Dans son récent ouvrage, intéressant mais très contestable, « Les Gaulois contre Rome » (1), Joël Schmidt écrit (p. 56) « Decius Mus, le consul de 340 avec Tiberius Manlius Torquatus, s’apprête à livrer la bataille suprême contre les Samnites, peuple latin qui refusait de se soumettre à Rome ». Malheureusement c’est une erreur – que l’auteur renouvellera tout au long de son chapitre – : les Samnites ne sont pas latins. C’est un peuple italique certes, établi dans les montagnes à l’Est de Naples à partir du VII ème siècle avant Jésus-Christ, mais sa langue, comme celle des Campaniens et des Sabins est l’Osque, un idiome aussi différent du latin que l’Italien de l’Espagnol selon les historiens. L’erreur commise s’explique par une injustice générale qui entoure les Samnites et plus généralement tous les peuples d’Italie centrale : vaincus par les Romains ils ont sombré dans l’oubli collectif même dans nos manuels d’histoire. Est-il normal aujourd’hui qu’en parlant de l’Antiquité, on nous rebatte les oreilles des « derniers jours de Pompéi », à grand renfort de révélations sensationnelles sur les coulées de lave et les souffrances des habitants sans rappeler aux gens que Pompéi n’était pas une ville romaine, ni même latine… mais samnite ? Aux touristes de passage en Campanie on signale à peine l’existence d’un théatre samnite en langue osque où l’on jouait sans doute des comédies populaires à côté du théatre romain, certains chercheurs affirment qu’une tradition militaire samnite aurait perduré dans cette ville même après sa mise au pas par Scylla et l’installation d’une colonie romaine sur son territoire, et son style architectural se retrouve dans nombre de maisons retrouvées sous les cendres du Vésuve. Plutôt que de se focaliser sur la catastrophe naturelle, ne devrait-on pas apprendre au public à s’interroger sur les rapports culturels entre la population samnite de Pompéi et d’Italie centrale jusqu’au premier siècle après Jésus-Christ, et l’iceberg de découvertes que l’archéologie peut-être nous réserve à ce sujet l’archéologie par delà la pointe minuscule que révèlent les écrits des Romains sur ce thème ? Notre connaissance de l’Italie, et notre compréhension de la complexité des rapports culturels dans le monde méditerranéen antique auraient sans doute beaucoup à y gagner.