Bruno Carette, dans le personnage du pétomane Mizou-Mizou, s´était largement inspiré de Joseph Pujol (1857-1945), auquel il avait emprunté cette redingote de velour rouge.
En effet, Joseph Pujol était il y a un siècle l´artiste le plus célèbre et le mieux payé de France. Vedette du Moulin-Rouge de 1892 à 1894, il rapportait environ 20 000 francs par jour à son employeur ; alors que la non moins célèbre tragédienne Sarah bernhardt n´a culminé qu´à 8000 francs par jour au plus fort de sa carrière.
Ce qui faisait du Moulin-Rouge l´endroit le plus gai de France ; et les artistes, les intellectuels et les grands de cette époque ne boudaient pas cette salle secouée en permanence par des rires hystériques... Il faut dire que Joseph Pujol avait pour devise :
Sur scène il faut savoir se lâcher...
Il découvre son don à l´âge de 15 ans - C´est au cours d´une baignade dans sa Méditérannée natale, que le jeune Joseph découvre ce qu´il appelle son phénomène : en faisant jouer de sa cage thoracique et de son anus, il est capable de retenir une certaine quantité d´eau, qu´il peut expulser par la suite... Il consulte alors un médecin, qui le rassure.
A l´armée il découvre que son don déclenche l´hilarité générale - Ce n´est pas encore de l´air qu´il expulse par le fondement, mais toujours de l´eau. En tout cas, Joseph se produit dans les cafés qui jouxtent la caserne. Premiers succès, avec des jets d´eau jaillissant directement de son anus... Mais Joseph décide de devenir boulanger et de fonder une famille.
1887-1892 : la coqueluche de Marseille - L´artiste a vite raison du boulanger, et cette fois, c´est bien avec de l´air que Joseph se produit sur un théâtre. D´abord à Marseille, puis très rapidement dans les environs. Le succès est immédiat : on le demande de partout. Alors Joseph décide de monter à la capitale.
1892-1894 : la vedette du Moulin-Rouge - On consultera ici le récit de son entretien d´embauche, qui est à lui tout seul déja tout un numéro...
Le show de Joseph Pujol est très varié, contrairement à ce que l´on pourrait penser... D´abord le Pétomane commence par quelques boniments, pour être en règle avec les moeurs : c´est totalement inodore, ses parents se sont ruinés à parfumer son anus, etc.
Puis ce sont des imitations de voix (ténor, baryton, etc.), d´instruments (à vent, à percussion...) ; une galerie de portraits (flatulences de petite fille, de jeune fille, de mariée avant la nuit de noces, après...) ; l´acmée de l´hilarité générale était atteinte lorsque Joseph jouait des airs à la mode, Au clair de la lune, Le bon roi Dagobert... La salle reprenait en choeur...
A la fin, le Pétomane éteignait avec son derrière les chandelles de la scène, comme vous pouvez bien l´imaginer...
1895 - 1914 : Joseph pète de ses propres ailes - Alors il claque la porte du Moulin-Rouge, et se produit dans son propre théâtre forain : le Pompadour. Il fait également des tournées à l´étranger : la Belgique, l´Espagne, l´Afrique du Nord.
1914 - 1945 : Joseph redevient boulanger - Horrifié par ces bruits de canon qu´il avait su parfaitement imiter, le Pétomane quitte définitivement la scène artistique. Une paisible retraite de sage, entouré de ses enfants, petits-enfants, et arrière-petits enfants. Il meurt en 1945, à l´âge de 88 ans. La famille refuse que la faculté de Médecine explore les particularités de son anatomie. Pets à son âme.