Vous me faite pensez a ça:
On demandait un jour à Einstein d’expliquer sa théorie de la relativité en des termes tels qu’un individu de base puisse le comprendre ;
« Eh bien, répondit il, je me trouvais un jour à la campagne, à me promener avec un de mes amis qui était aveugle. La journée était chaude,et je lui dis que j’aimerais bien me rafraîchir en buvant un grand verre de lait froid.
Du lait ? me répondit mon ami ; boire et froid,je comprends,mais qu’est ce que le lait ?
Un liquide blanc, lui répliquai je.
Liquide, je comprend, mais qu’est ce que blanc ?
C’est la couleur des plumes du cygne.
Plume, je comprends, mais qu’est ce qu’un cygne ?
Un oiseau avec un cou coudé
Cou, je comprend, mais qu’est ce que coudé ?
Avec délicatesse, je lui pris le bras, et je le lui tendis : « comme ça, c’est droit, lui dis je ; après je le lui fis plier à la jointure: ça, c’est coudé.
Oh s’exclama l’aveugle , maintenant je comprend ce que vous entendez par « lait ».
Comment mieux exprimer que dans cette parabole de l’absurde ,les difficultés qu’impliquent l’absence de capacité à lire, comprendre ou entendre les discours auxquels nous voulons accéder, et qui nous résistent?
J’ai toujours eu un peu honte de ne pas saisir l’extrême abstraction de la mathématique, aussi bien que le discours de certains philosophes.
Pour ces derniers, je peux toujours exciper du fait que leur vocabulaire participe d’une catégorie arbitraire et absconse ; voire qu´ils expliquaient mal ce qu’ils ne pouvaient formuler simplement, faute de le saisir eux mêmes.
Pour les mathématiques, il s’agit là, quoiqu’en disent certains éminents pédagogues, d’une inaptitude à capter des formes d’abstraction, qui comme la cécité, résistent à toutes thérapeutiques.
Avec beaucoup de doigté, l’éminent physicien nous dit que si nous sommes aveugles, nous ne pouvons voir ; et que nos efforts ne sauraient mener qu’à une fausse compréhension.
C’est un constat terrible, à une époque où l’on voudrait bien tout saisir, d’accepter que des éléments du savoir nous échappent.
« Heureux celui qui à compris qu’il ne fallait pas chercher à comprendre » déclarait Socrate.
A cette horrible affirmation sommes nous a jamais condamnés ?
