Le temps, selon certains, est irréel parce-que chaque évènements est passé, présent et futur. Je vais prendre un exemple, très banal.
La mort de mon grand-père est pour nous du passé ; elle était du présent pour ses contemporains et l´avenir pour mes futur enfants. Ainsi, l´évènement que constitue la mort de mon grand-père est une combinaison de caractéristiques incompatibles entre elles. Il est manifeste que cet argument se fonde sur le postulat que la nature du temps est finalement de l´ordre de la succession. Si nous regardons le passé, le présent et le futur comme essentiels au temps, nous nous figurons alors le temps comme une ligne droite, dont nous avons parcouru et laissé derrière nous une partie et dont une autre partie, non encore traversée, s´étend devant nous.
C´est là envisager le temps, non pas comme un vivant moment créateur, mais comme un absolu statique, contenant la multiplicité ordonnée d´évènements cosmiques entièrement formés et révélés au fur et à mesure, comme les images d´un film, à l´observateur du dehors. On peut en fait dire que la mort de mon grand père appartenait, à mes enfants, à l´avenir, si nous considérons cet évènement comme déjà pleinement formé et se trouvant dans l´avenir en attente de réalisation. Mais un évènement futur, comme le remarque justement Charlie Broad, ne peut être caractérisé comme un évènement. Avant la mort de mon grand-père, l´évènement de sa mort n´existait pas du tout. Pendant la vie de mon grand-père l´évènement n´existait qu´en tant que possibilité irréalisée dans la nature de la réalité, laquelle ne le contint comme évènement que lorsqu´au cours de son devenir fut atteint le point où cet évènement se produisit en fait.
La réponse à cet argument est donc que l´avenir existe seulement en tant que possibilité. L´on ne peut pas dire non plus qu´un évènement combine des caractéristiques incompatibles lorsqu´il est décrit à la fois comme passé et présent. Lorsqu´un évènement se produit, il entre en relation inaltérable avec tout les évènements qui sont arrivés avant lui. Ces relations ne sont nullement affectés par les relations de X avec d´autres évènements qui arrivent aprés X en raison du devenir ultérieur de la réalité. Aucune proposition vraie ou fausse, concernant ces relations ne deviendra jamais fausse ou jamais vraie. Aussi, n´y a-t-il aucune difficulté à logique à considérer un évènement à la fois comme passé et présent. Mais avouons que cette question, celle du temps, mérite plus d´approfondissement, d´ailleurs n´était-ce pas saint Augustin qui y répondait de la manière suivante :
"Si personne ne me questionne au sujet du temps, je le connais ; si je devais l´expliquer à qui m´interrogeait, je ne le connais pas"
Personnellement, je pense que le temps est un élément essentiel de la réalité.Mais le temps réel n´est pas le temps physique, pour lequel la distinction du passé, du présent et de l´avenir est essentielle ; c´est la durée pure, c´est à dire le changement sans succession, que l´argument cité plus haut ne concerne pas. Le temps physique est la durée pure morcelée par la pensée -sorte de procédé au moyen duquel la réalité offre à la mesure quantitative son incessante activité créatrice.