arguments au lieu de débiter tes conneries
à mon tour : attention
Que penser d´un film comme "Silent Hill" ? Voilà une oeuvre singulière...
Première chose, on ne peut pas nier la générosité de Gans. A l´écouter parler de ciné, on ne peut pas remettre en question son amour pour le 7ème art en général, et pour notre genre préféré en particulier. Il n´y a qu´à écouter son commentaire audio sur "Le pacte..." (où il reconnait les abus de références et les défauts de son film), ou son interview sur le dvd de "Assault on precinct 13" pour le comprendre. Quant au côté prétentieux qu´on lui reproche, je pense simplement qu´il est tellement passionné qu´il lui arrive effectivement de s´emporter. M´est avis qu´il ne faut voir dans ses propos "prétentieux", que l´expression d´un amour si fort qu´il se rapproche d´une certaine forme de naïveté. L´érudition en moins, je suis moi-même un peu pareil(entendre : je gonfle ceux que j´aime parce que je parle ciné en permanence).
Dans "Crying Freeman" et "Le pacte des loups", cet "excès de passion" se traduisait par une avalanche de références pas toujours très heureuses, par contre, dans "Silent Hill", ça se traduirait plutôt par le désir de faire, simplement, le meilleur film possible, sans le bourrer de clins d´yeux et de références à outrance, ce qui aurait de toute façon fini par lui nuire.
En fait, comme Gans le dit lui-même, il s´agît probablement là du premier de ses films où il s´est "contenté" de faire son travail, c´est à dire de mettre en scène, selon ses propres idées.
De ce point de vue, "Silent Hill" est une réussite totale. Le film est d´une grande beauté plastique. Au travers de beaux mouvements de caméra, à la fois simples , sobres, et terriblement efficaces, Gans s´applique surtout à créer une ambiance, une atmosphère, faite de mystère et d´une grande impression de malaise.
Malaise car Silent Hill resemble à une ville malade, entre ses rues désertes, ses bâtiments à l´abandon, ses créatures, humaines ou non, mais aussi grâce à cette incessante pluie de cendres. Une idée esthétique, et scénaristique, étonnante et particulièrement bien trouvée (peut-être due au jeu ?) , donnant à la ville un aspect à la fois très beau, et très étrange, hors du temps (probablement l´effet recherché).
Bien sûr, cette réussite n´est pas à mettre au seul crédit de Gans. La direction artistique est superbe (décors, maquillages, sfx...), et la photographie également, mais ce film restera sans doute comme celui de la "mâturité" pour son réalisateur.
D´autant qu´il prend quand-même quelques risques, scénaristiquement et visuellement parlant.
Je pense bien sûr à un final étonnament gore et malsain pour une production de cette ampleur et plus particulièrement aux plans montrant l´enfant danser sous une pluie de sang. Les enfants étant le plus souvent epargnés dans les films d´horreur, voilà une scène plutôt surprennante, d´autant que le scénario ne renie pas non-plus l´aspect symbolique de l´enfance (l´innocence), et en joue même dans un joli contraste, en faisant d´une petite fille la représentation du mal pur et simple (carrément le diable, si j´ai bien compris).
Risque aussi dans la présence d´un bestiaire franchement sadique et malsain, créé à partir de tortures corporelles infligées à grands coups de barbelés. Toutes les créatures sont du plus bel effet. On peut critiquer la rareté de leurs apparitions, mais cela participe bien sûr de leur efficacité.
Maintenant, le film n´est pas non-plus exempt de défauts. En fait, le principal qui me vienne à l´esprit, c´est que, pour une adaptation du jeu"le plus flippant de la création" comme on l´a souvent entendu dire, eh ben, le métrage de Gans ne file pas vraiement la pétoche. Oh, on a bien le trouillomètre qui grimpe à plusieurs reprises, mais ça ne flirte pas avec les cimes atteintes par un "Ring" ou un "Projet Blair Witch" (moi, la première fois, j´ai dû changer de slip en sortant de la salle), ou encore "Jeepers Creepers".
Bon, ma chère et tendre m´a dit qu´elle avait eût peur, elle, et elle en a vu d´autres (dont les exemples suscités), alors je sais pas, c´est peut-être moi. C´est possible, j´ai découvert "Darkness", de Balaguero, hier, et, même si je l´ai beaucoup aimé, ça n´a pas été la grosse trouille non-plus... Merde, j´espère que je ne suis pas blasé. Pitié les gars, dites moi que je ne suis pas blasé, je veux pas être blasé...
Revenons à nos moutons. Si Gans voulait faire le film de trouille ultime, c´est raté. Mais je me pose la question. L´oeuvre donne plus l´impression d´être une sorte de conte, avec ce que ça comprend de cruauté et de symbolisme, qu´un pur film d´horreur.
Autre point, qui n´est en aucun cas un défaut, une influence assez marquée de l´horreur "à la japonnaise", somme toute normale à une époque où les films les plus réussis et originaux du genre proviennent effectivement du Japon, et dans la mesure où les jeux sont eux-mêmes développés par une équipe japonnaise.
Logique donc que certains éléments de "Silent hill" soient directement issus du cinéma de là-bas. A commencer par les personnages principaux, toutes des femmes (à ce titre, le mari ne parviendra jamais à aider qui que ce soit dans le film, malgré tous ses efforts, mais a tout-de-même son importance dans la mesure où il représente la réalité). Des personnages féminins par ailleurs très forts.
La base même de l´histoire rappelle les deux superbes réussites de Hideo Nakata, "Ring" et "Dark water", qui racontaient eux aussi une histoire tournant autout de fantômes, de malédictions, et dans lesquelles déjà une mère se battait corps et âme pour sauver son enfant.
Enfin, l´aspect physique de "la sorcière" semble lui aussi d´inspiration japonnaise, et rappelle beaucoup les clochards du "Gemini" de Tsukamoto.
Bref, au-delà d´une adaptatio probablement très réussie des jeux vidéos, Christophe Gans signe un film plus mûr, plus aboutis que ses précédentes oeuvres, nous faisant découvrir un univers magnifique et fascinant (on sort de la salle avec une furieuse envie de se mettre aux jeux, ou d´aller voir "Silent hill 2"). Un film qui marquera surtout par son aspect "conte de fées" complètement assummé, ainsi que par une esthétique du macabre partuculièrement troublante, fascinante, et attachante.
En sortant de Silent hill, on a qu´une envie, c´est d´y retourner...
Merci à Christophe Gans pour sa sincérité et sa passion.