Une légende, un phénomène… Depuis son annonce en mars 2005 par Kojima lui-même lors d'une conférence de presse donnée à Berlin, tous les cœurs des joueurs se sont mis à battre à l’unisson. Avec son arrivé imminente, les tests pleuvent, les enjeux sont énormes. Mais quelque chose d’autre s’installe dans mon esprit, un sentiment personnel, certes, mais l’idée que la fin de cette quadrilogie signe aussi la fin d’une période.
Et si MGS 4 était la fin d’une époque, celle « des jeux à la PlayStation » ? Au-delà du débat de savoir si ce nouvel épisode de Snake va sauver la PS3, je m’interroge sur la place de ce dernier volet dans le monde du jeu vidéo actuel. Car mine de rien, et avant même sa sortie nous pouvons le qualifier de « jeu étape ». Mon but et de faire une projection de l'après MGS 4 dans l'histoire du jeu vidéo. Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots signe la fin de quoi et le début de quoi ? Pour cela nous allons d’abord nous interroger sur deux points importants qui sont le crépuscule des grands jeux solos scénarisés et la fin du jeu vidéo à la japonaise. Enfin, nous terminerons sur cette question : de quoi va-t-on parler maintenant que le suspense de plusieurs années s'est terminé ?
Toute personne qui traîne l’oreille sur Internet et qui a pu goûter aux saveurs du chouchou d’Hideo Kojima, sait que Metal Gear brille de par son scénario ultra poussé. Une qualité mais aussi un défaut. Une dualité dans un débat, pour ou contre l’hyper-scénarisation, qui peut servir de point focal par rapport à la situation du jeu vidéo actuel.
Lorsque l’on parle de MGS, on pense instinctivement au cinéma et aux cinématiques, mais aussi, aux grandes aventures solo, celle qui nous font vivre une histoire, qui transcendent le « jeu ». Par commodité j’y intègre aussi les RPG et les survival horror scénarisé. Un genre qui, mine de rien, pullulait sur PlayStation et PlayStation 2. Un genre qui tend à disparaître actuellement face au coup de développement de ceux-ci.
Les jeux solo à grande charge narrative coûtent très cher et se font rare. Lorsque Phil Harrison le nouveau PDG d’Infogrames Entertainment, annonce récemment la fin des jeux solo chez Atari, on comprend rapidement qu’une page se tourne. Les gros jeux scénarisés représentent un pari très dangereux car, par essence, ces jeux sont longs à développer, ils se doivent d’être beaux, assez longs et s’inscrivent dans la branche des hardcores gamers, et donc forcément, attirent moins de publics.
A l’heure où Nintendo prend les rênes de cette génération, avec un élargissement du public, des jeux orientés sur le multi-joueur et où les graphismes et les cinématiques sont remis au rang de décorum, Hideo Kojima fait un pied de nez à l’ère du casual et du tout cuit. Nintendo n’est pas l’unique responsable de cela et beaucoup se réjouissent de ce changement où un jeu n’avait de qualité que de part son scénario et ses cinématiques. MGS 4 c’est l’ultime pirouette, le baroud d’honneur d’un genre qui termine son cycle. Vous remarquerez d’ailleurs que petit à petit les notes de scénario et de durée de vie disparaissent des critères généraux de notation des jeux vidéo.
Pour ce dernier combat, cette dernière mission, le papa de Solid Snake a tenu à faire un jeu uniquement pour les fans, les néophytes peuvent passer leur chemin car cet épisode s’inscrit comme un nouveau tome de cette saga. Des milliers de questions sont sensées avoir, enfin leur réponse. Des annonces chocs ont été faites sur la longueur extrême des cinématiques qui battraient un record dans l’histoire du jeu vidéo. MGS 4 représente aussi l’adieu à l’une des meilleures histoires du jeu vidéo, celle qui vient immédiatement à l'esprit lorsqu'on évoque une adaptation en film.
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Autre critère qui montre la fin d’un cycle, ce sont les nombreuses réflexions sur le manque de réactivité et l’enlisement des développeurs nippons. L’article d’Overgame du 14 mai 2008 nous montre le manque de renouvellement du secteur nippon et la volonté de Kojima de fonctionner à contre-courant face à la vague de la facilité du casual. Le constat de cette crise est aussi fait par le grand ponte de Nintendo, Shigeru Miyamoto. La crise se fait dans le domaine de la créativité mais aussi par une recrudescence de jeux jetables. Nous pouvons tous remarquer combien les RPG et gros jeux solo à la japonaise se font rares sur nos consoles next-gen.
Je pense que nous arrivons à la fin d’un cycle mené par les deux premières PlayStation. Nous retournons à la grande époque de Nintendo et de la Snes, les jeux vidéo redeviennent « simple jeu » dans leur côté le plus ludique qui soit. Les RPG et jeux à gros scénarios sont relégués à leur strict minimum. C’est le grand retour des jeux de baston, des beat them all, du fun immédiat et autres jeux d’action. Le multi et le casual gaming arrive en force et Snake fait sa révérence dans un monde où la guerre du jeu vidéo a changé. Que faire face à Gears of Wars, Mario Kart et Wii Fit ? Snake se fait vieux. Quand au genre infiltration, celui-ci bat de l’aile avec, par exemple, un nouveau report de Splinter Cell Conviction. Des licences comme Resident Evil ont su prendre ce virage où le joueur préfère agir qu’être spectateur. Les scénars des survival horror sont minés par une redirection vers l’action. Resident Evil 4 représente d’ailleurs une grande avancé vers l’action au détriment du scénario. L’immense innovation s’est d’ailleurs fait avec la vue à hauteur d’épaule qui est la marque de fabrique de tous les jeux d’actions modernes.
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Est-ce que tous cela est une bonne chose ? Je vous laisse seul juge. Des exceptions existent mais là aussi cela vient plutôt du côté des concurrents de Nintendo et surtout de Sony. Le prochain Final Fantasy XIII ou les projets de la team Ico restent les quelques rares espoirs pour tout amoureux d’histoires prenantes et bien racontées. Chez Microsoft, on peut admirer le travail de Mistwalker qui essaie de perpétuer la tradition des RPG ou de jeux comme Bioshock qui montre que l’ambiance et le scénario sont encore importants chez les créateurs occidentaux.
Pour conclure, je tiens vraiment à appuyer sur l’audace de Kojima, qui est le seul à proposer un jeu, une histoire, une légende sur plusieurs volume se tenant sans fioriture. Il inscrit l’épitaphe d’une période où le joueur s’amusait mais vivait aussi une histoire. L’épaisseur de Snake et du scénario de la série à de quoi faire pâlir beaucoup de film du cinéma actuel. Est-ce que de par la décrépitude de Snake, Kojima a voulu montrer la fin de cette période ? Personne ne le saura… Il est clair que pour beaucoup de personnes qui suivaient l’élaboration du titre, le sentiment de vide qu’il va laisser après son arrivé sera assez grand. On ne va plus utiliser des balises « spoiler de scénario » avant longtemps dans le jeu vidéo...
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