce sont les systèmes philosophiques, un ensemble de raisonnements qui s'organisent dans un tout. C'est aussi ce que peut rechercher la science : la recherche simultanée de l'unité et de l'universel. Mais de quelle manière tendre vers elle ?
Lorsque je conçois un mini-système qui se veut tendre à correspondre au réel tel que je le perçois dans sa structure générale (les prémisses fondamentaux), je me base sur ce principe : il n'y a rien de contradictoire. Ce système met en jeu des relations entre ces diverses dénominations que nous appelons "Êtres". Mais la structure de sa conception en fait inévitablement, même dans sa non-contradiction, un modèle réductionniste. Viser l'universel exige donc complexifier ce modèle. Son développement nécessite une phase de dialectique. Dans mon cas, il s'agit d'alterner entre supprimer les contradictions et complexifier. Aussi, d'où proviennent ces contradictions ?
Vous connaissez les "Êtres", ces objets de la philosophie ? Dérivés de nos générateurs de contradiction, ils évoluent et se structurent par les lois du langage, que leur création ait ou non été associée à un signifiant. Apprenez un mot quelconque, attribuez-lui les idées (essentiellement d'autres mots) auxquels il est associé, et vous pourrez avoir conscience en son Être. Oui, nous pouvons avoir conscience (parfois vaguement) en chacune de nos représentations, en chacune de nos créations. Les jeunes intellectuels plus "autonomes", ceux qui construisent une sorte de langage de la pensé incompatible à nos mots, n'échappent pas à la règle. Bien qu'ils soient moins affectés par les absurdités de leur langue maternelle, ils se soumettent de manière distincte à la même structure. Chaque "Être" tel qu'un individu le perçoit est ainsi essentiellement caractérisé par les propositions qu'il lui accorde dans sa relation avec les autres "Êtres". Lorsque l'on met en jeu plusieurs "Êtres" simultanément, il peut y avoir contradiction.
Mais comment générer cette dialectique ? Bien que cela ne corresponde pas du tout à ma façon de raisonner, cette illustration traduit assez bien l'idée que je détaillerai ensuite (ce sera plus facile à comprendre) :
La liberté met en relation l'Être "moi" dans un rapport de causalité avec lui-même. Moi exerce un lien de causalité sur moi Le déterminisme met en relation l'Être "nature" dans un rapport de causalité exclusif, formel, avec l'Être "moi". La nature détermine entièrement moi. Or, les Êtres "moi" et "nature" sont affirmés distincts. Par conséquent, toute manifestation du concept de liberté entraîne une contradiction.
Face à cette anomalie, nous pouvons envisager plusieurs possibilités de correction :
-Le déterminisme est jugé prioritaire, il m'est indispensable si je désire représenter ma perception du réel comme un système scientifique très formel (et non-contradictoire) vers lequel je veux tendre.
-La liberté est une priorité absolue de la raison pratique. Si je veux également respecter le principe de non-contradiction, je dois abandonner le déterminisme dans mon modèle. J'adapterai donc mon modèle en conséquence.
-Les relations accordées aux Êtres "moi" et "nature" n'ont aucun sens. Je restructure un système plus complexe où les notions d'identité et de lien de causalité ne sont que des images extérieures d'un autre ensemble d'Êtres.
Développons cette troisième solution avec une première approche du moi. Si nous envisageons le moi de manière concrète, nous constatons qu'il n'est qu'un concept instable alternant entre une identification en outre :
-à sa conscience, ensemble de sensations, lorsqu'il s'agit de bien-être ou de souffrance par exemple
-à son cerveau, à l'ensemble de nos mécanisme, lorsque nous nous identifions à notre raison
-à divers instances (moi, sur-moi, ça), lorsque la contradiction des tendances implique la multiplications des personnalités (c'est pas moi c'est lui)
Et tout cela sans compter l'identité temporelle. Le paradoxe entre le moi et la nature n'est plus alors un problème en soi. La recherche de la non-contradiction obéit à deux règles : sélectionner et restructurer. Or, il me semble que la deuxième est assez négligée.
(((Au passage, Sofea, en parlant de sélection, notre débat sur "Déterminisme et liberté" était tout bête : parmi les deux prémisses envisageables, chacun de nous se laissait guider par son entendement pour approuver l'un des deux prémisses afin de démontrer l'absurdité de l'autre. Pour rappel, le mien était l'impossibilité de contradiction depuis les bases du déterminisme et le tien que l'on pouvait mettre tout ce que l'on voulait dans une machine sans la moindre exception. Cela dit, je ne pense pas que le tien puisse s'imposer chez les scientifiques, même si beaucoup d'individu resteront crédule en croyant à la base aux deux prémisses à la fois.)))
Mais en parallèle à tout cela, nous devons aborder une autre conception assez surprenante. Si j'ai bien compris le principe de Hegel, la philosophie s'organiserait dans un tout où règnerait la contradiction. Mais la dialectique ne serait pas négative (si j'ai raison, t'as tort). En fait, il s'agit tout simplement d'abolir simultanément le principe de non-contradiction et le raisonnement par l'absurde. Un vrai chat de Schrödinger.
Quelques citations de Hegel :
« Le principe moteur du concept, en tant qu'il n'est pas simplement analyse, mais aussi production des particularités de l'universel, je l'appelle dialectique. Ce n'est pas une dialectique qui dissout, confond, bouleverse un principe ou un objet donné au sentiment, à la conscience immédiate et ne se soucie que de la déduction d'un contraire – en un mot, une dialectique négative comme on la trouve souvent, même chez Platon. »
« Mais la dialectique supérieure du concept consiste à produire la détermination, non pas comme une pure limite et un contraire, mais d'en tirer et d'en concevoir le contenu positif et le résultat, puisque c'est par là seulement que la dialectique est développement en progrès immanent. Cette dialectique est par la suite, non l'action externe d'un entendement subjectif, mais l'âme propre d'un contenu de pensée qui propage organiquement ses branches et ses fruits. »
« Mais c'est l'un des préjugés fondamentaux de la logique jusqu'alors en vigueur et du représenter habituel que la contradiction ne serait pas une contradiction aussi essentielle et immanente que l'identité »
« Car, face à elle, l'identité est seulement la détermination de l'immédiat simple, de l'être mort, tandis que la contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalité ; c'est seulement dans la mesure où quelque chose a dans soi-même une contradiction qu'il se meut, a une tendance et une activité. La contradiction se trouve habituellement éloignée, en premier lieu, des choses, de l'étant et du vrai en général ; on affirme qu'il n'y a rien de contradictoire. Par ailleurs, en revanche, elle se trouve repoussée dans la réflexion subjective, qui la poserait seulement seulement par son rapport et sa comparaison. »
L'avantage de cette conception réside dans l'unification de la diversité et dans une certaine correspondance avec l'imperfection de notre raison. Mais peut-on réellement bâtir une connaissance sur les Êtres usuels ? Ne devrait-on pas plutôt considérer la contradiction comme une anomalie et tendre vers un système mieux construit ?
Il reste beaucoup d'axes de réflexion à aborder mais je pense que je m'en arrêterai là pour l'instant. La question de ce topic sera : Comment aborder la contradiction ? Quelle démarche adopter face à elle ?