ça s´appelle hyper tension (crank)
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18721247&cfilm=108842.html
Depuis quelques temps, le cinéma d´action est tombé dans une routine lassante, et depuis Une Journée en Enfer du père McTiernan, on ne voit plus de grands chefs-d’œuvre du genre. Malgré une nouvelle vague qui émerge avec le cinéma asiatique et Hong Kong, notamment avec Johnnie To qui s´exporte très bien avec des excellents films comme Breaking News ou Exiled; aux USA, le genre se limite presque aux direct-to-video de JCVD et autres Wesley Snipes, et les quelques grands noms qui reviennent au cinéma sont en demie teinte (le plutôt anecdotique 16 Blocs de Richard Donner). Rares sont les films qui marquent le public, exceptés les productions Bruckheimer et les films de Tony Scott qui essaye d´innover visuellement avec Domino et Man on Fire, aux succès mitigés (ou des « trucs » proches comme l´excellent Running Scared de Wayne Kramer). Le succès de séries télé telles que 24 pourrait pourtant laisser penser que l´action a encore de beaux jours devant elle, mais à Hollywood, on a pas l´air de penser pareil (surtout que 24 au cinoche, c´est pour bientôt). Que manque t’il aux auteurs et aux réalisateurs ? Shane Black s´est barré faire cavalier seul avec son très sympathique Kiss Kiss Bang Bang, McT n´a rien fait depuis le moyen Basic… Le film qui relancera le genre est donc attendu, celui qui redonnera l’envie de se prendre une baffe dans la gueule sans se taper les extra-terrestres de Spielberg, les femmes stériles de Cuaron, les flics corrompus mafieux de Scorsese ou encore les super héros de... Avi Arad. Un film d´action avec des mecs vénères, du dialogue bien écrit, du gunfight et du fun, surtout du fun.
Crank se pose donc là, en outsider du genre, arrivant comme un cheveu sur la soupe avec son concept complètement barré et ses allures de trip cocaïné de geeks mal léchés. La nouvelle génération de film d´action est-elle là ? C´est la question qu´on peut se poser en regardant Crank, enfin, une des questions qu´on peut se poser, l´autre étant « What the fuck ? », tant le premier film des jeunes Mark Neveldine et Brian Taylor (qui ont tous deux bossé sur les effets spéciaux du nanardesque Biker Boyz) est un véritable OFNI du cinéma d´action. Surtout que les deux zigotos ont l´air d´avoir parfaitement compris le business et d´avoir bien digéré leurs influences. « A Los Angeles, un tueur à gages déchaîné se lance dans une course contre la montre pour trouver le remède au poison qui lui a été inoculé ». Pari difficile il est vrai, de faire tenir un film d´une heure trente sur cette idée, et bien que nenni ! Déjà, on va pas s´emmerder à le faire trop durer, une petite heure vingt suffit, le tout super bien introduit et expliqué à travers une narration maligne. Comme le concept peut le laisser penser, ça va à 100 à l´heure, on ne s´emmerde pas, et dans les rares passages où il n’y a pas d´action, on nous explique l´histoire à travers des dialogues assez bien écrits et franchement drôles, avec lesquels les acteurs semblent bien se marrer. On retrouve le méchant qui cabotine, la jolie fille un peu con, et le héros qui sort une punchline toutes les 5 minutes : « Does it look like I got cunt written on my head ? Who do you think you are fucking with?» ). Old school quoi ! L´ombre de McTiernan n’est pas bien loin, et on sent que les mecs aiment le genre et savent faire de l´action. Les scènes sont pour la plupart du temps assez lisibles malgré des effets un peu pénibles, c´est bourré de bonnes idées, il y a des plans très bien foutus, et le rythme est toujours bien géré, permettant au concept d´être exploité pleinement, et ce, jusqu´au bout. Niveau réalisation, on peut donc reprocher une certaine tendance aux effets « clipesques », trop d’accélérés, de ralentis, des trucs de djeunz quoi, mais ça ne fait que servir le speedario (speed scenario, faut vite que je dépose ce terme) avec son héros au coeur sous tension, qui risque de mourir au moindre coup d´arrêt. Evidemment, tout est bon pour le faire courir le petit Jason, et ce ne sont pas les idées qui ont manqué aux deux jeunes réals. Braquages de bagnoles, cassages de gueules, violence gratuite, gestes obscènes, et gunfights chez les gangs, c´est un véritable enchaînement de scènes cultes qui trouvent leur apogée dans une scène de sexe en plein Chinatown complètement surréaliste et assez ultime, tout comme le fight final, complètement « nawakesque ».
Crank est un vrai film générationnel, il ressemble presque à une adaptation ciné de GTA. L´ambiance gangster survoltée, la violence gratuite, les méfaits, tout y est. Et puis Neveldine et Taylor se permettent quelques petits trucs assez surprenants comme l´utilisation de Google Earth pour montrer la localisation des différentes scènes, moyen original, efficace et assez drôle quand on connaît le logiciel. On peut presque qualifier le film de « geekesque » avec toutes les références qu´on peut y trouver, et cette ambiance jeu vidéo qui fera sourire les connaisseurs (et puis Brian Taylor ressemble à Moby musclé et énervé). Toujours dans ce décalage, la romance entre la mimi Amy Smart et Statham fonctionne à merveille, les dialogues sont incisifs, et la conclusion de leur relation est réussie, touchante tout en restant dans le ton du film. Si Tony Scott (l´idée du texte sur l´écran rappelle beaucoup Man on Fire d´ailleurs) avait doublé sa dose de coke après Domino tout en jouant à GTA, le résultat aurait sûrement ressemblé à Crank, un actioner survolté comme on en voit peu, qui ne ressemble qu´à lui-même. Les deux jeunes acolytes nous servent ici une ode au mauvais goût bien ancrée dans son époque, et même si Crank est quand même loin d’atteindre le niveau des grands films du genre (comme dirait Waco « Crank est à lui tout seul la fin du cinéma »), il reste le film idéal à se mater de temps en temps avec les potes, la bière à la main (mais attention, ça fait mal à la tête !) .
Note : 5/6