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L'Univers est Fini et en forme de Tore!

bigboloss
bigboloss
Niveau 10
01 juin 2008 à 09:33:28

Interview : Jean-Pierre Luminet explique le modèle de l'Univers fini

A l'occasion de la publication de nouveaux résultats confortant l'hypothèse d'un Univers fini, mais à la topologie particulière, l'un des principaux promoteurs de ce modèle, Jean-Pierre Luminet, répond aux questions de Futura-Sciences sur cette fascinante théorie cosmologique.

Futura-Sciences : Le modèle cosmologique dodécaédrique de Poincaré (Poincaré Dodecahedral Space, PDS) possède des caractéristiques distinctes du modèle de concordance [version actuelle du Modèle standard, communément acceptée aujourd'hui, NDLR]. Pouvez-vous nous rappeler brièvement lesquelles ?

Jean-Pierre Luminet : Le modèle de concordance actuellement considéré par beaucoup de cosmologistes est un modèle à la topologie simple, comme une sphère. Mais surtout il est plat et infini. Celui du PDS est un modèle clos, construit à partir d’une géométrie sphérique, mais à la topologie compliquée comme un pneu ou un bretzel. Il est donc fini mais, contrairement à un tore plat, il est caractérisé par une courbure positive.

En outre, il conduit à des prédictions concernant sa taille qui sont en principe testables, ce qui n’est pas le cas des modèles cosmologiques infinis. L’une de ces prédictions concerne les observations que l’on peut faire dans le spectre de puissance du rayonnement fossile. Comme la taille de l’Univers est finie et inférieure à l’horizon dans le cas du modèle PDS, on doit s’attendre à une coupure pour la taille des longueurs d’ondes présentes dans le spectre des fluctuations du rayonnement fossile. C’est facile à comprendre car des longueurs d’onde plus grandes que la taille de l’Univers sont évidemment exclues.

Futura-Sciences : Lorsque l’on mesure, dans toutes les directions de l’espace, l’intensité du rayonnement fossile, et que l’on effectue une sorte de moyenne, on trouve une courbe avec des pics et des oscillations : il s’agit de la fameuse variance cosmique qui dépend de l’échelle de résolution angulaire avec laquelle on analyse le rayonnement fossile.

Le spectre de cette courbe est une sorte de carte d’identité d’un Univers de forme et composition donnée, de même que le spectre d’un atome ou d’une molécule peut servir à l’identifier. Après la publication des données de WMap, c’est bien à ce niveau là que vous avez trouvé les premiers indices en faveur du modèle PDS que vous avez étudié avec vos collègues depuis quelques années ?

Jean-Pierre Luminet : Tout à fait ! Au début de la courbe de la variance cosmique, on constatait en 2003 que deux modes, dits quadripolaires et octopolaires, étaient moins présents que prévu dans le cadre du modèle de concordance. Or, c’est précisément le genre de choses auquel on doit s’attendre avec un Univers de taille finie, plus petit que l’horizon cosmologique. Cela correspond à l’absence des grandes longueurs d’onde dont j’ai parlé précédemment.

Le raffinement des mesures de WMap, au bout de trois années d’observations, a fait disparaître le désaccord entre la mesure du mode octopolaire et les prédictions du modèle de concordance mais le problème persiste toujours avec le mode quadripolaire : c’est un argument sérieux en faveur de notre modèle.

Futura-Sciences : Avec vos collègues (S. Caillerie, M. Lachièze-Rey, R. Lehoucq, A. Riazuelo, et J. Weeks), vous présentez votre modèle cosmologique comme une alternative au modèle de concordance, en particulier parce que vous pouvez être en meilleur accord avec le spectre de puissance du rayonnement fossile fourni par WMap que celui-ci. Toutefois, d’autres observations, comme les supernovae et les collisions entre amas de galaxies, indiquent la présence d’énergie noire et de matière noire. Cela est-il là aussi compatible avec votre théorie ?

Jean-Pierre Luminet : Nous avons évidemment étudié la question et, non seulement notre modèle incorpore la matière noire et l’énergie noire, mais il le fait avec des proportions identiques à celles du modèle de concordance. Il y a donc compatibilité avec les autres contraintes observationnelles que vous mentionnez.

Futura-Sciences : Le modèle dodécaédrique de Poincaré possède une topologie rigide, cela veut-il dire qu’il fixe la densité totale de l’Univers ?

Jean-Pierre Luminet : Non, la densité de 1,018 que nous avons obtenue est celle qui permet l’ajustement le plus précis avec les données de WMap. Néanmoins, comme je vous l’ai dit, le PDS exige une courbure positive pour l’Univers. Cela signifie que la densité totale doit bien être supérieure à 1, sans quoi notre modèle serait réfuté par les observations.

Futura-Sciences : Dans votre cours de cosmologie [téléchargeable en fichier PPS, NDLR], vous parlez d’une autre contrainte sur la densité totale dans le modèle PDS: elle ne doit pas être inférieure à 1,009. Si cela était le cas, comme la future mission Planck le révélera peut-être, le PDS serait-il là aussi réfuté ?

Jean-Pierre Luminet : A strictement parler, non. En fait, il existe un intervalle de valeurs, pour la densité totale, qui correspond à des Univers dodécaédriques dans lesquels leur taille est plus petite que l’horizon. Dans ce cas, il est possible de savoir si nous sommes dans un Univers décrit par le modèle PDS. Dans le cas contraire, pour des valeurs en dehors de cet intervalle, notre Univers pourrait toujours être décrit par le modèle PDS mais sa taille serait supérieure à son horizon, et nous ne pourrions donc pas le départager d’autres modèles d’Univers, comme le modèle de concordance Lambda CDM.

Futura-Sciences : Le PDS est clos, avec une densité supérieure à la densité critique. Cela veut-il dire que son destin est de finir dans un Big Crunch ?

Jean-Pierre Luminet : Pour autant que nous le sachions, non, car l’énergie noire l’accélère exactement comme dans le cas du modèle de concordance. Il devrait donc continuer son expansion pour l’éternité.

Futura-Sciences : Andrei Linde et sa femme Renata Kallosh ont tout de même proposé récemment que la valeur de la constante cosmologique puisse changer dans le futur. En utilisant certains modèles de supergravité, ils montrent que, même si l’Univers est plat, il pourrait néanmoins changer de régime d’expansion dans un futur assez proche, quelques dizaines de milliards d’années, et s’effondrer pour donner un Big Crunch. Pensez-vous qu’une telle chose soit transposable au modèle PDS ?

Jean-Pierre Luminet : Cela me semble tout à fait possible. En fait, la dynamique temporelle [document téléchargeable en PPS, NDLR] (c'est-à-dire le fait que l’univers soit en expansion perpétuelle ou en expansion-contraction par exemple) est totalement découplée du problème topologique de la forme de l’espace.

Futura-Sciences : De prime abord, l’idée d'un espace aux formes polyèdriques semble assez surprenante et sans véritable justification. Pourtant, on sait que dans le cadre de la théorie des cordes, des objets aussi étranges que des espaces de Calabi-Yau, et surtout des orbifolds, sont plus ou moins des nécessités pour la cohérence de la théorie.

Vous avez attiré l’attention sur le fait que cela est un bon argument pour considérer que notre espace macroscopique puisse être topologiquement compliqué, car il ne serait qu’une partie, entrée en expansion, d’un espace à 10 ou 11 dimensions du type de ceux de la théorie des cordes. Cela fait-il de vous un partisan de la théorie des cordes ?

Jean-Pierre Luminet : C’est un peu plus compliqué que cela. A vrai dire, je n’ai pas d’opinion fixée sur la théorie des cordes et ce que j’en pense est encore en évolution. J’ai bien sûr trouvé la théorie des cordes très intéressante mais, avec le temps et les difficultés qui s’accumulent, comme avec le problème du Landscape (véritable pied de nez au critère de Popper), j’ai pris quelque distance avec elle et je m’interroge. Ceci dit, je ne serai pas aussi négatif à son sujet que des gens comme Lee Smolin ou Peter Woit.

Futura-Sciences : Justement, le fait que l’espace macroscopique puisse avoir la topologie du modèle PDS ne pourrait-il pas servir de contrainte supplémentaire pour résoudre ce problème du Landscape et, si la théorie des cordes est la bonne, aboutir ainsi à des prédictions testables pour les masses des particules par exemple ?

Jean-Pierre Luminet : On peut sans doute se poser la question et cela serait bien sûr formidable si cela arrivait, mais, dans l’état actuel de la théorie des cordes, il ne me semble pas évident du tout qu’on puisse y trouver la réponse, si toutefois elle y est contenue !

Futura-Sciences : Revenons aux observations du rayonnement fossile. Au début de la courbe de la variance cosmique prédite par le modèle PDS, c'est-à-dire aux grandes longueurs d’onde, on voit que celle-ci oscille, contrairement à celle du modèle de concordance (voir la figure 3). Lorsque le satellite Planck sera lancé, et qu’il aura mesuré plus finement la variance cosmique, le gain de résolution acquis permettra-t-il d’observer ces oscillations et donc de lever la dégénérescence entre PDS et de concordance les deux modèles, PDS et de concordance, autrement dit mieux les départager ?

Jean-Pierre Luminet : Malheureusement non. Planck va donner des informations aux courtes longueurs d’ondes, à l’autre bout de la courbe de la variance cosmique. Le meilleur espoir que nous ayons, c’est d’arriver à extraire du signal que donnera Planck, les fameuses corrélations sous forme de cercles que Boudewijn Roukema et ses collègues semblent déjà voir avec les données de WMAp.

Ce ne sera pas facile, il faudrait un rapport signal/bruit d’au moins 5 sigma pour que les corrélations observées soient vraiment vues comme une preuve du modèle PDS. Pour le moment, et même si c’est encourageant, ce rapport est de 2 sigma environ.

Futura-Sciences : Une dernière question. Quid de l’inflation avec un modèle PDS ? Elle ne s’impose plus, et même, est-elle compatible avec ce genre de modèle de petit Univers ?

Jean-Pierre Luminet : C’est une vaste question. Tout d’abord, il n’est pas vrai que le PDS permette de se passer de l’inflation pour expliquer l’homogénéité de l’Univers. Pour cela, il faudrait que celui-ci soit vraiment plus petit que ce que nous disent d’autres observations. Le point qui me semble le plus important, pour ce qui concerne la théorie de l’inflation, est qu’elle produise naturellement le bon spectre de fluctuations primordiales, et ce pour expliquer la formation des galaxies et leur rassemblement en amas pour donner les structures à grande échelle que nous observons. Toutefois, il ne faudrait pas croire que cela soit la seule possibilité. Il existe des alternatives à l’inflation qui produisent, elles aussi, un bon spectre de fluctuations.

Si l’inflation a bien eu lieu, elle ne peut pas avoir été trop importante dans le cadre d’un modèle PDS plus petit que l’horizon. En terme technique, l’e-folding, la puissance de l’exponentielle donnant la valeur de l’étirement de l’espace lors de la phase inflationnaire, devrait être de l’ordre de 60 environ. Ce résultat est en fait assez général pour des Univers clos. Rappelons que dans le cas de la théorie de l’inflation chaotique, l’e-folding est plutôt de l’ordre de 1012 .

Il se trouve qu’Andrei Linde a étudié des modèles clos et à topologie multiplement connexe. Il a montré que moyennant quelques ajustements fins, ceux–ci étaient parfaitement compatibles avec l’inflation. Il a étudié en particulier des modèles clos dont la courbure est nulle, voire négative, mais avec une topologie non triviale. Sa conclusion est que ce genre de modèle pourrait être la règle plutôt que l’exception dans le cadre de la cosmologie quantique. La théorie de l’inflation est extraordinairement flexible, peut-être trop d’ailleurs...

http://www.futura-sciences.com/fr/sinformer/actualites/news/t/astronomie/d/interview-jean-pierre-luminet-explique-le-modele-de-lunivers-fini_14589/

bigboloss
bigboloss
Niveau 10
01 juin 2008 à 09:34:26

L'Univers pourrait être en forme de tore selon WMap

L’Univers est-il de taille finie et en forme de tore ? C’est en tout cas ce que semble autoriser les données concernant le rayonnement de fond diffus fournies par WMap 3, d’après un groupe de chercheurs allemands. Une telle possibilité avait déjà été explorée par un groupe de chercheurs français autour de Jean-Pierre Luminet.

Frank Steiner est à la tête d’un groupe de recherche à Ulm en Allemagne, là où Albert Einstein, le père de la théorie de la relativité, était né il y a plus d’un siècle. Une nouvelle révolution dans notre vision du cosmos sera-t-elle à nouveau originaire de cette ville ?

Comme l’ont fait récemment Jean-Pierre Luminet et ses collègues, le groupe de chercheurs de Ulm a calculé la forme du spectre des fluctuations de température du rayonnement fossile dans un Univers de taille finie et à la topologie multiplement connexe. A la différence des chercheurs français qui se sont basés sur un Univers à courbure positive, le dodécaèdre de Poincaré, Steiner et son équipe ont utilisé le modèle d’Univers chiffonné le plus simple à imaginer : un tore à trois dimensions. Bien que difficilement visualisable, l’objet n’est que la généralisation à 3 dimensions d’une forme simple, celle du pneu (voir la dernière image en bas de l'article).

Sa courbure est nulle, ce qui veut dire que les théorèmes de la géométrie euclidienne y sont toujours valables. En revanche, comme le modèle de Poincaré 3D, il autorise l’apparition de cercles de corrélations dans le rayonnement fossile ainsi que la multiplication d’images fantômes des galaxies faisant croire que le cosmos est infini.

Surprise ! Comme dans les travaux récents de Jean-Pierre Luminet, les calculs collent précisément avec les observations de WMap 3. L’absence de grandes longueurs d’onde dans la variance cosmique se retrouve à nouveau naturellement et s’explique comme une limite à la taille des fluctuations de température dans le rayonnement fossile, imposée par un univers clos, donc fini. Le modèle LambdaCDM avec un univers infini échoue toujours, rappelons-le, à retrouver ce déficit en longueurs d'onde (voir la courbe ci-dessous).

A l’appui de leur théorie, les cosmologistes allemands font remarquer que dans le cadre de la cosmologie quantique, et comme l’avait déjà souligné Andrei Linde, l’un des pères de la théorie de l’Inflation, la "naissance" d’un univers en forme de tore est bien plus probable que celle d’un Univers fini sphérique ou au contraire plat mais infini. Il est vrai que la cosmologie quantique introduite dans les années 1960 par John Wheeler doit encore faire ses preuves et n’est pour le moment qu’une spéculation séduisante de théoriciens mais cela donne à penser.

Dans le cadre de celle-ci, le début de l’univers peut être compris comme la transition quantique par effet tunnel entre un état physique dominé par la gravitation quantique, et où ni l’espace ni le temps n’ont leurs propriétés normales (voire cessent d’exister si ce n’est sous une forme virtuelle avec un temps imaginaire) et un état classique avec notre géométrie spatio-temporelle habituelle. L’apparition d’une géométrie compacte et plate semble alors plus probable, comme Linde l’a soutenu dans ses travaux de cosmologie quantique.

Dans quelques années, les données du satellite Planck aideront peut-être à y voir plus clair. En attendant, les théoriciens continueront à jouer les démiurges en inventant sur ordinateurs et sur le papier de nouveaux univers..

http://www.futura-sciences.com/fr/sinformer/actualites/news/t/astronomie/d/lunivers-pourrait-etre-en-forme-de-tore-selon-wmap_15659/

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 01 juin 2008 à 11:27:55

Je ne peux que conseiller son livre "L'univers chiffonné" qui est une bonne vulgarisation du sujet.

Ce petit programme permet de visualiser les images que l'on peut obtenir si nous vivions par exemple dans un univers dont la topologie serait celle d'un dodécaèdre de Poincaré (topologie avancée comme probable par Luminet).

http://www.geometrygames.es.org/CurvedSpaces/index.html

Normalement, à la fin de l'année, un nouveau satellite sera lancé pour donner des images largement meilleures (encore!) que celle de WMAP.

bigboloss
bigboloss
Niveau 10
01 juin 2008 à 12:37:21

sympa ton site :ok:

par contre notre univers serait plus un tore qu'un espace dodecaedre d'après les dernières donnés

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 01 juin 2008 à 13:14:21

On n'a pas encore tout à fait les moyens de trancher, pas tant qu'on aura pas des données plus précises sur le fond diffus.

http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=5044

Par exemple, dans cette news, on dit que la probabilité que le fond diffus reproduise la configuration plausible pour le dodécaèdre de Poincaré uniquement par hasard est de 7%

Vivement de nouvelles données! :coeur:

Albert_Hoffman
Albert_Hoffman
Niveau 10
02 juin 2008 à 09:15:14

Doit-on en conclure que Dieu est Homer Simpson ?

Space_
Space_
Niveau 9
06 juin 2008 à 13:17:27

L'Univers est plat et infini, mais en expansion.

Source: Le Modèle standard

[TaO]
[TaO]
Niveau 10
06 juin 2008 à 14:44:23
  1. Albert_Hoffman Voir le profil de Albert_Hoffman
  2. Posté le 02 juin 2008 à 09:15:14 Avertir un modérateur
  3. Doit-on en conclure que Dieu est Homer Simpson ?

C'est en effet plus que probable :rire: :rire:

tbop2
tbop2
Niveau 10
08 juin 2008 à 18:46:13

Moi j'ai toujours entendu qu'il pouvait s'apparenter à une gigantesque bouteille de Klein.

FlyingPhantom01
FlyingPhantom01
Niveau 10
08 juin 2008 à 21:31:23

Je rappelle qu'on est à la recherche de modèles mathématiques pouvant prétendre correspondre aux données qu'on a de l'univers pour pouvoir lui donner une forme. Il peut donc avoir plusieurs solutions.

:ok:

bigboloss
bigboloss
Niveau 10
09 juin 2008 à 11:19:45

Oui,selon les dernières donné la forme de Tore est la plus probable mais un dodecaedre avait aussi était évoqué comme forme possible

dnob700
dnob700
Niveau 10
09 juin 2008 à 21:22:39

...

bigboloss
bigboloss
Niveau 10
09 juin 2008 à 22:46:07

sa veut dire quoi ces trois petits points?

dnob700
dnob700
Niveau 10
09 juin 2008 à 23:01:18

ça veut dire que je crois que personne ici (à commencer par moi) ne comprend cette discussion.

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