Oyez, oyez!
Peu de français, voire aucun (si ce n’est les frontaliers), sont au courant de ce dont je vais vous parler. C’est certainement parce qu’une défaite n’est jamais un souvenir bon à garder. En effet, en 1602, les troupes savoyardes ont voulu envahir la prospère Genève. Mais les genevois, bons guerriers qu’ils sont, ne se sont pas laissés faire et ont fait tourner court cette invasion. Je vous laisse vous en informer d’avantage dans les paragraphes suivants.
Quoiqu’il en soit, tous les 12 Décembre de l’année, les Genevois font la fête en ce jour heureux (pour nous ^^). C’est devenue une tradition locale.
Je vous laisse vous instruire en lisant certains passages de notre cher Wikipédia (nous apprenons tout cela à l’école (entre crochets, mes ajouts)) :
Le 12 décembre à Genève, marque la victoire de la ville de Genève sur les troupes du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Le nom escalade évoque la tentative d´escalade par les Savoyards des murailles de la ville au moyen d´échelles.
Depuis plusieurs années, les ducs de Savoie convoitent la ville riche et prospère qui compte environ 12 000 habitants [aujourd’hui : près de 450’000]. Lorsque Charles-Emmanuel Ier monte sur le trône en 1580, il projette de faire de Genève sa capitale au nord des Alpes et de combattre le calvinisme avec l´appui du pape Clément VIII. Cela ne plaît pas du tout au roi Henri IV de France qui envoie quelques soudards pour atteindre une garnison forte d´une centaine d´hommes.
En 1602, Charles-Emmanuel Ier décide d´en finir. Il réunit une troupe de mercenaires principalement espagnols (fournis par son beau-frère Philippe III d´Espagne) et italiens car les Savoyards ne sont pas fiables à ses yeux (trop de liens avec Genève). D´ailleurs tous ceux qui peuvent apercevoir la concentration de troupes sont systématiquement arrêtés afin qu´ils ne puissent pas donner l´alerte. La date est fixée : ce sera la nuit du 11 au 12 décembre, soit l´une des plus longues de l´année. La lune est cachée et les vigiles ont plus tendance à se réchauffer à l´intérieur qu´à rester sur les murs de la ville.
Les 2000 hommes [au compte du duc de Savoie, donc] se mettent en branle, longent l´Arve [un affluent du Rhône, qui traverse le Canton et la ville de Genève] et se rassemblent à Plainpalais [aux alentours de la ville] à 2h du matin. Le plan original est d´ouvrir les portes (à l´aide de commandos) afin de pouvoir laisser entrer les soldats. Le plan semble se dérouler à merveille et l´avant-garde escalade la porte de la Monnaie qui n´est plus gardée par mesure d´économie. On envoie même plus tôt dans la journée un émissaire chargé de négocier la paix, histoire d´endormir les soupçons [fourbes, ces savoyards
]). Les fascines comblent le fossé, les échelles sont dressées, plus de 200 Savoyards sont déjà dans la place et leurs chefs parcourent les rues désertes de la cité. D´Albigny envoie même un message à Charles-Emmanuel Ier (« C´est fait ») et dépêche immédiatement des messagers dans toute l´Europe.
Entendant un bruit bizarre, deux sentinelles sortent sur le rempart de la Monnaie et tombent nez à nez avec l´avant-garde savoyarde. Le premier est rapidement estourbi mais le second a le temps de lâcher un coup d´arquebuse. L´alarme est donnée à 2h30, la Clémence (cloche de la cathédrale Saint-Pierre) sonne le tocsin qui est relayé par toutes les cloches des églises. Les citoyens se lèvent, saisissent des armes et, en chemise de nuit, viennent prêter main forte aux milices bourgeoises. Même les femmes s´en mêlent et on en voit manipulant lances et hallebardes comme de vieux briscards. La bataille fait rage dans tous les coins de la ville mais les Savoyards peuvent encore l´emporter s´ils arrivent à ouvrir la porte de la place Neuve. Ils réussissent à s´en emparer et s´apprêtent à en faire sauter les gonds lorsqu’Isaac Mercier, un Lorrain, fait tomber la grande herse qui résiste à tous les assauts. Le gros des troupes restent hors les murs alors que ceux qui réussissent à les franchir sont massacrés ou refoulés. Les rares prisonniers, et parmi eux la fine fleur de la noblesse d´épée savoyarde, sont confiés dès le lendemain aux bons soins du bourreau Tabazan et les 67 têtes, sur des piques, ornent jusqu´en juillet les murs du rempart de l´Oie [comme quoi, la barbarie était encore à jour]. Genève, quant à elle, pleure la mort de 18 de ses citoyens [ce qui est relativement peu].
De retour auprès de Charles-Emmanuel Ier, d´Albigny s´entendit dire : « De cette escalade, Monsieur, vous avez fait une belle cacade » et c´est ce mot que l´histoire retient. On dit qu´Henri IV, en recevant le tout premier message de Charles-Emmanuel Ier de Savoie, murmure entre ses dents : « Savoie a pris Genève. Il ne la gardera pas très longtemps. » Le lendemain, à la réception du second message, il part d´un éclat de rire qui résonne longtemps dans les couloirs du palais du Louvre.
Après sa défaite, Charles-Emmanuel Ier est obligé d´accepter une paix durable scellée par le traité de Saint-Julien du 12 juillet 1603.
Festivités
Les festivités ont lieu le 12 décembre de chaque année et les commémorations officielles durant le week-end le plus proche de la date historique. Cette commémoration est considérée comme la « fête nationale » genevoise culminant par le feu de joie sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre au son du « Cé qu´è lainô » [celui qui est le nôtre, en ancien patois genevois], l´hymne genevois glorifiant cet événement historique.
La coutume veut que les enfants se déguisent et défilent durant cette nuit dans les rues ou chantent aux portes la fameuse chanson Ah ! La Belle Escalade. Les étudiants des niveaux post-obligatoires [moi ^^] font également depuis une dizaine d´années un défilé diurne dans les rues de la ville. La population se déguise aussi pour participer à la multitude de soirées qui sont organisées en marge des événements officiels.
L´un des symboles fort de cette fête est la mère Royaume qui, selon la légende, verse par sa fenêtre, durant la bataille nocturne, une marmite de soupe chaude sur les soldats savoyards passant dans sa rue. De là vient la fameuse marmite en chocolat (remplie de bonbons, emballés aux couleurs genevoises [jaune et rouge] et accompagnés de petits pétards, et de légumes en massepain). La marmite est traditionnellement brisée après la récitation de la phrase rituelle (« Ainsi périssent les ennemis de la République ! ») par les mains jointes du benjamin et du doyen de l´assistance.
Un grand cortège historique composé de 800 participants en costumes d´époque, hallebardiers, arquebusiers, cavaliers défile le dimanche soir dans les rues de la Vieille Ville. Durant ces trois jours, des démonstrations de tir de mousquet, de maniement de hallebarde ou tirs au canon ont également lieu.
La célébration de l´Escalade, relativement récente, prend la forme d´un carnaval au cœur de la Genève protestante où ce type de célébration était formellement interdit depuis la Réforme.
Très tôt, la victoire militaire de l´Escalade se double de célébrations profanes qui s´enracinent dans les mentalités, en dépit des interdictions et des remontrances des pasteurs. Dans un État où toute fête religieuse est bannie [Genève est la « Rome Protestante »], la commémoration de l´Escalade s´impose très vite et réintroduit la fête à Genève.
Progressivement, deux tendances de célébration vont s´opposer nettement jusqu´à représenter un véritable enjeu social. Il y a ceux qui veulent faire de l´Escalade une véritable fête patriotique (digne et grave avec culte, cortège et banquets) et ceux qui entendent célébrer l´Escalade dans la liesse et d´une manière proche du carnaval ou du charivari [dont moi ^^].
Tiré de :
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Escalade
J’espère vous avoir appris quelque chose, ce qui normalement devrait être le cas, vu que je ne connais aucun français (ou belge ou canadien ^^) qui ne soit au courant de cet événement avant que je ne le lui (ra)conte. Daska, toi qui es en faculté d’Histoire, tu en étais au courant ? 