On a souvent tendance à penser que la France a connu deux guerres de décolonisation - l´Indochine de 1946 à 1954 et l´Algérie de 1954 à 1962 - et qu´elle les a perdu toutes les deux. Mais c´est oublier l´insurrection qu´a connu une grande partie de Madagascar au cours de l´année 1947 qui prend les allures d´une véritable guerre coloniale (avec destruction de villages, terrorisme, refuge dans les forêts, utilisation de la torture par l´armée française) mais qui sera rapidement matée par l´armée française.
Cet événement marque véritablement le début des mouvements nationalistes en Afrique noire française. Madagascar aura servi de laboratoire à la décolonisation française : les mouvements nationalistes y sont anciens et bien implantés, des élections sont organisées dès janvier 1947, mais l´insurrection éclate dès fin mars. Jusqu´en décembre 1948, la France va tenter de rétablir l´ordre sur l´île, ce qui sera fait. Cela représente un double succès pour la France, puisque l´ordre est rétabli, mais aussi car le mouvement nationaliste malgache en sort durablement affaibli et les réformes qui avaient été engagées sont stoppées. Au lieu de précipiter l´accès à l´indépendance, l´insurrection l´a au contraire fortement ralenti : Madagasar obtiendra finalement son indépendance en même temps que les autres colonies françaises d´Afrique noire. Cet épisode montre en tout cas que l´insurrection armée pour l´indépendance ne se termine par forcément par un succès, et que la répression peut également fonctionner, ce qu´on a tendance je trouve à oublier en pensant que la lutte pour l´indépendance est par nature destinée à être couronnée de succès du fait de sa supériorité morale réelle ou supposée sur la puissance coloniale.