Dossier :
Halo 2 sortira quand il sera terminé. Ed Fries disait même “Faites-le grandiose, et dites-nous quand il sera prêt.” Et pourtant.
Alors que l’on peut décompter les heures qui nous séparent de la sortie en magasin du troisième opus de la franchise de Bungie, un regard sur la sortie du second épisode ne peut qu’inciter à la prudence même du plus dévoué des fans.
Halo 2 devait révolutionner la manière de jouer en solo et en réseau, avec notamment l’intégration au Xbox Live. La faute à Bungie, ou la faute à Microsoft, qui sait, il reste que la déception attendait beaucoup de joueurs. Ceux du réseau découvraient les “joies” de jouer avec des tricheurs, quand les amateurs du jeu solo butaient sur une campagne à la profondeur bluffante mais gâchée par l’alternance Covenant/Humains et une chute plus que brusque. Pourtant, les critiques furent élogieuses. Si Halo avait reçu en moyenne 94.7% de moyenne aux tests, Halo 2 engrangeait pour sa part 95%. Manque de distance des magazines ? Pressions des annonceurs ?
Les objectifs de vente atteints, on entendra de ci de là, de la bouche même des responsables du projet, comme lors d’une interview à Edge, qu’en effet, Halo 2 n’a pas eu droit à une étape de “finition” complète lors de la fin du développement.
Attention car désormais, cela repart. On n´en est pas là, nous promet-on : Halo 3 sera le meilleur Halo jamais fait, il sera prêt à temps, d’ailleurs, il est « passé gold » sans retard et il arrive dans quelques jours.
Autrefois jeu destiné à une niche (les fans de RTS sur Mac), Halo a attiré une grande audience vers la Xbox, et Microsoft mise de même avec Halo 3 pour la Xbox 360. Car la division souffre toujours d’un bénéfice négatif depuis plusieurs années : en 2006, le déficit pointait à 96 millions de dollars. Quant à 2007, on parle d’1.8 milliards de perte, les Xbox 360 défaillantes grevant tout le budget (on estime que ces pertes diminuent d’1% le chiffre d’affaire global). Aujourd’hui, c’est l’occasion de se refaire. Non présent à la sortie de la console, Microsoft sait que de nombreux joueurs n’ont pas acheté la Xbox 360 tant que leur série fétiche n’était pas disponible. Alors, les commerciaux mettent le paquet : un film, le Master Chief au musée de Madame Tussauds à Las Vegas, des voitures. Du Zune (échec s’il en est) aux boissons gazeuses, du buzz discret à la I Love Bees aux séquences sur TF1, Halo 3 est partout.
Alors bien sûr, il y a quelques couacs. En créant une attente monumentale pour un jeu vidéo, Microsoft, si près de la sortie, ne veut pas que soit cassé son plan com´ Halo 3. Car les risques sont énormes. Jusque là, ça allait très bien, il n´y avait pas de fuites, les magazines, sélectionnés avec soin, distillaient les informations au compte-goutte. Annonce après annonce, toutes les informations arrivaient à bonne date pour relancer l´intérêt des joueurs.
Devant ce succès annoncé, sinon prédit, on commence à douter de la bonne-foi des vendeurs, qui pourraient (ô sublime insulte), vendre le jeu quelques heures en avance. C´est dans un tel contexte que pour la première fois, de mémoire de joueur, une entreprise de jeu vidéo lance une fausse rumeur pour faire peur aux joueurs – la Xbox 360 serait prétendument bloquée à quiconque aurait joué à Halo 3 avant la sortie officielle. Mais quel mal y-a-t-il à cela si le jeu est terminé ? Comment, même si c´était possible techniquement et ce, sans risque d´erreur (ce qui ne l´est pas), imaginer que Microsoft puisse faire payer la faute de vendeurs aux joueurs ? Comment imaginer économiquement se priver d´un grand nombre de fans, et faire face à une opinion défavorable après des blocages annoncés sur quelques sites seulement ? Comment se défaire d´éventuelles plaintes et de class actions qui auraient toutes les chances d´aboutir ?
Le résultat financier sera sûrement là. Peut-on seulement dans ces conditions imaginer que Bungie ait pu finaliser son jeu au niveau de Halo 1, lorsque des campagnes marketing si poussées doivent être négociées et travaillées des mois à l’avance ?
Si la division marketing et les agences de pubs privilégient les promesses et les “expériences” exagérées, Bungie, encore aujourd’hui, préfère travailler dans le calme et le fond : on l’a ainsi vu avec le Coop online, que Bungie n’a confirmé que tardivement, pour, on imagine, ne pas se mettre les fans à dos en cas d’annulation de mode de jeu. Bungie, sans problèmes financiers grâce au trésor de guerre de la firme de Redmond, est néanmoins -il ne faut pas se leurrer- tenue d’une obligation de résultat, comme toute filiale aujourd’hui.
Comme à la guerre, espérons le meilleur, et préparons-nous au pire.
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