Le géant des logiciels a perdu 24 milliards d’euros de capitalisation boursière en quelques heures. Il va investir davantage pour lutter contre Yahoo! et Google.
UNE SANCTION brutale. Microsoft a perdu 23,78 milliards d’euros (30 milliards de dollars) de valeur boursière vendredi soir. Le groupe fondé par Bill Gates ne valait plus que 198 milliards d’euros à la clôture de Wall Street. Son action a chuté de 11,47 %, à 24,15 dollars (19,12 euros), en quelques heures. Elle est tombée à son niveau de mars 2005. Les investisseurs ont sanctionné le géant du logiciel car celui-ci a lancé un avertissement pour le prochain exercice 2006-2007 qui débute le premier juillet. Il a prévenu que son résultat par action serait inférieur d’environ 10 % à ce que les analystes attendaient. Il table sur un bénéfice par action variant entre 1,36 dollar et 1,41 dollar alors que le marché tablait sur 1,53 dollar par action. Il doit en effet investir massivement dans l’Internet pour résister à la montée en puissance des Yahoo! et Google et pour espérer attirer les investissements publicitaires indispensables à la bonne santé de ses services en ligne. Car la bataille pour l’Internet est plus que jamais une affaire de grands groupes rivalisant d’imagination technologique et marketing pour attirer des budgets publicitaires de plus en plus importants.
Chacun cherche la parade la plus efficace. Time Warner, le premier groupe mondial de communication, a fait entrer en décembre dernier Google à hauteur de 5 % dans le capital de sa filiale Internet AOL pour lui redonner un nouveau souffle. Fin avril, le Wall Street Journal a évoqué des discussions entre eBay, le numéro un mondial des ventes aux enchères, Yahoo ! et Microsoft. Ces négociations auraient débuté à l’automne 2005.
L’objectif : stopper l’irrésistible montée en puissance de Google dont le redoutable moteur de recherche est actuellement la machine la plus efficace pour attirer les annonceurs. « Il est clair pour nous que Microsoft est confronté à son virage le plus stratégique en près de dix ans, alors que les services Internet semblent prêts à bousculer la place centrale du PC dans l’informatique », juge un analyste de Credit Suisse First Boston (CSFB).
Ebranlé, le géant américain a une capacité de rebond peu commune. Il avait totalement ignoré l’Internet quand celui-ci a commencé à envahir la planète. Ses moyens financiers lui ont permis de rattraper son retard et de mettre à mal les start-up qui le menaçaient. Cette capacité à imposer ses choix explique qu’il soit dans la mire de la Commission européenne plus décidée que jamais à briser son monopole. Le numéro un mondial du logiciel ramasse ses forces avec un objectif simple : stopper ses foyers de pertes et rendre ses produits plus indispensables que jamais. Car Microsoft perd de l’argent dans plusieurs secteurs. Il n’en gagne toujours pas avec sa console de jeux vidéo Xbox 360. Son service en ligne MSN accuse une perte d’exploitation trimestrielle de 26 millions de dollars, alors que ses ventes reculent de 3 %. Résultat, il attire moins de recettes publicitaires que ses concurrents. « Les recettes liées aux recherches sur MSN ont reculé de manière inattendue » au dernier trimestre, constate Joe Wilcox, du cabinet d’études Jupiter Research.
Source: http://www.lefigaro.fr