Aphatie : Certaines universités françaises vont entrer dans leur quinzième semaine de désordre. Parmi les causes de ces désordres, le décret qui réorganise la formation des futurs professeurs ; et une rumeur dit, Xavier Darcos, que vous pourriez modifier ce décret cette semaine. Vrai ou faux ?
Darcos : Non. Nous sommes en discussion. L'affaire est compliquée à comprendre du grand public, n'est-ce-pas. Il s'agit de savoir si oui ou non on va recruter les professeurs à bac + 5. Tout le monde est d'accord. C'est comme ça dans tous les pays développés et ça permettra surtout d'améliorer les débuts de carrière des enseignants. Ils seront mieux payés. Or, aujourd'hui, ils sont recrutés pour la plupart d'entre eux à bac + 3. Comment passe-t-on de bac + 3 à bac + 5.
Bac + 3 en 2009 ; Bac + 5 en 2011. Comment fait-on entre les deux ? Donc, c'est la question que nous posons aujourd'hui. Nous avons déjà décidé de maintenir les épreuves, les mêmes que celles de naguère pour éviter que les préparations soient troublées. Maintenant, nous essayons de voir comment ceux qui seront dans l'intermédiaire en M1, c'est-à-dire en quatrième année, comment nous pourrons ou pas les recruter. Ce sont des questions qui sont aujourd'hui en discussion. Mais ça a toujours été l'objet de la discussion de fond.
Aphatie : Mais vous espérez sortir quand même de tous ces troubles, cette semaine, en proposant des choses ou vous n'en proposerez pas de nouvelles aux partenaires syndicaux ?
Darcos : Mais nous ne faisons que cela. Il y a une commission même qui a été mise en place, qui est présidée par le recteur de Bordeaux, monsieur Marois et le président de Toulouse Mirail, monsieur Fillastre qui accompagnent les suivis de la réforme. La discussion n'a pas cessée. De toute façon, vous voyez bien, Jean-Michel Aphatie, ne tournons pas autour du pot, que dans les vingt universités qui sont -pour partie- encore troublées sur 85, il ne s'agit pas de savoir si on est pour ou contre ceci ou cela, il s'agit de quelques dizaines d'individus qui bloquent les établissements et qui font que les élèves les plus modestes, ceux qui financent leurs études, ceux qui ont besoin d'avoir leur diplôme avant l'été, ceux dont les familles se saignent aux quatre veines pour leur payer des études, eh bien ceux-là, ils seront dans une difficulté énorme. Ils ne pourront pas peut-être valider leur semestre.
Aphatie : Les blocages qui persistent ne sont pas légitimes, selon vous aujourd'hui, Xavier Darcos ?
Darcos : Les blocages qui persistent nuisent aux étudiants les plus fragiles. Et pensez aux étudiants étrangers ! Aujourd'hui, il y a des étudiants qui vont avoir des diplômes partout, des diplômes prestigieux. Ils sont à Princeton, ils sont à Cambridge, ils sont à Law Down School of Economics, ils sont à Madrid's, ils sont à Hambourg et ils ne sont plus dans certaines de nos universités et tout cela est extrêmement grave. Je dis d'ailleurs à ces bloqueurs : méfiez-vous ! parce que l'opinion se retourne, les étudiants ne supportent plus, les familles non plus ; et il n'y aura pas de diplôme, il n'y aura pas de licence ès-grève, de mastère en pétition ou de doctorat en blocage. Donc, on ne donnera pas de diplôme à ceux qui auront fait en sorte que les universités ne fonctionnent pas.
